L. A. S. à un ami, 31 juillet 1830, 3/4 de p. in
Curieuse lettre, dont voici le texte :
« Mon cher ami, je ne suis pas orléaniste, et vos amis paraissent disposés à me donner ce nom. Je hais l'oppression, de quelque part qu'elle vienne. Je n’ai pas le courage d’imposer mes calculs à personne. S'il me fallait diriger un seul homme, surtout s’il était jeune, je ne l’oserais faire dans un pareil moment. Je ne puis rien; je n’ai rien fait; le danger a cessé. Je vais partir pour la campagne. Je ne veux pas être en désaccord avec ceux que j'aime et que j'estime, et je n’ai pas l'ambition de les diriger. Ce n’est pas l’égoïsme qui me fait parler et agir ainsi : c’est le sentiment de mon inutilité,
« À vous de cœur et à tous les amis.
« BÉRANGER. * « 31 juillet 1830. » À
1203. BARANTE (Amable-Guillaume-Prosper BRUGIÈRE, baron de), écrivain
é et homme politique, historien des ducs de Bourgogne, n. à Riom, 10 janv. 1782, m. à Barante, 22 nov. 1866.
L. À. S. au préfet des Deux-Sèvres ; Bressuire, 9 juillet 1808, 1 p. 1/2 in-4. — C.
Détails administratifs sur des communes de la Vendée.
LA MENNAIS (Hugues-Félicité ROBERT de), un des plus grands écrivains du xIx* siècle, théologien, philosophe et homme politique, qui de la théocratie pontificale est passé à la démocratie radicale, auteur des Paroles d'un croyant, n. à Saint-Malo, 19 juin 1782, m. à Paris, 27 février 1854.
L. A. S. à M. de Nugent; Saint-Malo, 2 juillet 1819, 2 p. 1/2 in-4. — C. (Recherché.) — (Souvent Lamenna's signait seulement de ses initiales. Les lettres antérieures à l'époque de sa scission avec l’Église sont plus rares et plus recherchées. Alors Lamennais signait l'abbé de la Mennaïis ; plus tard il signa #. de la Mennais, puis, vers 1835, F. Zamennais, et enfin, simplement Lamennais. Il faut remarquer que Lamennais, fidèle à l’ancienne orthographe, mettait encore les o au lieu des 4.)
Curieuse lettre, signée l’abbé de la Mennais. — 11 regrette la cessation de leurs entretiens ; peut-être devrait-il plutôt s’en applaudir. « Ce n’est pas que je ne croie très-possible de montrer que le dogme catholique ne renferme aucune contradiction, ni rien qui choque les idées que Dieu nous donne de sa justice et de sa bonté ; mais, dès que nous voulons pénétrer plus avant et comprendre le dogme en lui-même, sur-le-chämp nous sommes arrêtés, parce que nous ne connaissons pas le plan général de la Providence, où se trouve la solution de toutes nos difficultés. Occupons-nous d’abord d’aller au ciel; là, tous nos doutes s’éclairciront; là, Dieu se justifiera devant ses élus et devant ceux-mêmes que sa justice sera contrainte de condamner... »
En ee
LA MENNAIS (Hugues-Félicité ROBERT de).
L. A. S. au baron d'Eckstein ; La Chenaie, 15 nov. 1827, 1 p. 3/4 in-8.
Relative au livre de Benjamin Constant, intitulé : De la Religion dans sa source, ses formes et ses développements, et à la réponse que le baron d’Eckstein y a faite. La Mennais prend parti pour ce dernier. « La maladie présente, si je ne me trompe, est le scepticisme, un scepticisme savant qui tuera la science. L'espèce de cosmopolitisme affiché par le Globe n’est que la doctrine sceptique appliquée aux choses de la vie; et ce qu’il y a de singulier et de très-naturel pourtant, c’est que, dans le siècle de l’individualité, cette doctrine détruit, ou tend à détruire, tout ce qui différencie et caractérise les peuples, tout ce qu’ils ont de propre, et, pour ainsi dire, d’individuel, pour les fondre dans un même moule comme les machines, qui sont les puissances du jour. Je vois, sous le nom de lumières, un grand abrutissement se préparer. Il arrivera bientôt quelque chose de semblable à ce qui se passa lorsque le sauvage naquit. Mais je ne veux pas sonder cet horrible mystère; il m’effraye trop. »
LA MENNAIS (Hugues-Félicité ROBERT de).
L. À. au R. P. Ventura, à Rome ; Paris, 15 mars 1834, 2 p. 1/2 in-8.
Eloquente lettre : « Résolu de ne plus m'occuper de ce qui fut longtemps le but de tous mes efforts, uniquement renfermé dans la science humaine et dévoué uniquement aux intérêts
énéraux de l'humanité dans l’ordre purement politique, je me suis delivré d’un immense fardeau, et le passé, le présent, l’avenir se présentent à moi sous des points de vue qui me les rendent d'autant plus doux à contempler, que j'y découvre plus clairement la sagesse souveraine qui gouverne l’univers par des lois immuables, indépendantes des conceptions de l'homme et de toutes les pensées qui se succèdent dans le tems. Que de reconnaissance je dois à ceux qui, en croyant me frapper, n’ont frappé que mes liens, à ceux dont la haine aveugle et stupide m'a fait comprendre que je m’épuisois dans une action stérile, que ce que je défendois ne pouvoit être sauvé, et m'a, pour ainsi dire, introduit ainsi dans la vie Fer. 7 Dieu prépare au monde, et qui fermente, en quelque sorte, dans les veines de
umanité !... »
LA MENNAÏIS (Hugues-Félicité ROBERT de).
L. À. S. au baron d’Eckstein ; La Chenaie, 23 juin 1834, 4 p. 1/2 in-4.
Lettre des plus remarquables, où il expose ses théories humanitaires. Il s'élève contre la doctrine de l'inégalité de nature d’où résulte une inégalité de droit. « Je voudrois qu’au lieu de s'armer pour le riche contre le pauvre, les lois eussent des entrailles pour celui-ci; je voudrois qu'on lui facilitât tous les moyens de sortir de sa misère, non par le pillage, mais par le travail, qu’une instruction bien distribuée rendroit plus fécond ; je voudrois qu’on brisât les barrières que, de tous côtés, on élève autour de lui, comme pour l’'emprisonner dans une indigence éternelle. Et c’est ici que je dirai ce que j'appelle le peuple. J'appelle peuple cette classe malheureuse, déshéritée en partie des droits communs, cette classe souffrante, qui ne possède rien, et qui ne possédera jamais rien, aussi longtemps que des lois odieuses lui enlèveront toute faculté réelle d'acquérir, de se créer, à la sueur de son front, une propriété ; cette classe méprisée, repoussée des autres et qui forme cependant les 86 centièmes de la race humaine ; car telle est partout à peu près la proportion des pauvres aux riches, et j'entends par pauvre celui qui, vivant de son travail, a besoin d’être assisté pendant une partie de sa vie et meurt sans laisser de quoi se faire enterrer... »
es 220
LA MENNAIS (Hugues-Félicité ROBERT de).