ALEXIS-SIMON BELLE
Portrait de l'infante d'Espagne.
Maric-Annc Victoire, fille du roi d'Espagne Philippe V, avait été fiancée à Louis XV par traité signé à Madrid en 172» ; le fiancé avait onze ans, la
« De par le Rov, Chers et bien amCy, par nostre lettre du deuxième de ce ■ mois, nous vous avions escrit qu'ayant ordonne au sieur Ranc, peintre-, « de faire un portrait qui représente notre personne, revêtue de nos habits « cl ornemens royaux, dont la garde vous est confiée, vous eussiez à les « luy montrer et à les luy laisser peindre sur le lieu sans déplacer. Mais a ayant esté depuis informez de l'impossibilité où se trouve ledit sieur Ranc « d'aller peindre à Saint-Denis ces différens ornemens, nous vous faisons « cette lettre, de l'avis de notre très cher et très amé oncle, le duc d'Or- « léans, Régent, pour vous dire que notre intention est que vous luy « remettiez incessamment nostre manteau Royal, nostre tunique, nostre « couronne, nostre main de justice, nostre sceptre et autres ornemens a royaux dont il pourra avoir besoin pour faire nostre dit portrait, voulant « que vous les luy laissiez librement emporter chez luy après avoir pris « cependant de vostre part les précautions usitées en pareil cas. et à la « charge par ledit sieur Ranc de ne les garder que pendant l'espace de 1 deux mois seulement. Si n'y faites faute, car tel est nostre plaisir. Donné « à Paris, le 11 juin 1719. Lotis. »
On peut identifier ce portrait par Ranc avec le n' 4386 du musée de Versailles, que le catalogue de ce musée porte aux inconnus de l'École française (H. 2 m. 48 — L. 1 m. 97}. Il faut renoncer à y voir le portrait qui fut exécuté par Belle en 1724 : l'âge du modèle royal aussi bien que les dimensions de la toile, rapprochés du fait que jamais les ornements royaux ne furent délivrés à Belle, sont des indices certains que cet artiste n'a rien à voir dans cette œuvre; mieux encore, la facture assez malhabile et l'emploi des procédés de Rigaud, dont Ranc était l'élève, accusent d'incoercibles dissemblances. (Cf. Engcrand. Les portraits de Louis XV, etc. — de Nolhac et Pératé. Le musée national de Versailles, p. 173.)
Il est probable que l'œuvre de Ranc n'eut qu'un succès modéré, et, en 1721, un nouveau portrait du roi était commandé à Rigaud, à qui les ornements royaux furent, cette fois encore, délivrés [A. N. K. 139, n* 9) :
« De par le Roy, Cher et bien amé, le sieur Rigaud ayant besoin pour « achever notre portrait des ornemens royaux qui sont dans le Trésor de « votre Eglise, nous vous mandons et ordonnons, de l'avis de notre très cher « et très amé oncle le duc d'Orléans, Régent, de les luy faire remettre pour » les garder autant de temps qu'ils luy seront nécessaires en prenant toutes * les sûretés accoutumées en pareille occasion. Si n'y faites faute, car tel « est notre plaisir. Donné à Paris, le 26 mai 1721. Loris. »
En 1724, ce fut au tour de Belle d'exécuter le quatrième portrait en pied
fiancée trois ans et demi. Cette princesse fut envoyée à Versailles en 1722 et elle y resta jusqu'au 3 avril 1 723, où ce projet de mariage fut abandonne.
En 172.S, Belle, qui avait déjà représente la jeune princesse dans le portrait du Roi dont nous venons de parler, fut charge de la peindre séparément. Il fut paye le 22 août 1726 (Exercice 172.S) :
Au sieur Belle, peintre, la somme de 5oo livres pour un tableau, représentant V Infante en pied dans l'habit espagnol, qu'il a fait pour le château de Versailles pendant l'année dernière.
Ce portrait figure actuellement au musée de Versailles (n« 438i) : H. 1 m. 37 — 1 m. 04 (1 ).
du jeune roi; de 1724 à 1727, Jean-Baptiste Vanloo exécuta encore quatre portraits différents du jeune monarque, dont il sera parlé plus loin.
Enfin, Rigaud, en 1729, pour la troisième fois, fit le portrait de 1-ouis XV; les ornements royaux lui furent remis, comme lattcstc cette lettre de cachet, adressée au prieur de Saint-Denis (A. N. K. 141. n* 7) :
« De par i.k Roy, Cher et bien amé, ayant ordonné au sieur Rigaud, « peintre, de faire notre portrait en grand, habillé de nos ornemens royaux, « nous vous faisons cette lettre pour vous dire que notre intention est que <• vous rcmeltiés audit sieur Rigaud le manteau royal, la couronne, le « sceptre, la main de justice et autres ornemens royaux qui sont dans le « trésor de votre abayie pour lui servir de modèle, lesquels il aura soin de « vous remettre aussitost que cet ouvrage sera fini, en prenant au surplus * par vous les seuretés accoutumées en pareille occasion. Si n'y faites faute, » car tel est notre plaisir. Donné à Marly, le 23 juin 1729. Louis. «
Voici, d'après le mémoire d'une copie qui en fut faite en 1744 par Portail, la description de ce portrait (A. N. ()' 1431) :
« Pour avoir fait une copie du portrait du Roy en pied, d'après le tableau original de M. Rigaud, où le Roy paroit debout, tenant d'une main le bâton royal, au haut duquel est une statue de Charlcniagnc, l'autre main est appuyée sur sa couronne qui est sur une riche table; il est vêtu des habits royaux, le manteau semé de Heurs de lys d'or et doublé d'une fourrure d'hermine; le fond du tableau représente une partie du palais avec un magnifique rideau de velours, et sous ses pieds un beau tapis de Turquie. «•
Ce portrait est actuellement k Versailles (n° 3~?o); H. 2 m. 71 — L. i m. 94. Signé : Fait par Hyacinthe Rigaud, i-jlo.
(i)Un des descendants Je Belle nous a fait savoir que ce portrait avait été trouvé dans l'atelier d'Augustin Belle, directeur des Gobelins, à la mort de cet artiste, et que sa famille le donna au musée de Versailles.