‹ Inventaire des tableaux commandés et achetés par la direction des bâtiments du roiChapitre 21 sur 130 · ALEXIS-SIMON BELLE · texte numérisé non relu

ALEXIS-SIMON BELLE

Portrait de Stanislas Leczinski.

En 1730, Belle exécuta, pour la chambre de Maric-Lcczinska, le portrait de l'ex-roi, son père; voici son mémoire (1) :

Mémoire des ouvrages de peinture faits pour le service de S. M., dans l'appartement de la Reync à Versailles, suivant les ordres de M. le duc d'Antin, sous le controlle de M. Gabriel, contrôleur général desdit Batimens, pendant l'année 1730, par le sieur Belle, peintre du Roy.

Un tableau représentant le portrait du Roy de Pologne, père de la Rcyne ; ce portrait a environ 4 pieds de haut sur 3 pieds de large (2Ï, est entièrement peint de moy, les mains, les armures et les draperies d'après nature, et la tétc peinte dans le miroir d'après l'original que j'ay eu l'honneur de peindre à Chambord (3); ce portrait a été placé, le 25 may 1730, au dessus du trumeau de glace dans la chambre de la Reync, ce tableau du prix de 800 livres

Arrêté à 5 00 »

L'artiste fut payé le 22 juillet 17^0 :

Au sieur Belle, peintre du Roy, la somme de 5oo livres pour son payement d'un tableau, représentant le Roy de Pologne, qu'il a fait et posé dans l'appartement de la Reyne à Versailles pendant le mois de may dernier.

Actuellement au musée de Versailles, et porté au catalogue comme

(ai L'Inventaire général des tableaux qui ont été faits pour le service du Roy qu'il faut ajouter à ( Inventaire général fait en 1 ~oq jusqu'en (A. N. O' to.65) donne à ce portrait les dimensions de 3 pieds en hauteur et 2 pieds H pouces en largeur, et le désigne comme étant de forme ovale.

(3) Kn 1725 le château de Chambord avait été concédé par Louis XV au roi Stanislas, son beau-père.

« peinture française du xvin* siècle » {n" 3747) (1). — H. o m. 94; — L. o m. 86; la forme ovale est encore apparente sur la toile.

Portrait du Dauphin.

Le Dauphin, (ils aine de Louis XV, naquit le 4 septembre 1729; des que les traits de l'enfant commencèrent à se dégager de la banalité et de l'imprécision du premier âge, le roi voulut qu'ils furent fixés, et Belle fut chargé, dans la dernière moitié de 1730, de faire le portrait de l'enfant royal.

Le tableau fut placé dans la chambre de la Reine (3}, et voici le mémoire de l'artiste (3) :

Mémoire des ouvrages de peinture faits pour le service de S. M. dans l'appartement de la Reine à Versailles, suivant les ordres de Mgr le duc Dantin, sous le contrôle de M. Gabriel, pendant Tannée i;3o, par le sieur Belle. peintre du Roy et de son Académie royale.

Un tableau représentant le portrait de Mgr le Dauphin en pied, original, vestu d'une robbe de drap d'argent, assis sur un canapet de velours, orné de galons et de crépines d'or; sur lequel canapet est jetté un manteau de velours, semé de fleurs de lis et doublé d'hermine; au dessus est un pavillon de velours, orné de galon d'or et doublé d'étoffe d'or, semé de rieurs de lis et de dauphins.

Ce tableau, d'environ 4 pieds de hauteur sur 3 de large (4), placé dans la chambre de l'appartement des Bains de la Reine, mis en place le 2 décembre de Tanné 1730.

Ce portrait de Mgr le Dauphin peint par le sieur Belle du prix de 1,000 livres, réduit à 600 livres.

(1) De Nolhac et Pcraté, Le musée national de Versailles, p. 212; — do Nolhac, Le château de Versailles sous Louis XV, p. 102.

(2) De Nolhac, Le château de Versailles sous Louis X\\ p. 118.

(4) L'inventaire de 1737 sus-cité mentionne ce portrait du Dauphin, * assis sur un carreau de velours », dans la chambre à coucher de la Reine et précise ses dimensions : 3 pieds sur 2 pieds 8 pouces, et sa forme qui était ovale.

Le payement est en date du 16 janvier 1 73 1 (Exercice tjSo) :

Au sieur Belle, peintre du Roy, la somme de 600 livres pour son payement d'un tableau, représentant M. le Dauphin en pied, qu'il a fait pour l'appartement de la Reync à Versailles pendant l'année dernière (1).

Sous le n* 192, le musée de Versailles expose une copie moderne de ce portrait.

Clément BELLE

Le Christ de la salle d'audiences du Parlement de Dijon.

Le 24 mars 1762, le marquis de Marigny demandait à Cochin de lui désigner un artiste pour exécuter un tableau, destiné a la salle d'audiences du parlement de Dijon; Cochin choisit Clément Belle. L'artiste, le 6 octobre 1762, avait achevé son tableau (2) et voici son mémoire (3) :

(1) Le portrait de la Reine et du Dauphin, qui est actuellement à Versailles {n° 3756), ne fut ni commandé ni payé par les Bâtiments.

L'Inventaire général de tous les tableaux qui ont été faits pour le service du Roy, qu'il faut ajouter à l'inventaire général fait en ijotj jusques en (A. N. O' nj<>5) le mentionne ainsi :

« Un tableau représentant le portrait de la Reyne, Mgr le Dauphin sur « ses genoux, ayant de hauteur 6 pieds 4 pouces sur 4 pieds 4 pouces de « large. Il étoit à Marly chez M. Dantin et à présent à Petitbourg. »

Ln 17H4, Du Rameau le signalait au magasin de l'hôtel de la Surintendance à Versailles, avec les dimensions de 4 pieds <"> pouces sur 3 pieds

— Ce même inventaire de 1737 signale encore les deux portraits suivants :

« Un autre, représentant le portrait du Roy de Suéde à présent régnant « Frédéric I*'), ayant la main droite sur le côté, et de la gauche tenant un • bâton royal, ayant de hauteur 6 pieds 10 pouces sur 4 pieds 5 pouces de ■ large;

« Un autre, représentant le portrait de la Reync de Suède (Ulrique- - Éléonorc), tenant de sa main droitte sa robbe, même mesure que le « précédent.

« Donnés à la Reync par le Roy et la Reync de Suède, peints par un « peintre suédois, en Suède. »

Mémoire d'un tableau fait pour le service du Roy, sous les ordres de M. le marquis de Marigny, par le sieur Belle, inspecteur de la manufacture des Gobelins, pendant l'année 1762.

Ce tableau représente Jésus Christ en croix et. aux pieds, la Vierge, St-Jean, etc.

Il a 6 pieds de large sur 9 pieds de haut.

Il est destiné pour la salle d'audiences du Parlement de Dijon.

Estimé 1,200 livres.

Le parfait paiement en eut lieu le 12 juin 1768 (Exercice 1762) :

Au sieur Belle, peintre, la somme de 200 livres pour faire, avec 1,000 livres à luy ordonnés acompte sur 1762 en billet de l'emprunt du 16 mars 1760, le 12 octobre 1767, le parfait payementde 1,200 livres, àquoy monte un tableau qu'il a fait en 1 762, que le Roy a destiné pour la salle des audiences du Parlement de Dijon.

Cette ordonnance par la suite fut annulée et réordonnée sur l'exercice 1771, à la date du ^février 1779: on la trouvera transcrite ci-après (1).

Actuellement à Dijon, dans la salle de la Cour d'assises; les descendants de Belle en possèdent l'esquisse terminée.

Aux Gobelins.

Les autres commandes, faites à Clément Belle, concernent principalement ta manufacture des Gobelins, dont il fut inspecteur de i~?b à 179-.

Il exécuta ainsi des copies de diverses pièces, daprès lesquelles travaillaient les tapissiers.

En 1764. 'I copiait, au prix de 2,100 livres, VAthalie interrogeant Joas, de la tenture de « l'Ancien Testament » par Antoine Coypel, et le Renaud endormi des « Fragments d'Opéra » par Charles Coypel (2] ; en outre, ce fut lui qui augmenta, en 1767, l'original de ce dernier tableau, qui fut envoyé par l'Etat, en 1872, au musée de Nantes.

En 1767, Clément Belle exécutait les deux tableaux suivants pour compléter la tenture des a Fragments d'Opéra » par Coypel : Psyché considérant l'Amour endormi et Psyché abandonnée par l'Amour (?).

(1 ; Voir page 27.

(3; A. N. O' iy?4 ».

,:<) a. n. O' io:<4 b.

Voici les ordonnances de paiements à l'appui; l'une est en date du 6 mai 1770 (Exercice 1768) :

Au sieur Belle, peintre, la somme de 2,200 livres pour son paiement de deux tableaux, qu'il a faits pendant Tannée 1767 pour être exécutés en tapisserie à la manufacture royale des Gobelins, l'un représentant Psiché considérant l'Amour endormi, l'autre, Psiché abandonnée par l'Amour, et pour une augmentation au tableau de M. Coypel représentant Renaud endormi.

L'autre est du 14 février 1779 (Exercice 1771) :

Au sieur Belle, peintre, la somme de 2,700 livres pour faire, avec 2,200 livres à luy ordonnés acompte, savoir 2,000 livres sur 1 762 en billets de l'emprunt du 1 6 mars 1 760, le 1 2 octobre 1 767, et 200 livres sur 1764 en espèces, le 18 septembre 1766, le parfait payement de 4,900 livres, à quoy montent cinq tableaux qu'il a faits en 1762, 1704 et 1768, le premier représentant Jésus Christ en croix, le deuxième, Athalie interrogeant Joas, le troisième, Renaud endormi, le quatrième, Vénus et Adonis et le cinquième, Vertumne et Pomone.

On va retrouver plus loin ces deux derniers tableaux .

Le tableau de Psyché considérant l'Amour figura au Salon de 1771 ; ses dimensions étaient de 1 1 pieds 4 pouces de haut sur 7 pieds 9 pouces de large.

Celui de Psyché abandonnée par l'Amour est actuellement au musée de Bernay :Eurc),où il fut envoyée par l'État en 1872 : H. 3 m. 47; — L. 2 m. 47.

— Dans un registre d'ampliations {1762-1785), qui se trouve aux Archives du Louvre, on relève encore, aux dates du 4 février 1780 et du 3o mars 1784 des acomptes de 4,000 et de 2.000 livres à Belle pour « un tableau représentant V Amour des Dieux, qu'il a faits pour le service du Roy ». Le prix de cet ouvrage indique assurément un modèle pour la manufacture des Gobelins; c'est peut-être la pièce de Jupiter et Lèda qui, d'après M. Gerspach, fut mise sur le métier en «790 ij.

Il ne serait même pas impossible de voir là le commencement d une tenture, car, en i;83, Belle exécutait un autre tableau, sur un sujet analogue, dont voici le mémoire (2) :

\ , Répertoire détaillé des tapisseries des Gobelins, p. 160. ,3) A. N. O' 1933.

Mémoire d'un tableau fait, pour le service du Roy, par le sieur Belle, peintre du Roy, pendant les années 1783 et 1784.

Ce tableau, de 1 1 pieds de haut sur 9 de large, est destiné pour être exécuté en tapisserie à la manufacture royale des Gobelins.

Il représente Junon empruntant la ceinture de Vénus, et est composé de treize rigurcs de grandeur naturelle.

Estimé 4,000 livres

En 1794, le jury de classement des modèles des Gobelins, rejetait ce tableau « sous le rapport de l'art ».

— Enfin, en 1788, Belle recevait, pour cette manufacture, la commande d'une pièce importante, destinée à orner le Palais de Justice ; le mémoire suivant de l'artiste en donne la description (1) :

Mémoire d'un tableau fait pour le service du Roy, sous les ordres de M. d'Angiviller, par le sieur Belle, peintre du Roy, pendant les années 1788 et 1789.

Ce tableau, destiné pour être exécuté en tapisserie aux Gobelins a 25 pieds, six pouces de long sur 1 1 pieds de haut.

Il représente le Temple de Thémis. Dans le centre, sous le pavillon de France, est élevé, sur une colonne tronquée, le buste du Roy, couronné par le génie de la Gloire. Des deux côtés sont la Prudence et la Justice. Sur le devant, Minerve assise sur l'autel de la Justice, la Loi dont elle remet l'exécution à la Force figurée par un jeune Hercule qui assomme des Harpies et met en fuite les Vices. L'Abondance et la Paix s'approchent de Minerve. La Renommée, au son de la trompe, proclame la Loi. Sur le devant sont le Jugement méditant les loix et la Fidélité qui, appuyée sur l'écusson de France, contemple avec attendrissement l'image du Roy.

Estimé 8,000 livres.

En 1704, lors du classement des modèles des Gobelins, le fils de Belle, alors directeur de la manufacture, pour sauver l'oeuvre de son père, dut en modifier la composition et en transformer ainsi l'allégorie; car c'est bien

vraisemblablement avec ce tableau qu'on doit identifier la pièce suivante, mentionnée ainsi dans l'inventaire dressé à cette date (1) : « Allégorie destinée à meubler le Palais de Justice. Petite pièce : Minerve

• couvre la France de son bouclier et lui présente le Génie de la Justice « tenant d'une main l'Épéc et de l'autre le Niveau ; il foule aux pieds les

• signes de la Tyrannie et les ordres abolis. — Moyenne pièce : La France, « inspirée et dirigée par le Génie de la Démocratie, reçoit des mains de « Minerve le Code des lois républicaines, basées sur les droits imprescrip- ■ tiblcs de l'homme, desquelles la Nature présente les tables. Le Peuple

• français, représenté par une femme guerrière, applaudit aux nouvelles « lois et étouffe un loup qu'il a terrassé, emblème de la cruauté des « conjurés et des tyrans. Un Génie tient le faisoeau de l'Union et le drapeau « national. L'Histoire écrit sur les annales de la République les époques n glorieuses de la Révolution. La Vigilance foule aux pieds la figure de « l'Envie. — Grande pièce : Minerve assise aux pieds de la statue de la

- Loi, remet à Hercule, emblème de la force du peuple, le décret qui abolit « les vices de l'ancien Gouvernement représenté par les Harpies. A l'aspect « de la Loi, les Vices prennent la fuite et les Vertus viennent les remplacer.

- La Renommée public la Régénération de la France en proclamant les n Droits de l'Homme et la Constitution démocratique. Partout la figure de « Minerve indique la Convention nationale, par Belle père. »

La petite pièce de cette composition figure actuellement au musée de Brest, où elle fut envoyée en 1874 par l'État, avec attribution à l'école française du xvin» siècle : H. 3 m. 3a — L. 1 m. 72.

A Trianon.

On a mentionné plus haut le paiement fait à Belle de deux tableaux, représentant Venus et Adonis et Ferf unifie et Pomone; ces compositions étaient destinées à Trianon.

Cochin, en 1764, avait, en effet, songé à Belle pour la décoration du château de Choisy, mais, au dernier moment, on lui avait préféré Bachelier (2). Comme compensation, on lui commanda deux tableaux pour le petit Trianon: en 1766, en effet, une importante distribution d'ouvrages de peinture avait été faite pour la salle à manger et les deux cabinets adjacents de cette maison, que le Roi avait prise en goût et où il avait manifesté le désir de venir souvent souper et coucher. Des commandes furent faites alors à Caresmc, Doyen, Jollain, Lagrenéc l'aîné, Lépicié, Monnet, Hallé et Belle.

Ce dernier eut à faire deux dessus de portes pour la grande salle à manger du petit Trianon; son travail est ainsi mentionné dans l'Etat de la

(1) Gerspach, La manufacture nationale des Gobclins, p. 261. (3) A. N. O' 1909. — Voir plus haut, page 12.

3o TABLEAUX COMMANDÉS POUR LE ROI

distribution des ouvrages de peinture pour le petit Trianon, ordonnée par M. le marquis de Marigny pendant l'année ijbK (1} :

Deux tableaux, dessus de porte, l'un Vénus et Adonis, l'autre Vertumne et Pomone, pour la grande salle à manger du petit Trianon avec table volante (2), ayant chacun 4 pieds 8 pouces 9 lignes de large sur 3 pieds 9 pouces de haut.

A la suite de cette indication figurent deux notes : l'une en date de 1771, « les tableaux sont ébauches et seront livrés au mois d'avril » ; l'autre, de 177a, « ces tableaux sont faits et seront placés dimanche 29 (octobre; au plus tard ».

Chacun d'eux fut estimée et payée 700 livres (3).

Actuellement, tous les deux, au musée de Poitiers, où ils furent envoyés par l'État en i885 : H. o m. 98 — I,. 1 m. 5o.

Michel-Bruno BELLENGÉ

A la Savonnerie.

Les commandes faites à cet artiste se réfèrent à des modèles de tapis pour la manufacture de la Savonnerie.

En 1777, il en exécutait un pour le boudoir turc de Marie-Antoinette à Fontainebleau. Voici son mémoire (4; :

Mémoire d'un tableau fait, pour le service de la Reine, sous les ordres de M. le comte d'Angiviller, par le sieur Bellangé pendant l'année 1777.

Ce tableau porte 11 pieds 6 pouces de haut sur 12 pieds 3 pouces de large, et a été livré au sieur Duvivier, entrepreneur de la Savonnerie à Chaillot, le 2 1 janvier 1 778.

(2; Il s'agit ici des tables volantes de Loriot, qui s'élevaient automatiquement des cuisines du rez-de-chaussée à la salle à manger (cf. de Nolhac. Le château de Versailles sous Louis XV, p. 22S).

(3} Voir plus haut, page 27.

{4; A. N. O' iy3t.

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