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LA DIRECTION DES BATIMENTS ET LE MOUVEMENT ARTISTIQUE

AU XVIIIe SIÈCLE (i)

Direction du En 1 708, la charge de Surintendant et Ordonnateur

dued'Antin , , .

(1709-1736). gênerai des Bâtiments, arts et manufactures, successivement occupée par Louvois et Colbert de Villacerf, fut vacante par la mort de Mansard, son titulaire : Louis XIV y appela Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d'Antin (2). Il semble que les intentions du roi aient été de se réserver ainsi la haute main sur la direction des affaires de ce département. Le duc d'Antin n'était, en effet, nullement préparé aux fonctions où il se trouvait appelé, et il ne possédait aucune des aptitudes qu'exigeait sa situation (3); de plus, en lui conférant cette charge, le roi, par l'édit du 10 juillet 1708, en changeait l'appellation, « se réservant d'y commettre telle personne qu'il jugerait à propos, pour en qualité de Directeur général des Bâtiments, en avoir sous ses ordres la direction et la conduite. » De fait,

(1) Il ne saurait entrer dans nos intentions de donner ici un historique complet de la peinture française au xviii" siècle, mais simplement de dégager, d'une façon générale, le sens et les indications diverses, fournies par les documents par nous utilisés, en montrant plus spécialement l'influence que put avoir la Direction des Bâtiments sur le mouvement artistique contemporain.

(2) Cf. le Dued'Antin et Louis XIV, par M. J.J. Guiffrey (Pari5,i86ç,, in-ta).

(3) Il convenait, d'ailleurs, aimablement de sa parfaite incapacité dans une lettre qu'il adressait au cardinal de Polignac, et dont voici un passage : « Le Roy m'a chargé de la direction générale de ses Bâtimens, il ne pouvait choisir un sujet plus zélé, mais en même temps moins capable; il faut pourtant essayer de répondre à l'honneur que m'a fait Sa Majesté, en faisant de mon mieux pour m'inatmire des choses qui conviennent le plus à son service. » (Guiffrey, op. cit., p. i3).

INTRODUCTION

jusqu'en 17 14, la collaboration du roi et du duc d'Antin fut constante, et la fonction de directeur des Bâtiments ne fut, en quelque sorte, que de préparer le travail du roi. Dans cet intervalle, au point de vue spécial qui nous occupe, nous relevons le règlement des grands travaux précédemment exécutés à la chapelle de Versailles et à l'église des Invalides, et, pour les Gobelins, la commande des trois grandes tentures de Y Ancien, du Nouveau Testament et du Don Quichotte, faites à Antoine Coypel, à Jouvenet et à Fontenay (1).

La mort de Louis XIV rendit le duc d'Antin maître de son service. En janvier 17 16, le Régent, revenant sur la détermination de Louis XIV, lui rendait la Surintendance des Bâtiments, estimant que « cette sorte d'administration (la Direction) donnoit lieu à plusieurs inconvéniens et désordres et [l'iobligeoit à un nombre infini de signatures, qui consommoient un temps qui pouvoit être employé aux affaires les plus importantes de l'État » (2).

Le premier acte du duc d'Antin, ainsi émancipé, fut de faire transférer dans son hôtel particulier à Paris tous les plus beaux tableaux du Cabinet du Roi, pour en jouir personnellement et exclusivement pendant toute la durée

(i) Par la suite, les tentures du Don Quichotte et du Nouveau Testament, interrompues par la mort de Fontenay et de Jouvenet, furent continuées par Antoine et Charles Coypel, et par Restout.

{i)Édit et déclarations du Roy, concernant la création de la charge de Surintendant et ordonnateur général de tous les Bâtiments, etc. — (Paris, Collombat, 1716, in-4*). — Voici, au reste, les attributions exactes de cette charge : « Nous avons, par le présent édit, créé et érigé en titre d'office, l'état et charge de Surintendant et Ordonnateur général des Bâti mens, jardins, arts, tapisseries et manufactures royales, avec la direction sur les artisans loges sous la grande galerie au château du Louvre, comme aussi de Surintendant et Ordonnateur général des châteaux, bâtimens, parcs, jardins, canaux et fontaines de Fontainebleau et de Monceaux y réunis, et de toutes les maisons royales, avec la direction des imprimeries royales' de la Monnoye, des médailles, de l'Observatoire, et de toutes les Académies royallcs, à l'exception de celle des Sciences... »

INTRODUCTION

de son administration (i). Cela donne la note générale de cette direction qui fut loin d'être heureuse pour l'art et les artistes. Rien ne fut fait pour stimuler leur zèle, les commandes se firent rares, les expositions furent suspendues (2); l'école de Rome, faute de subsides, languissait sous la direction de PoëYson; les manufactures des Gobelins et de la Savonnerie subissaient une crise sérieuse (3).

Pour les peintures, on s'en tint à peu près exclusivement aux œuvres en cours d'exécution; de ci, de là, quelques tableaux étaient commandés à des artistes, mais sans intention d'ensemble; les copistes seuls étaient assez sérieusement occupés (4). Nous ne retrouvons aucune de ces grandes décorations intérieures d'appartements royaux, qui donnaient à l'art des occasions exceptionnelles de se manifester et d'affirmer ses tendances ; c'est à peine si l'on peut mentionner, en 1720 et en 1724, l'exécution du plafond de la salle des Machines des Tuileries et la décoration de l'Hôtel du Grand Maître à

(1) Nous avons donne la liste des tableaux, ainsi détournés, dans notre Inventaire des tableaux du Roy par Nicolas Bailly (pp. xix et 647).

(a) Haillet de la Couronne. Vie de Chardin, (dans les Mémoires inédits des membres de l'Académie de peinture et de sculpture, II, p. 4,281). . L'art de la peinture, dans ce temps, manquant de protecteur et d'appui, se traînait languissamment à travers mille peines; si l'on en excepte M. Le Moine, M. de Troy et quelques peintres de portraits, tout le reste vivoit dans une médiocrité très voisine de la pauvreté; nuls tableaux de commande de la part des particuliers, rarement des tableaux d'église; le prix de ceux de Notre-Dame n'étoit que de 400 livres. Encore pour le prix falloit-il les fournir doubles, un grand et un petit; il en fut de même pour l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés ; ainsi, nulle occasion presque de se faire connaître. On n'avoit pas encore la ressource de l'exposition des tableaux au Salon du Louvre. »

(3) Germain Martin. La grande industrie en France sous le règne de Louis XV, pp. i3-a3.

(4) Le détail des copies ainsi faites se trouve dans YEtat des ouvrages de peinture faits pour le Roy depuis iji6jusquyet compris 172g (A. N. O' i934 »). '

INTRODUCTION

Versailles, qui procurèrent un bien faible travail à quelques artistes. Les prix concédés étaient, d'ailleurs, assez réduits; la somme demandée par l'artiste était parfois a modérée » de moitié.

Les conséquences de cette indifférence officielle se firent bientôt sentir, et des plaintes s'élevèrent. Pour donner satisfaction à l'opinion mécontente, le duc d'Antin résolut d'établir, en 1726, un concours entre les divers peintres de l'Académie, et, à cet efiét, il obtenait du Roi l'attribution d'une bourse de 5,ooo livres pour les deux artistes qui se seraient le plus distingués. L'idée était bonne en soi ; mais la brigue en gâta les effets. Le concours, en effet, avait pour raison déterminante de faire briller Le Moine, le favori du duc d'Antin, et de le désigner pour la place de premier peintre du roi, dont l'état de santé de Louis de Boulogne permettait d'escompter la prochaine vacance (1). Mais il advint que, de l'aveu général, les meilleurs tableaux du concours furent ceux de Cazes et de Noël-Nicolas Coypel; au lieu de s'en tenir à ce sentiment ou d'en référer au jugement de l'Académie, le duc d'Antin, de sa propre autorité, partagea le prix entre Le Moine et de Troy et, afin d'atténuer ce passe-droit, retint pour le roi le tableau de Charles Coypel. L'impression fut fâcheuse et ce scandale amena la désunion entre les artistes.

Dès lors la plupart des faveurs officielles allèrent à Le Moine : la place de premier peintre, d'où il devait si tragiquement sortir, et la commande des grandes entreprises décoratives, que les premières manifestations de la volonté royale avaient décidées aux salons d'Hercule et de la Paix, à Versailles. Il n'en put, toutefois, voir la pleine réalisation, ni jouir du triomphe de son favori, puisqu'il mourait

(1) Cf. le chevalier de Valory. Vie de M. de Troy (Mémoires inédits, 1. Il, p. 264). — Emilia F. S. Dilkc. J. F. de Troy et sa rivalité avec J. U Moine {Galette des Beaux- Arts, avril 1899).

XII INTRODUCTION

le 4 novembre 1736, au moment même où l'on découvrait le plafond du salon d'Hercule.

Direction du Le duc d'Antin eut pour successeur le contrôleur eéné-

contrôleur Orry

0736-1747). rai Philibert Orry, un financier, à l'esprit pondéré, très économe, mais susceptible de larges vues et habile à résister aux sollicitations indiscrètes et importunes. Il remit en honneur dans son département quelques-unes des grandes idées et les méthodes de Louis XIV ( 1 ), donna tous ses soins à y ramener l'ordre et l'esprit de suite et y réussit, au mieux des intérêts de l'Etat et malgré de très grosses dépenses extraordinaires. Le duc de Luynesa tracé de ce personnage un portrait avantageux ; les documents, que nous publions sur son administration, donnent à penser que les traits n'en furent point trop flattés et qu'il imprima à la peinture une conduite intelligente et lui marqua la protection la plus éclairée. Il faut tenir compte, d'ailleurs, de l'influence très sensible que Louis XV exerça personnellement sur la direction générale des commandes.

La peinture fut surtout comprise comme moyen de décoration et on lui demanda comme qualités essentielles la grâce et la distinction; les tableaux furent commandés en vue des appartements qu'ils devaient orner, et les artistes obligés de se conformer aux exigences du décor, aux intentions d'un programme préétabli. Cette sagesse de vues amena le genre décoratif à un degré de perfection, qui depuis ne fut guère dépassé.

Les commandes furent fréquentes par le fait des embellissements incessamment apportés aux diverses maisons royales. L'humeur changeante de Louis XV lui avait donné le goût très vif de ces petits châteaux, de ces rendez-vous de chasse, où il pouvait abriter ses amours et qui consti-

(i)Avec Orry, la direction des Bâtiments fut rétablie sur les bases de rédît de 1708.

INTRODUCTION XIII

tuaient une véritable ceinture entre Paris et Versailles; sa grande passion de la chasse motivait, en outre, de fréquents déplacements et des séjours plus ou moins prolongés dans ces diverses maisons, qui devaient ainsi être toujours en état de fournir au monarque un logis décent.

De ce fait, le Directeur des Bâtiments, contrôleur des finances, était un peu le dispensateur et l'ordonnateur des caprices royaux. Orry, tout en sauvegardant le bon état des finances, savait, quand il le fallait, céder au Roi sur ces caprices qui, somme toute, en encourageant les arts, servaient l'intérêt supérieur et la renommée de la France (i).

Le premier acte de l'administration du contrôleur Orry fut de rétablir les salons, suspendus depuis 1704, et de les rendre annuels, initiative qui réveilla la vie artistique et qui, en mettant les artistes en contact plus direct avec le public, amenda notablement leur condition.

Les décorations, que nécessitaient les changements de destination des appartements des diverses maisons royales et les acquisitions nouvelles, furent alors l'occasion de multiples commandes.

Ce fut d'abord la mise en état des petits cabinets de Versailles (2), que Louis XV s'était fait aménager dans l'attique

(i) Le doc de Luynes rapportait à ce propos ce mot du chancelier de Pontchartrain à lord Portland : « Vous avez déjà vu la grandeur et la magnificence dont le roi est entouré, l'empressement de tous ses sujets à lui faire leur cour et à obtenir te moindre de ses regards; hé bien, ce prince, si grand et si majestueux, fait continuellement sa cour à son contrôleur général ». Et le duc de Luynes ajoutait au sujet d'Orry : « Par dessus tout, M. Orry a fait sa cour par son attention à faciliter au Roi les moyens de continuer doucement ses bâtiments de Choisy, et de faire les différents changements et ajustements qu'il a jugés à propos de faire dans les logements à Versailles, Compiégne et Fontainebleau, par rapport à Mesdames de Maillyet de la Tournelle » [Mémoires, V, p. 88).

(a) Sur les transformations apportées à Versailles par Louis XV, consulter le Château de Versailles sous Louis XV, par M. Pierre de Noihac, que nous aurons constamment à citer au cours de ce travail.

INTRODUCTION

du Nord pour s'y retirer « lorsqu'il voulait être en particulier », et dont la création avait été résolue et commencée sous la direction du duc d'Antin. Comme pour la plupart des travaux analogues, le chiffre des dépenses faites à ce propos avait été considérablement majoré par la malignité publique : on ne parlait pas moins de douze à quinze cent mille livres; l'architecte Gabriel remit les choses au point, et, à l'aide des pièces de comptabilité, ramena cette somme à 58o,ooo livres (i). Ces petits cabinets se composaient d'une bibliothèque, d'une galerie et d'une salle à manger pour les soupers de retour de chasse. Lancret et de Troy firent le Déjeuner de jambon et le Déjeuner d'huîtres pour cette pièce-ci ; la galerie, dont les panneaux étaient alternés de glaces et de tableaux, reçut une suite de neuf chasses étrangères, justement célèbres.

Cette passion de Louis XV pour lâchasse eut, d'ailleurs, sa répercussion sur la direction générale des commandes; les tableaux de chasse furent multipliés par Desportes et par Oudry, et, sous cette direction, ces deux artistes commençaient pour les Gobelins les Chasses royales et une nouvelle interprétation de la Tenture des Indes. La manufacture alors se ranima ; bientôt après, de nouvelles commandes étaient faites à de Troy de YHistoire d'Esther, à Natoire de YHistoire de Marc-Antoine, à Restout des Quatre Arts, et, pour retenir en France Oudry, dont l'étranger sollicitait les services, Orry le plaçait successivement à la tête des manufactures des Gobelins et de Beauvais, en lui donnant Boucher pour collaborateur.

Mais, comme nous l'avons dit, la décoration des maisons royales, fut la grande affaire de l'administration d'Orry, et les fonds afférents à leur entretien, qui étaient de deux millions, furent majorés annuellement de 400,000 livres (2).

(1) Luyncs, Mémoires, V, 464.

(a) Id., 1.273.

INTRODUCTION

En 1737, les petits appartements de Versailles à peine achevés, on commence à travailler à la Muette et à Fontainebleau. Mm< de Mailly venait de faire aimer à Louis XV ce dernier château ; des transformations considérables en furent la conséquence : on y disposa de petits appartements à l'instar de ceux de Versailles, et vingt-trois tableaux furent demandés aux artistes les plus réputés, Boucher, Lancret, de Troy, Carie Vanloo, etc. (1).

Ces diverses entreprises confirmèrent le goût du roi pour ses châteaux et accrurent en lui cette passion de la construction, dont il était déjà affecté. En 1738, on arrangea à Versailles les petits cabinets de la Reine; Tannée suivante, on mettait en état Compiègne, et le duc de Luynes ne craint pas de fixer à plus de trois millions le chiffre des travaux (2). Cette même année 1739, le roi achetait de la succession de la princesse de Conti le petit château de Choisy pour y abriter ses amours avec Mme de Vintimille. Il donna tous ses soins à l'embellissement de cette retraite, qu'il affectionnait tout particulièrement, en ordonnant luimême les travaux et surveillant leur avancement : Boucher fut le décorateur de ce galant logis, pour lequel il ne fit pas moins de treize tableaux; Desportes et Oudry y furent également employés.

L'effort artistique fut, on le voit, très sensible sous cette direction, qui permit encore à Nattier de se produire et de donner la mesure de son talent. Louis XV, sans doute, contribua, par son influence personnelle, à ce relèvement, mais il ne faut pas oublier que ce fut Orry, par sa stricte économie et par sa sage entente des ressources budgétaires, qui en permit et en facilita la réalisation.

Pour être tout à fait juste, on doit pourtant reconnaître que, pour l'estimation des tableaux, il arriva souvent à

(1) Luynes, Mémoires, I, 264.

(a) Id., Il, i93.

INTRODUCTION

Orry de se souvenir un peu trop qu'il était contrôleur des finances. Ce fut un payeur assez étroit, tenant serrés les cordons de la bourse royale : il n'est pas rare de le voir ainsi réduire de moitié les mémoires des artistes, parfois leur donner presque des prix de misère (i), évaluer si bas les modèles des Gobelins que les peintres se plaignaient de travailler à perte (2), passer enfin avec Nattier un forfait de 4,000 livres pour sept des plus importants portraits de la famille royale, marchandage véritablement déplacé et dont la révélation ne fut peut-être pas étrangère à la retraite du directeur des Bâtiments, survenue en décembre 1745 (3).

Direction Je l<- Au poste, que le contrôleur Orry venait d'abandonner, Tournehem Louis XV appela un fermier général, Le Normant deTour- (1746-1751). neheiT1) oncie par aniance de M™ de Pompadour, et la

survivance de cette charge fut donnée au propre frère de la favorite, M. de Vandières, alors âgé de dix-huit ans.

Le nouveau directeur des Bâtiments n'était nullement préparé aux fonctions, auxquelles il venait d'être délégué. Il eut le bon esprit de s'en rendre compte et prit pour conseiller le premier peintre Charles Coypel.

L'influence de ce dernier se manifesta d'une façon particulière, qui mérite d'être signalée, car elle eut des résultats assez sérieux sur la direction même de l'art français.

Une vive rivalité existait alors entre les peintres d'histoire et les peintres de portraits et de genre, rivalité qui semblait, à bien des points de vue, un prolongement de la querelle, toujours pendante, des anciens et des modernes. La peinture d'histoire, après avoir triomphé sous Louis XIV, avait été peu favorisée sous Louis XV : Orry, notamment, avait réduit dans d'extrêmes mesures le tarif de ces sortes d'ouvrages, et la destination purement décora-

(1) Cf. page 365 infra.

(2) Cf. page 3 16 infra.

(3) Cf. pages 327-33i infra.

INTRODUCTION XVII

tive, que l'on assignait alors à la peinture, lui faisait réserver toutes les faveurs officielles aux peintres de genre et aux portraitistes.

Après sa retraite, les peintres d'histoire exploitèrent, en vue d'une revanche, l'inexpérience du nouveau directeur des Bâtiments, et furent aidés dans la réalisation de tels desseins par la complicité de son conseiller Coypel. Ils risquaient toutefois de se heurter à une hostilité de Mmo de Pompadour, acquise à Boucher et aux modernes, mais l'influence de la favorite sur le mouvement artistique de son temps ne se manifesta presque jamais par l'intermédiaire des Bâtiments : la seule intervention, en effet, que nous ayons constatée, fut la nomination de son oncle et de son frère à la direction de cette administration. Dans le cas qui nous occupe, elle ne prit point parti, et cette neutralité servit les intérêts des peintres d'histoire, en faveur de qui plusieurs importantes décisions furent prises.

D'abord, et malgré les protestations de l'Académie, le tarif des portraits fut abaissé (1); l'effet de ce petit coup

(i) Le >3 mai 1747, de Tournehem écrivait au secrétaire de l'Académie, Lépicié (A. N. O' 1907) : a Maigre vos sollicitations, je ne puis me rendre à payer aussi chèrement que Ton a fait par le passé les portraits, non que mon intention soit de restreindre les talents, au contraire, je compte faire en général le bien de la peinture et sculpture, en menant, par des prix justes et convenables, le Roy et les particuliers à portée de faire travailler plus souvent dans ces deux genres. Vous sentés bien que, si la dépense était portée sans distinction à un prix excessif, elle pourrait les dégoûter également ; ainsy je vous prie, pour le bien de l'Académie et pour finir entre nous tous débats inutiles sur cet article, de prévenir MM. les académiciens que je n'entends payer dorénavant les portraits en grand et les plus riches que 4,000 livres; ceux jusqu'aux genoux 2,5oo livres, et ceux en buste i,5oo livres. C'est en conséquence de ces prix auxquels je suis fixé que les ouvrages faits et à faire seront réglés mais je veux bien, pour entrer dans vos représentations, allouer par extraordinaire une somme pour chacun de ces anciens ouvrages, en forme de gratification, pour indemniser des arrangements que MM. les académiciens pourroient avoir pris, dans la confiance que les derniers règlements de leurs

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