FRANÇOIS DESPORTES
Ce tableau, le Cheval rayé (n* 3 du classement actuel) parut au Salon de 1748 :
Un grand tableau en largeur de 16 pieds sur environ 12 de haut, représentant un tigre de la grande espèce, qui combat un cheval rayé, tel qu'on en trouve aux Indes ; et sur le derrière, un rhinocéros et une gasclle; au bas des Tatous ou Armadilles, un grand arbre dont le fruit est de la Cafte, beaucoup d'oyseaux, poissons, Plantes et arbres des Indes; par M. Desportes, le père, Conseiller de l'Académie ( 1).
Actuellement au musée de Guérct, où il fut envoyé par l'Etat en 1872 : H. 3 m. 60 — L. 4 m. 90.
A ce même Salon de 1738 figurèrent aussi Les Deux Taureaux (n' 8 du classement actuel) :
Un tableau d'environ 19 pieds sur 12 d'hauteur, représentant une voiture chargée de cannes à sucre, et autres fruits des Indes,, tirée par deux taureaux ; deux nègres portent un hamac couvert d'un riche tapis, qui sert souvent à porter leur maître : il y a, dans le paysage, un moulin à sucre, beaucoup d'oiseaux, arbres, plantes, fleurs et fruits des mômes climats ; ce tableau est ordonné par le Roy pour être exécuté en tapisse-
(1) Au sujet de ce deuxième tableau, Desportes écrivait au Directeur des Bâtiments, Orry, en date du i5 décembre 1737 (A. N. O' 2041) :
« Monseigneur. — Je prend la liberté de donner avis à Votre Grâce que mon deuxième tableau de la tenture des Indes, plus long de 6 pieds que le précédent, sera en état d'être vu vers le milieu de cette semaine; quoy que vous m'ayé fait l'honneur de me dire en voyant ce premier que vous vous en reposic sur moy pour le reste, il me semble qu'il ne vous doit pas être indifférent de juger par vos yeux s'il continue bien d'éviter de tomber dans le deffaut de simple coppic qu'on avoit tasché de vous faire craindre pour moy. Tant qu'il plaira à Votre Grâce de m onorcr de ses ordres, je seray attentif autant qu'il me sera possible h tascher de mériter son aprobation et à ne rien fairre d'indigne de ma petite réputation; l'un et l'autre me sont aussi chers que l'honneur d'estre avec un profond respect etc.. >»
Orry ajoute en note : « Luy marquer qu'il sera bon que le Roy voyc son tableau ; qu'à cet effet il faut que le sieur Bailli le fasse transporter a Versailles, la veille du jour de Noël pour être expose le matin du jour de Noël dans le grand appartement. Je compte qu'il se rendra à Versailles exprès le même jour. Donner ordre en conséquence à M. Builli. »
rie aux Gobelins par M. Desportes le père, Conseiller de l'Académie.
Le paiement est en date du 2 juillet 1738 :
Au sieur Desportes, peintre, 2,000 livres pour un tableau de plantes et animaux des Indes, qu'il a fait et livré pour être exécuté en tapisserie à la manufacture royale des Gobelins pendant les six premiers mois de la présente année.
Le paiement de la quatrième pièce date du G décembre 1738 :
Au sieur Desportes, peintre, 2,000 livres pour son payement d'un tableau de plantes et animaux, qu'il a fait et livré pour être exécuté en tapisserie à la manufacture des Gobelins pendant les cinq derniers mois de la présente année.
Il s'agit du n* f> du classement actuel : Le Combat d'animaux, qui parut au Salon de 1739. Voici le mémoire de l'artiste (1) :
Description du quatrième tableau de la tenture des Indes, fait pour le service du Roy par l'ordre de Mgr Orry; peint par Desportes, pendant les mois de juillet, aoust, septembre, octobre et novembre 1 -38.
Ce tableau a 12 pieds de long sur onze et demy de haut et représente des Combats d'animaux et oiseaux, la plupart des Indes, dans un païsage dont les arbres, fruits, fleurs et plantes marquent les mômes climats.
Sur un grand arbre chargé de poires d'acajou, produisant la petite noix d'acajou et garny de grands feuillages bien terminés, se trouve perché un espèce de duc ou chat-huant, à qui une grande quantité d'oiseaux d'espèces différentes et rares font la guerre.
Sur le plan de derrière paroit un grand arbre appelé choupalmiste chargé de son fruit, dont le tronc est environné de la plante volubilis avec ses fleurs et feuilles. Sur le môme plan, un aiglon fond à tire d'aislc sur une autruche, que le masle, de l'autre côté, semble vouloir secourir.
(1) Nouvelles archives de l'art français, t. VIII, pp. 195-196.
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Sur le plan en deçà, un lion tient avec ses dents et ses grifes une espèce d'élan singulier qui tâche de s'échapper. Un peu derrière, un tigre de la petite espèce s'élance sur un sanglier animé, et appuyant sa griffe sur sa hure, cherche à s'emparer de l'oreille pour le coëffcr.
Sur le devant du tableau, un cerf terrassé et aux abois est saisy à la gorge par une lionne, tandis qu'un chien, animé de colère et de crainte, regarde cette bôte fauve comme sa proye et n'ose l'abandonner, ni le disputer contre un si rude adversaire. Un autre chien, jeté par terre, marque par son attitude la douleur qu'il ressent de sa blessure. Derrière la tête du cerf un croquodille, sorty de dessous des plantes aquatiques, emporte dans sa gueulle un bellicr ds Barbarie.
Dans l'eau, qui règne au bas du tableau, sont plusieurs poissons rares, et, sur les bords, quelques crabes auprès de l'autruche masle. Il y a aussi la plante poussée par la racine de cassave ou manioc, dont les habitants des isles font leur pain ; derrière le cerf est la plante Sollanum furieuse, et, derrière le sanglier, celle du tabac et plusieurs autres d'espèces curieuses. Le tout finy avec beaucoup de soin.
Actuellement au musée de Reims, où il fut envoyé par l'État en 187a : H. 3 m. 71. — L. 3 m. 88.
La Négresse portée (n° 6 du classement actuel, intitulé Le Roi porté) fut également exposée au Salon de 173»? :
Un grand tableau en largeur de 14 pieds sur onze et demi de haut, représentant une Négresse de distinction, portée dans un hamac ou branle, par deux forts nègres ; elle tient d une main un parasol de plume, varié de diverses couleurs, et de l'autre un arc et des flèches, dans un fond de paysage, conforme au climat ; il y a, sur des arbres de lattanier et palmier sauvage, plusieurs singes et oiseaux d'espèce singulière ; au bas du tableau, on voit sur un espèce de rasdeau, flottant sur l'eau, un grand nombre de Poissons de diverses formes et couleurs, et des rézeaux pour la pèche ; on voit aussi sur la terrasse de derrière, deux moutons de Barbarie, d'espèce rare, et plusieurs oiseaux, comme l'Oiseau Royal, le Roy des Corbeaux, des Herclans; par Af. Des-
l5o TABLEAUX COMMANDÉS POUR LE ROI
portes le Père, Conseiller de l'Académie; pour être exécuté en tapisserie pour le Roy à la manufacture des Gobelins.
Le paiement est en date du 24 février 1740 (Exercice 1739) :
Au sieur Desportes, peintre, 2,000 livres pour son payement d'un tableau représentant des Personnages, animaux et fruits des Indes, qu'il a fait pour être exécuté en tapisserie à la manufacture royale des Gobelins pendant les six premiers mois de l'année dernière.
I-es trois dernières pièces de cette tenture furent exécutées pendant les années 1740 et 1741. La première en date fut Le Chasseur indien (n° 7 du classement actuel), réglée le 29 mars 1 741 :
Au sieur Desportes, peintre, 5oo livres pour faire, avec i,5oo à luy ordonnez le 9 novembre de l'année dernière, le parfait payement de 2,000 livres à quoy monte un tableau représentant un Chasseur indien, qu'il a fait pour être exécuté en tapisserie à la manufacture des Gobelins pendant Tannée dernière.
Ce tableau parut au Salon de 1740 :
Un grand tableau en largeur d'environ 14 pieds sur 11 de hauteur, le sixième de la Tenture des Indes qui doit être exécuté en tapisserie aux Gobelins, représentant un Chasseur Indien tenant son arc, qui se repose appuyé contre un figuier d'Inde, dont le tronc, les branches et le fruit sont très singuliers; plusieurs oiseaux des mêmes climats sont perchés sur les branches. Dans le même tableau paroit un grand arbre portant des limons, les fleurs et les fruits duquel forment un fond nécessaire audit figuier. Au côté gauche est un autre grand arbre, d'où se tire le sang du Dragon, dont le pied est environné de plantes de melon, de lierres et du roseau panaché. Entre ces arbres, il y a une Demoiselle de Numidic et un Casuel groupez ensemble. A l'autre côté du tableau, dans une rivière qui passe au bas, se voyent beaucoup de poissons et de reptiles extraordinaires.
Actuellement au musée de Marseille, où il fut envoyé par l'Etat en 1873 : H. 3 m. 60. — L. 3 m. 92 .