INTRODUCTION XIX
meubles meublants. On les déplaçait suivant les caprices du souverain ou du Directeur des Bâtiments^ et l'on verra quelles funestes conséquences ces déplacements répétés eurent sur Tétat de la Sainte Famille et du Saint-Michel de Raphaël (i), qui régulièrement allaient, deux fois Tan, de la chambre du Roi à Thôtel de la Surintendance. On posait ces tableaux de la Couronne, dans les diverses maisons royales ou même dans les appartements particuliers, qui avaient besoin d'être décorés : ainsi, en 171 5, le duc d'Antin faisait transférer à Paris, dans son hôtel particulier, les plus belles pièces du cabinet du Roi et les y gardait pendant vingt ans (2). Et, comme on ne voyait en eux que de simples objets de décoration, on les allongeait ou on les diminuait, suivant les nécessités de l'emplacement qu'ils devaient occuper. Le tableau était alors fait pour le cadre et subordonné entièrement à lui ; on verra, à la table alphabétique, à l'article Tableaux dont les dimensions ont été modifiées^ combien longue est l'énumération des toiles qui furent ainsi « remployées » ou « allongées». C'était là, un procédé courant^ naturel, parfaitement reçu, et il faut renoncer à compter à Versailles le nombre des tableaux de batailles ou des vues du château sur lesquelles ont été pratiquées ces incroyables opérations.
Dans ces conditions, on comprend que le métier de res-
(i) Voir plus loin, pp. i6 et 17.
(3) Ce n*était pas là, au reste, un fait isolé, et il se reproduisit souvent au cours du XVIII* siècle : ainsi, en 1776, des tableaux de mérite étaient encore déposés chez le contrôleur générai de Montmartel. C*est assurément à cette façon de considérer les tableaux comme un mobilier quelconque, que nous devons « cette coutume bizarre et abusive, si enracinée dans notre pays qu'on paraît vraiment émettre une opinion exagérée en affirmant qu^ c'est un crime de lèse-nation que de meubler la demeure des divers chefs d'Etat qu'il a plu à la France de se donner successivement avec des œuvres d'art qui ne devraient jamais quitter les dépôts artistiques, accessibles au public » (E. Molinier. Galette des Beaux- Arts. 1898. t. XX. p. 229).