‹ Inventaire des tableaux du RoyChapitre 20 sur 57 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

par trouver que de telles prétentions étaient exagérés; Picault mit alors le marché à la main, se targuant toujours du secret de son spécifique. En lySi, il adressait ainsi à la Direction des Bâtiments le curieux mémoire suivant (i) :

Le sieur Picault, ne pouvant s'ouvrir en aucune façon sur Tespèce, ni sur la qualité des nnatières qu'il employé dans ses opérations, ne peut répondre d'une manière satisfaisante aux personnes qui prétendent que, dût-il employer de For, ses dépenses ne pourroient monter aussi haut qu'il les porte. Il n'employé point d'or quoique ses frais soient considérables et fort au-dessus de l'idée qu'on s'en est formée; mais il ne peut travailler, surtout à des morceaux d'une aussi grande importance que ceux qui luy ont esté confiez, sans sacrifier sa vie et son repos : sacrifice qui dure autant que son opération qui est plus ou moins longue, selon l'étendue du tableau sur lequel il opère, et plus ou moins heureuse, selon les diflicultez qu'il ne cesse d'éprouver ; difficultés qui, rendant inutiles beaucoup d'opérations^ obligent à les ipultiplier à l'infini. Ce n'est point icy une statue encore sous le cizeau, qui peut être abandonnée et reprise; c'est un ouvrage qui, une fois commencé, exige absolument qu'on l'achève sans la moindre interruption. Par exemple, l'enlèvement de la peinture du tableau de Saint-Michel de dessus bois a été une opération préalable qui a duré huit mois, pendant lesquels le sieur Picault en a passé trois sans se coucher et beaucoup de nuits sans pouvoir même s'abandonner un seul instant au sommeil; pendant cet espace de temps, s'il a pris quelque repos, il n'a pu s'y livrer qu'autant que son travail le luy a permis, que pour des instants et en usant de stratagèmes et de tortures qui pouvoient lui faire vaincre le sommeil. L'enlèvement de la peinture de trois morceaux du payement desquels il s'agit aujourd'huy, sçavoir le morceau représentant le Siège de Namur de 14 pieds de haut sur 8 de large (2); celui d'André del Sarte représentant la Charité; et celuy de Léonard de Vincy (3) qui avoit cela de particulier qu'il étoit posé sur un fond rond composé de onze planches, a été un travail qui a duré vingt mois, accompagné des mêmes fatigues et des mêmes soins, sans compter plus de huit mois qu'il a fallu pour perfectionner ces ouvrages.

Ces considérations seules méritent sans doute beaucoup d'égards,

(i) Archives Nationales. O' igSS.

(2) Par Van der Meulen.

(3) La Vierge, V Enfant, Saint- Jean et Saint- Michel; voir ci-après, page 6.

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