‹ Inventaire des tableaux du RoyChapitre 21 sur 57 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

puisque la santé et la vie même s'y trouvent si fort intéressées, l'ouvrier étant presque toujours en danger de périr, forcé de respirer les parties sulphureuses et nitreuses qu'exhalent continuellement les matières employées dans ses opérations. Enfin, le sieur Picault ose avancer que, de tous les arts, il n'en connoit point où l'on rencontre autant d'inconvéniens et de difficultés que dans le sien ; et qu'il n'y en a point de plus long, de plus pénible, de plus dangereux, ni de plus dispendieux.

Si un art, lors même qu'il est poussé à sa perfection, entraîne encore nécessairement tant de travail, de soins, de peines, et d'opérations si multipliées, quelles difficultés l'artiste n'a-t-il pas rencontré dans la recherche qu'il en a faite, avant même que de songer à le perfectionner? Le sieur Picault n'entreprendra point d'en faire icy le tableau ; il se bornera à dire que son art luy coûte 20 années de travail forcé et plus de 3o,ooo livres....

Le sieur Picault se renferme à supplier très humblement M. le Directeur de vouloir bien, en fixant lé prix de ses ouvrages, avoir autant d'égards à leur valeur qu'à la peine, au travail et aux frais considérables qu'ils luy ont coûté ; étant déterminé à en passer par ce qu'il luy plaira d'ordonner; mais il ne peut dissimuler que si on luy faisoit essuyer une forte réduction du prix de ses ouvrages, il luy seroit impossible de continuer à travailler.

A la fin, cependant, les Bâtiments se lassèrent; on examina, on chercha le secret de ces opérations si coûteuses, et un jour, Lépicié avisait une dame Godefroid, qui arrivait aux mêmes résultats que Picault, mais à des conditions beaucoup plus raisonnables. On reconnut alors que le fameux secret consistait simplement en « eau chaude et en patience »;.le rapport suivant de M. de Vahiny sur le mémoire de Picault est des plus piquants et vaut d'être cité (1) :

Avant d'entrer dans la discussion de la somme demandée par le sieur Picault, le sieur de Vahiny rappellera à M. le Directeur Général que le Roy a accordé une pension de 2,000 livres par an audit sieur Picault pour récompense de son secret^ dont 5oo réversibles à sa femme au cas qu'elle survive à son mary, ce qui vaut, suivant la loix

(i) Archives Nationales. O' igSS.

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