INTRODUCTION . XXV
des rentes viagères, 25,ooo livres de capital, ce secret a été royalement payé, surtout quand on scaura en quo^ il consiste, comme on va le dévoiler dans ce rapport d'après l'expérience.
... On élèvera peut-être la question de sçavoir pourquoi depuis cinq ans le sieur Picault n'a point travaillé pour le Roy; luy seul s'y est opposé, par l'exhorbitante demande qu'il fît en 1732 pour avoir levé le Saint-Michel de Raphaël de dessus bois et pour l'avoir mis sur toille; il demanda 7,000 livres pour cet ouvrage, et il vouloit qu'on luy payât la même somme de 7,000 livres pour chacun des deux autres vieux tableaux du Roy qu'on s'étoit proposé de luy donner à lever.
Cette exhorbitante demande fut soumise à l'examen des connoisseui-s et elle fut rejetée unanimement. Les amateurs convinrent tous qu'il vaudroit beaucoup mieux employer 20,000 livres à l'acquisition de deux beaux tableaux de quelques-uns des grands-maîtres, qui se seroient conservés frais, sains et entiers, que d'employer 21,000 livres à faire relever de vieux tableaux pour être mis sur toille, et qui, placés qu'ils y seroient, ne vaudroient pas 100 écus chacun.
Tels furent les sentimens de M. Portail et de feu M. Lépicier ; ce dernier, surpris du prix excessif que le sieur Picault prétendoit mettre à ses ouvrages et persuadé que les prétendues drogues que le sieur Picault disoit employer à ses opérations n'étoient qu'un leure, regarda en 1.752 le compte du sieur Picault non pas comme un compte d'apothicaire, mais comme le compte d'un charlatan, et, pour donner la preuve qu'il ne se trompoit pas, il s'adressa à M""* Godefroid et luy demanda si elle pourroit lever de vieux tableaux à fresque ou sur bois et les porter sur toille. Ellerépondit à M. Lépicier qu'elle feroit cette opération quand on le voudroit, en luy avouant de bonne foy, que tout le secret consistoit dans de l'eau chaude et de la patience.
... M. le Directeur Général sait le succès que M»* Godefroy eut dans cette entreprise
Cependant, le sieur Picault qui vit par cette expérience quelle foy on devoit ajouter à la cherté des drogues qu'il disoit employer à son ouvrage n'a plus rien fait depuis pour le Roy; les deux tableaux qu'il devoit lever et pour chacun desquels il demandoit 7,000 livres ont resté en suspens depuis 1752.
Il va sans dire que Picault fut remercié et que la veuve Godefroid fut, dans la suite, chargée de la restauration des tableaux du cabinet du Roi : elle s'associa un certain Colins qui, par de légers pointillages, parvint à remettre en état la plupan des peintures endommagées par le temps ou les