Le Credo en action, au Vatican
La tradition rapporte que les Apôtres, avant de se séparer, composèrent le Credo. Chacun d'eux rédigea son article : le Symbole de la foi catholique en contient douze, autant que d'Apôtres. Cette tradition fut consignée, au xme siècle, dans le Rational de Févêque de Mende, Guillaume Durant.
Au xve siècle, en France comme en Italie, la représentation du Credo devint un thème habituel pour les artistes. Au Vatican, Alexandre VI le fit peindre par Pinturicchio dans une des chambres Borgia (1). L'inventaire de son pontificat parle d'une tapisserie « avec l'histoire du Credo » : Item anus magnas (pannus) cum kistoria Credo (2).
La tenture étant unique, il n'y a pas lieu de l'identifier à celles du garde-meuble qui retracent le même sujet, très-probablement d'une manière différente. Dans le premier cas, comme aux chambres Borgia, les Apôtres devaient se succéder, tenant un phylactère où était inscrit leur article. Ici, au contraire, l'article est traduit littéralement par le tableau correspondant : ainsi, un Apôtre parle de l'Ascension du Sauveur et aussitôt on a sous les yeux la scène de l'Évangile.
Ce Credo est malheureusement très-incomplet. Sur plusieurs pièces de tapisserie qu'il comporte, il n'en
(1) X. Barbier de Montault, La bibliothèque Vaticane. Rome, 1867, p. 192-195, 216-219.
(2) Muntz, Lu tapisserie, p. 6.
reste plus que trois, donnant seulement sept articles, c'est-à-dire un peu plus de la moitié du Symbole.
La première comprend trois articles : la Passion, la Résurrection et la Descente aux Limbes, compliquée des apparitions, qui sont des hors-d'œuvre ; enfin, l'Ascension.
Le quatrième article du Credo concerne la Passion et la Mort du Sauveur (1).
Pilate, assis, se lave les mains, et proteste qu'il ne prend pas la responsabilité de la condamnation.
Jesus-Christ, couronné d'épines, pieds nus et vêtu de la tunique de pourpre dont on l'habilla par dérision, porte péniblement sa croix. Des hallebardiers l'escortent et le pressent de marcher : un surtout, qui semble personnifier la méchanceté des Juifs, le tire avec brutalité par la corde dont il a serré ses reins. L'artiste le nomme l'Envie, Invidia.
Deux saintes femmes accompagnent le Christ et symbolisent la charité d'un Dieu qui, par amour pour les hommes qu'il est venu racheter, souffre avec résignation les humiliations de la Passion ; on lit sur leurs vêtements : Humilitas et caritas.
A la Crucifixion, le Christ, couronné d'épines, est attaché à une croix en tau, surmontée du litre qui le proclame roi des Juifs. Il est entouré de soldats ; Longin lui perce le côté. A gauche, les saintes femmes assistent dans la douleur à ce triste spectacle. La Vierge s'évanouit et tombe dans les bras de saint Jean.
Deux vénérables vieillards déroulent des phylactères
(1) La pièce de la Passion a été achetée par M. Richard.
— Ti —
dont les paroles sont effacées. L'un tient le bâton de pèlerin et se nomme saint Jacques-Majeur; l'autre est Zacharie, Zaeharias. D ms les chambres Borgia, l'Apôtre dit: Passus sub Pontio Pilato, cruci/lxus, mortuus et scpultus, et le Prophète: Aspicient in me Deum suum quem cvucifixerunt [\n, 10).
Descendu de la Croix, Jésus-Christ est déposé dans le tombeau par Joseph d'Arimathie et Nicodème, que suivent saint Jean et quelques saintes femmes. Marie baise les mains de son divin Fils.
Suit le cinquième article, relatif à la Résurrection.
Ressuscité, Jésus-Christ va aux limbes. Son manteau rouge d'ignominie est devenu son vêtement de gloire. Armé de sa croix qui a sauvé le monde, il renverse les portes de l'enfer, d'où sortent les âmes détenues et les démons frémissants : lieu d'horreur, ardent comme une fournaise embrasée.
Rentré au Ciel, Jésus-Christ s'est assis sur son trône. Un ange en chape, agenouillé à ses pieds, accueille les patriarches et les justes qui n'attendaient pour leur délivrance que la venue du Messie. Moïse marche en tête, les Tables de la Loi à la main, et Dixmas, le bon larron, vient le dernier, portant sur ses épaules l'instrument de son supplice. Au fond, bosquet d'orangers. Eu bas, le prophète Osée et l'apôtre saint Thomas annoncent la mort du Christ et sa descente aux limbes. Osée dit : 0 mors cro mors tua. Ozias (xiii, 14.) Saint Thomas : Descendit ad infernum. Thonas.
Sur la tapisserie j'ai lu Thonas: Terreur est manifeste. Dans les chambres Borgia, l'article de la Résurrection est attribué à saint Mathieu, tandis que, sur un tableau du
Musée du Vatican, daté de 1466, on le reporte, comme ici, à saint Thomas.
Jésus-Christ apparaît aux Disciples et à la Vierge agenouillés : il leur donne sa paix et les bénit.
Une autre fois, il apparaît aux Apôtres, aux saintes femmes et à sa mère, à laquelle il fait voir les plaies de sa crucifixion. La salle où ils sont réunis est décorée de trèfles et de clochetons.
Passons au sixième article, l'Ascension. (1)
Jésus-Christ est allé reprendre sa place sur le trône de la Trinité. Les trois personnes divines, couronnées et chapées, ont le sceptre à la main. Elles sont assistées des anges et de leurs deux attributs plus particuliers, la Justice et la Douceur, symbolisées par ces femmes que nous avons déjà vues avec le glaive et le lis fleuri. Sur la terre, les Apôtres regardent, comme s'ils pouvaient encore voir quelque chose et tendent vers le Seigneur, déjà arrivé au ciel, leurs mains suppliantes. Amos et saint Jacques-le-Mineur proclament, sur leurs longues banderoles, l'Ascension du Christ:
Ipse est qui sedificai Ascensionem suam in cœlo. Amos (ix, 6.)
Ascendit ad celos, sedet ad dexteram Dei omnipotent is. Jacobus Minor.
Le septième article du Credo se réfère au Jugement dernier: il forme une seule pièce, de grande dimension. (2)
Au ciel, le Père et le Saint-Esprit, chapés et couronnés, ayant chacun le sceptre à la main, sont assis
(1) M. Erlanger a l'Ascension parmi ses tapisseries.
(2) Acquise par M. Erlanger.
sur un trône commun, derrière lequel se pressent les anges en chape. A droite et à gauche, deux femmes couronnées, dont une est la Justice, Justicia, montrent du doigt le Christ qui est descendu pour juger les hommes. Il a la chape et la couronne; dans la main gauche, le glaive pour frapper et punir; dans la droite, le lis fleuri, symbole de douceur, car le Christ sera bon pour ses élus. A ses pieds, les âmes nues lui adressent leurs supplications, et plus bas un guerrier, lisant dans un livre, représente, en face de ceux qui prient et recevront leur pardon, ce monde insouciant, mvndvs, qui sera châtié pour avoir, jusqu'au tombeau, songé à des frivolités. Il est précédé d'une femme voilée, à laquelle il ne prend pas garde, ou plutôt dont il s'éloigne, car les remords de sa conscience qui l'accuse lui sont importuns, et celte femme, imprudemment chassée, est la Conscience, Consciencia. Un Prophète et un Apôtre annoncent le Jugement. Isaïe dit : Deus ad judicandum véniel. Isaias (III, 13.) S. Philippe : Inde ventwus est judicare vivos et mortuos. Philippus.
Le huitième article n'a pas été tissé à part comme le précédent, on lui a adjoint le neuvième; toutefois ces deux tapisseries ont beaucoup moins d'ampleur et n'équivalent guère qu'au tiers de celle qui contient trois articles réunis. Probablement, les tapisseries ayant été faites sur commande, la disposition des lieux où on devait les tendre exigeait cette division ou séparation inégale.
Après la Pentecôte, la catholicité de l'Église. Quel est l'apôtre qui proclame que la sainte Eglise est catholique, c'est-à-dire universelle? J'hésite à le nommer.
Dans les Chambres Borgia, saint Thomas dit: Santam ecclesiam, santorum commundonem. Mais, sur ces tapisseries, il a déjà figuré pour la descente aux Limbes. Saint Charles Borromée, dans les fresques de sainte Praxède, exécutées en 1575, donne cet article à saint Mathieu. A part le premier et le dernier articles, invariablement assigaés à saint Pierre, qui est le chef du collège apostolique, et à saint Malhias, qui remplaça Judas, il y a, dans les monuments, un grand désordre pour l'attribution spéciale de chaque article.
L'Esprit-Saint, ailé, chapé et couronné, descend du ciel sur les Apôtres et les saintes femmes, réunis dans le Cénacle sous la présidence de Marie, qui leur lit des prières auxquelles tous prennent part. Ils joignent les mains et regardent en haut venir le Paraclet qui leur a été promis. Un prophète et un apôtre proclament sur leurs phylactères la divinité de l'Esprit-Saint. Les paroles du premier sont entièrement effacées, mais on peut y suppléer par ce texte des chambre^ Borgia, au Vatican: Effundam spiritum meum super omnem carnem (Joël, ii, 28). Celles du second sont: Credo in Spiritum sanctum, attribuées d'ordinaire dans le Credo à saint Barthélémy.
Née et constituée définitivement dans le Cénacle, sous le souffle et l'inspiration de l'Esprit de vérité, l'Eglise nous montre son chef, ses pasteurs et ses fidèles confiés à ses soins. Assis, en chape et La tiare en tète, le Pape reçoit les suppliques ou placets que lui présentent un homme et une femme agenouillés devant son trône, qu'entourent évêques, cardinaux et une foule de peuple. Plus bas, le prophète Sophonie tient un ciboire à cou-
vercle pyramidal, tandis qu'un Apôtre placé à sa gauche chante la catholicité de l'Eglise : Credo sanctam Ecclesiam eatholicam. Cette prxide qui contient le pain des enfants de Dieu, n'indiquerait-elle pas cette communion qui les rassemble tous dans une même foi, au même banquet?