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L'Histoire d'Alexandre, au palais Doria

Le palais des princes Doria, situé dans la plus belle rue de Rome, le Corso, possède une galerie hors ligne pour le nombre et la qualité des tableaux. J'y ai observé une seule tapisserie ; ce n'est pas assez. On pourrait débarrasser le vestibule de quelques toiles vulgaires ou apocryphes, pour y suspendre les deux pièces, vraiment incomparables, de la légende d'Alexandre le Grand. Nulle part ailleurs, aucune autre tapisserie n'est aussi bien conservée ; elle n'a pas perdu sa fraicheur native, ce qui est dû en grande partie à sa teinte très-foncée et à son peu d'usage. Elle n'est exhibée que pour la procession de l'église de Sainte-Marie in via lata, pendant l'octave de la Fête-Dieu, quelques heures seulement. Aussi est-elle ignorée de la plupart des amateurs; il faudrait absolument la tirer d'une obscurité pour laquelle elle n'est pas faite et qu'elle ne mérite pas.

L'histoire profane a fourni son contingent de documents aux peintres de Ruine, chargés de dessiner les cartons. Au Vatican, il y avait les histoires d'Annibal, de Tullius Hostilius. de Porsenna, etc. (1) Mais, proportion gardée, même à l'aurore de la Renaissance, le profane était tout à fait en minorité et dominé par le sacré.

L'histoire d'Alexandre est toute fabuleuse (2). Les trois

(1) Muntz. La tapisserie, p. 6.

(2) Cette histoire est mentionnée trois fois dans des comptes et inventaires : en 1514 et en 1516, dans l'inventaire de Marguerite d'Autriche « Dix pièces de tapisseries d'or, d'argent et de soye, bien riches, de l'histoire et des faits d'Alexandre le Grant, qui sont venues

traits, reproduits par la tapisserie Doria, sont tirés de sa légende, très-connue des archéologues et autrefois fort populaire.

Voulant s'emparer des cieux et de la mer, après avoir conquis la terre, Alexandre commence par se faire un véhicule pour monter dans les airs. Pendant trois jours, il prive de nourriture deux griffons, puis leur adapte un joug et les attèle à un chariot, sur lequel il s'assied, avant soin d'élever de la viande au-dessus de leur tète.

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Affamés, ils se précipitent pour la saisir et, dans leur ardeur, montent toujours, entraînant à leur suite le conquérant. Celui-ci, pénétré de froid à cause de la hauteur à laquelle il est parvenu, rencontre enfin un génie qui lui dit : « Alexandre, tu ne sais pas les choses de la terre et tu cherches à connaître celles du ciel. Gesse de monter, si tu ne veux pas devenir la pâture de tes griffons. » Il redescend alors vers son armée, après sept jours d'absence.

Sur la première pièce, Alexandre est enfermé dans une cage, pour se prémunir contre la voracité de ses guides, qui ont les regards fixés sur deux morceaux de chair saignante qu'il tient au boul de deux perches. Leur vol est rapide et déjà ils sont dans les hautes régions de l'atmosphère.

Afin d'effectuer son voyage sous-marin, Alexandre commande un grand tonneau de verre, éclairé à Tintérieur par des lampes puissantes. La machine descendue

d'Espaigne », et en 1607 : <r à Cattherine Van den Eynde, pour huit pièces de l'histoire de Alexandre le Grand ». Ce sujet était donc trèspopulaire. (Houdoy, Les tapisseries de haute-lisse, p. 143,150. 154).

dans la mer, il étudie la vie des monstres marins. Après quoi., il retourne vers son armée et va battre Porus.

Sur la seconde pièce du palais Doria, on voit un vaisseau voguant sur la mer ; à ce vaisseau est attaché un tonneau de cristal, dans lequel Alexandre est enfermé. Il examine attentivement les poissons qui se pressent autour de lui et constate que les gros mangent les petits (1).

Un peu plus loin, il combat des hommes velus, dont la taille est replète la stature infime et la tête placée à l'endroit de la poitrine : ce sont les Mirmydons.

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