‹ Inventaire descriptif et raisonne des principaux objets d'artChapitre 12 sur 30 · SCULPTURE SUR PIERRE · texte numérisé non relu

SCULPTURE SUR PIERRE

Le comité ne pouvait, on le comprend, solliciter le déplacement des chapiteaux, mascarons, pierres tombales, écussons et autres débris de nos monuments civils ou religieux, recueillis dans les musées lapidaires récemment installés à la Diana, à Roanne, à Charlieu et à la Bénisson-Dieu. Mais plusieurs collectionneurs se sont empressés de venir à son aide.

Parmi quelques morceaux toujours précieux de la période romane, il faut surtout signaler une pierre gravée d'une décoration d'animaux avec encadrement de rinceaux en style du xii^ siècle, qui provient du prieuré de Pommiers, et un chapiteau double recueilli, il y a trente ans, dans les ruines de l'abbaye de Saint-Rigaud près de Charlieu. Sur la corbeille, deux oiseaux becquètent un reptile à queue démesurément longue et les angles sont renforcés de petits hommes servant de cariatides au tailloir. Ce chapiteau couronnait deux colonnettes géminées appartenant sans doute aux arcades d'un cloître, et sa décoration le date du xi« siècle, époque où Pierre l'Hermite était moine à Saint-Rigaud, avant de partir pour la première croisade.

Deux pierres armoriées offraient, elles aussi, un intérêt historique. L'une donne le blason d'un prieur de Charlieu, Claude de la Madeleine de Ragny qui portait : d'hermines à trois bandes de gueules chargées de neuf coquilles d'or. 2, 5 et 2. — Sur l'autre sont gravées les armoiries de notre historien Jean-Marie de la Mure*.

Médaillon du château de Saiat-André-d'Apchon (pl. 6). — On sait qu'à partir de l'avènement de François P"" jusqu'à Charles IX, les architectes dans nos régions, n'ont cessé d'employer les médaillons en pierre sculptée, pour la décoration extérieure des édifices importants. Ce genre d'ornementation procédait du goût des Lyonnais pour les médailles, passion d'importation italienne qui prit naissance à la fin du xv'^ siècle avec la fameuse médaille d'Anne

* Cette pierre a été décrite dans le Roannais Illustré, III^ série, page 105.

de Bretagne, œuvre des maisires doriers Loys Lepère, Jean son fils et Nicolas de Florence. A l'instar des pièces d'orfèvrerie lyonnaise, qui pour la plupart étaient, comme le prouvent les textes, semées d' anctiques \ on retrouve les décorations de médaillons dans toutes les riches demeures foréziennes du xvi^ siècle*.

Grâce à l'obligeance de l'un de nos plus érudits collectionneurs, M. Gérard, nous avons pu exposer sept des vingt-deux médaillons qui ornaient la façade du château des d' Al bon- Saint-André en Roannais, et dont quelques-uns sont encore en place. La plupart ne sont, comme à l'ordinaire, que des l'eproductions fantaisistes de médailles antiques. Un très petit nombre dénotent le goût français et représentent des personnages de la cour ou d'illustres compagnons d'armes du maréchal de Saint-André. Un des plus remarquables, au point de vue artistique, est un portrait de femme aux grosses lèvres, au front bas et fuyant. Les cheveux, séparés sur le front, entourent la tête de deux tresses volumineuses au-dessous d'une coiffe résille que retient une bandelette. Ensemble énergique et d'un très haut relief.

Celui de ces médaillons que reproduit l'album offre un intérêt tout à fait spécial. C'est l'image d'une femme vue de profil dont les traits réguliers et fortement accentués ne manquent pas d'une beauté sévère. L'œuvre est modelée avec trop de réalisme pour n'être pas un portrait. Mais cette dame, dont le costume n'est rehaussé d'aucune sorte d'ornement, ne porte que la simple coiffe de toile qu'on rencontre encore dans nos campagnes. Le fait est étrange. Quelle est donc cette paysanne qui mérita de figurer sur la façade du somptueux castel ?

Un financier du nom de Pierre Jayet se faisant construire, en 1528, à Paray-le-Monial, la belle demeure surnommée la maison des Poupons, à cause de ses 24 médaillons, y réservait au portrait de son maçon, maistre de V œuvre, une place d'honneur entre son propre médaillon et celui de sa femme. L'ornemaniste de Saint-André aurait-il donc, lui aussi, reçu mission de placer à côté de l'effigie de Biaise de INIontluc, le portrait d'une fille de basse condition, favorite de la maréchale ou de son glorieux époux?

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