SCULPTURE SUR BOIS
Il est bien reconnu, comme l'ont constaté notamment Viollet Le Duc et Labarte, qu'en Occident jusqu'au milieu du xiii^ siècle, on s'occupa peu de sculpter le bois, auquel on préférait l'ivoire, l'or ou l'argent. Cette considération .seule, en dehors de toutes les chances ordinaires de destruction, suffirait à expliquer la rareté des bois ornés de sculpture de l'époque romane.
Coffret du XII'= siècle (pl. 8). — Le petit coffret prêté par M. Coiffet de Leigneux a donc le mérite de la rareté, indépendannnent de sa valeur archéologique. Il est en buis, d'une conservation parfaite et nanti d'un couvercle à charnières de bois. A l'intérieur, un compartiment central circulaire, à parois côtelées, est flanqué de cinq casiers se fermant à couvercles qui sont finement sculptés d'arcades à jour en style architcctonique de la fin du xii^ siècle. L'extérieur est couvert de ciselures reproduisant les palmettes, bâtons rompus, entrelacs, imbrications et autres fantaisic^s de l'ornementalion de cette même période romane. On peut supposer que cette très curieuse cassette était la boite à balances d'un poseur de monnaies. Elle provient des montagnes montbrisonnaises.
La sculpture sur bois du xv" siècle était représentée par deux fragments des stalles de la Bénisson-Dieu, prêtés par M. le docteur Fleury.
Panneau des stalles de la Bénisson-Dieu. XV^' siècle (pl. 25). — L'album contient la reprodu("(ion du panneau le mieux conservé et le plus intéressant. L'archange saint
• C'ost-à-diro (riinitatious do mcdaillos anti(]uos. A citer : les veysseUes d'argent doré, à i)frsonn(ti;fs il nnlicdiUcs, ofl'irtes à l'amiral Hoiiiiivet en lô22 et à monseigneur de Saint-André, sénéchal de Lyon, en 1,531.
* Notamment à Chovrièros, à Chenercillos, à Cliàtoau-Moraad, à Saint-AaJré-d'Apchon. Lo l'orez Pittoresi/uc on a donné ilo nombreuses et belles reproductions.
Michel, vêtu d'une armure complète avec solerets pointus faudes et braconnières, transperce de sa large épée droite à deux tranchants un diable à jambes de coq et à sept visages disséminés sur son corps nu : représentation très rare et très originale des sept péchés capitaux. Le monstre tire par les cheveux l'Archange qui, de la main droite, s'efforce de l'étrangler.
Cette scène, très animée et d'une habile composition, a pour cadre une arcature à accolade ornée de crochets et fleurons. C'est un ouvrage de la fin du xv^ siècle, époque des grands travaux exécutés par l'abbé P. de la Fin dans son église de la Bénisson-Dieu.
Avec le xvi® siècle, la sculpture sur bois arrive à sa perfection. Elle remplace le chêne par le noyer au grain serré. C'est l'époque des meubles si fins, si élégants de l'école lyonnaise, dont il serait difficile de trouver aujourd'hui en Forez des spécimens vierges de fâcheuses retouches.
A notre grand regret nous n'avons pu donner la reproduction d'un morceau remarquable, qu'avait bien voulu nous confier M""® Noëlas. Ce sont les vantaux du corps supérieur d'une armoire monumentale. Décorés de perspectives, ils sont flanqués de deux personnages terminés en gaine et sont séparés par une femme debout à pieds de cheval, belle figure d'un très haut relief, d'un dessin juste et hardi, où se retrouvent « les grâces allongées » de Jean Goujon. Ces vantaux avaient été rapportés de Changy par l'érudit et regretté docteur Noëlas.
Panneau de l'école lyonnaise. XV!*" siècle (pl. 25). — A la même école appartient un petit panneau de la collection Gérard, d'une grande finesse de ciselure et qui fut probablement le dossier d'une chayère ou d'une caqueteuse. Sous un tympan à coquille, il présente en bas-relief un enchevêtrement de rinceaux élégants tenus par de petits génies qui sont la seule partie faible de ce travail.
Les ornemanistes sculpteurs de l'Auvergne formèrent eux aussi une puissante école, durant le xvi^ siècle. Leurs ouvrages sont d'un bon style, mais moins précieux et moins élégants, ainsi qu'en témoigne une chayère en chêne, à médaillons de dauphins et têtes humaines, datée et signée P. B., 1554.
Coffre sculpté. Travail allemand. XVI* siècle (pl. 26). — Du château de Gatelier provient le beau cofi're en noyer sculpté que reproduit l'album. Par son style décoratif lourd et surchargé, par les détails de costume, les types des personnages et les fantaisies architectoniques qui font penser à Heidelberg, cet ouvrage appartient à l'art allemand du milieu du xvi* siècle. Une frise à personnages, se détachant presqu'en ronde bosse, figure un cortège triomphal de l'Amour, évidemment inspiré des dessins d'Hans Burgkraair. Et sous cette composition ultrapaïenne, quatre scènes de la vie de saint Jean-Baptiste : la Prédication, le Baptême du Christ, la Décollation et le Festin d'Hérodiade, sont sculptées dans des arcatures plein cintre que séparent des piliers à gros fuseaux feuillus. La conservation est excellente. La monture est moderne.
L'art français du bois au temps de Louis XIII, déjà plus lourd et moins distingué, était représenté par deux coffres à personnages, des collections Poulot et Rieux, par plusieurs figurines de retable, des bénitiers ajourés et un tableau de piété de l'oratoire Du Bourg, figurant deux anges prosternés devant une monstrance Eucharistique.
Dès le milieu du xvii^ siècle, le noyer est remplacé par l'ébène, par les marqueteries d'ivoire, d'écaillé, de cuivre, d'étain, de marbre et de bois de couleur. Nous entrons dans le domaine de la fantaisie dont les créations spirituelles et élégantes, qui rempliront le xviii^ siècle, relèvent encore de la sculpture d'ornement.
Parmi plusieurs pièces signalant à l'Exposition cette évolution de l'art du hucliier devenu ébéniste, il faut citer : le coffre de mariage à inscrustations d'ivoire sur ébène, de M. Devillaine; le bureau à huit pieds du baron de Jessé, à marqueterie de bois de couleur et d'étain ; la belle commode à panse arrondie, toute vêtue d'une décoration de fleurs d'ivoire et de bois de couleur sur fond noir, qui appartient à M. Mauvernay; et le bureau de M. Poulot, garni de bronzes ciselés, dont les marqueteries de couleur pourraient être signées des frères Hache.
Satyre terminé en gaine. XVIII" siècle (pl. 25). — A cette époque, la sculpture sur bois dur avait été complètement abandonnée, en sorte que le satyre en chêne que reproduit l'album offre le double attrait d'une œuvre d'art et d'une rareté. Il sourit d'un air moqueur, a les bras croisés et se termine en gaine recourbée et feuillue. C'était un des jambages d'une cheminée de l'époque de Louis XV. L'autre fut brûlé ; il représentait une Faunesse.