SCULPTURE SUR MÉTAL, ORFÈVRERIE
On a dit avec raison que l'orfèvrerie est la reine des industries d'art. « La profession d'argentier exigeait en effet les talents divers du sculpteur, du fondeur, de l'émailleur et du joailler. Peintre par les incrustations, sculpteur par la ciselure, l'orfèvre était architecte par la forme monumentale de ses œuvres*. »
La technique de cet art industriel est extrêmement variée. Les pièces sont formées de filigranes simulant des dentelles ; ou gravées en creux et remplies soit de pâtes colorées, soit d'autres métaux chassés au marteau ; ou décorées d'émaux sur champ de métal ; ou fondues et achevées au burin ; ou relevées en bosse au repoussé.
L'orfèvrerie gallo-romaine était représentée par d'importantes pièces des collections Coiffet, Vadon et Coutaret.
Les membres de la Diana connaissent par la savante description qu'en a donnée M. Vincent Durand^ le trésor de vaisselle du ii« siècle, appartenant à M. Coiffet, trouvé en 1884 à Limes, commune de Saint-Sixte et composé de treize pièces en bronze fondu ou travaillées au marteau. Quelques-unes sont argentées ou étamées. Plusieurs sont ornées de moulures, d'autres de gravures au burin, d'autres d'accessoires décoratifs fondus à part. Sur deux d'entre elles est gravé le nom du propriétaire, Seoctus Jiilius Basilus.
La belle urne ansée de M. Vadon en bronze à patine argentée, a été trouvée il y a cinq ans dans des fouilles, au lieu de Varennes, commune de Saint-Nizier-sous-Charlieu. L'anse est gi'avée et ornée d'un mascaron. Elégance de forme remarquable. Hauteur, 0'"33.
La collection de styles, anneaux, fibules en bronze, dont quatre émaillées, prêtée par M. Coutaret, provient des sépultures du quartier Saint-Jean à Roanne.
Les guerres de religion et les révolutions ont anéanti en Forez notre orfèvrerie du haut moyen âge, qui n'a été représentée que par une très intéressante bague en filigranes d'or de la collection Coiffet. Cette bague est-elle mérovingienne? Est-elle romane? La question, plusieurs fois débattue, attend encore une solution. Ce bijou précieux provient des environs de Boën.
L'album reproduit trois belles croix de procession, des xv« et xvi® siècles.
Croix processionnelle en cuivre estampé. XV"= siècle (pl. 2.) — La croix de la collection Coiffet ne bi'ille ni par la richesse ni par le fini du travail. Mais quelle élégance de proportions et de dessin ! C'est une de ces croix à plaques de cuivre estampées de rinceaux feuillagés et fixées sur une âme en bois, que les orfèvres du xv« siècle reproduisaient fréquemment. Le centre est occupé par une plaque rectangulaire montrant l'Agneau triomphateur. Et chaque branche est terminée par un fleuron en forme de lys qui naît d'un quatrelobes aux emblèmes évangéliques. La croix s'emmanche dans une douille plate qui surmonte le nœud d'où part en-dessous l'autre douille cylindrique destinée à recevoir le bâton processionnel.
En off'et, comme le remarque M. Darcel, les croix, jusqu'au xvi" siècle, servaient tantôt sur l'autel, tantôt cà la procession et, n'étant pas encore parconséquent solidaires de leur hampe, n'étaient munies que d'une tige inférieure très courte s'ajustant dans une douille ou dans la table de l'autel.
• Abbé Toxier. Dictionnaire d'orfèvrerie
* Bulletin tic la Diana, tomo II. pag. 408.
Croix processionnelle en argent repoussé. XVI^ siècle (pl. 2.) — L'église de Cornillon nous avait pi^êté un beau spécimen de croix au repoussé en argent, en forme d'arbre rond ébranché dont les extrémités sont coupées en biseau, type qu'on rencontre souvent dès le XVI® siècle. L'arbre a 0™05 de diamètre. Le Christ, à quatre clous et bras levés, est relativement moderne. On reconnaît les places de soudure des bras horizontaux de celui qu'il a remplacé.
Au revers, une figure en ronde bosse au repoussé d'un saint Antoine, le signe du tau sur l'épaule et le porc à ses pieds, est posée sur une petite pyramide renversée, à cinq pans, avec frise chargée de l'inscription : sants anthoni. Le nœud se compose de deux demi-sphèi'es à godrons droits. Plus rien de l'élégance de la croix du xv® de M. Coiffet.
Croix de procession de Saint-Sauveur-en-Rue. XVI« siècle (pl. 1 et 27.) — Au XVI® siècle plus avancé appartient la croix de Saint-Sauveur-en-Rue, très riche pièce d'orfèvrerie dont nous ne pouvons donner qu'une trop courte description. Sur une âme en bois de chêne sont clouées des plaques d'argent estampées et ciselées, à bordures perlées et champ réticulé semé de vases de fleurs. Elles sont relevées de camées et cabochons sertis dans des bâtes en vermeil. Des quatrelobes à bordure perlée et portant un médaillon avec figures des évangélistes au repoussé, terminent les branches dont les épaisseurs sont recouvertes aussi de plaques d'argent estampées de fleurs de lys dans des losanges perlés.
Face. Sur une plaque centrale rectangulaire en vermeil, un nimbe en roue, à rayons alternativement droits et flamboyants, surmonte la tête d'un Christ d'argent en ronde bosse, d'un grand style et d'une savante anatomie, exécuté au repoussé.
Revers. Dans une auréole flamboyante, la Vierge tient l'Enfant sur le bras droit. Les manches de sa tunique sont serrées au poignet avec bracelet au-dessus du coude. Formes puissantes, poitrine et ventre proéminents. Seules les mains sont élégantes, fines et allongées. Audessus, curieux dais à deux pentes formant un angle suraigu. Cette statuette, très inférieure comme art à celle du Christ, n'a pas été exécutée au marteau mais par le procédé économique de pression de feuilles d'argent sur un modèle en relief. Le nœud en cuivre est du xvii® siècle. Hampe superbement parée de plaques argentées avec décor de fleur de lys dans des losanges.
Sur la douille on lit : d. p. andré badol. d. s. sauvevr.
L'orfèvrerie du xvii® siècle était représentée par de maîtresses pièces exposées dans le grand salon d'honneur. Nous ne dirons rien de la châsse d'argent donnée en 1687 à l'église de Montverdun par M»' Camille de Neuville, archevêque de Lyon, pour renfermer les reliques de saint Porcaire. Ce chef-d'œuvre de ciselure a été décrit et publié dans le Forez Pittoresque et ^ar un maître, M. L. Palustre, dans le compte rendu du congrès archéologique de Montbrison.
Bassin et burettes de l'église du Chambon, XVII® siècle (pl. 28.) — Sous la même vitrine avaient été placés un bassin et deux burettes de l'église du Chambon, pièces en argent massif fondu, décorées d'ornements au repoussé, avec des têtes d'anges et des emblèmes eucharistiques. Une navette et une clochette complétaient cette chapelle, œuvre excellente, de style Louis XIV.
Chandeliers en argent. Style Louis XVI (pl. 28.) — Les amateurs passionnés de l'art du xviii® siècle ont admiré les deux flambeaux en argent massif de M. le baron des Périchons, oii se retrouvent les formes et les détails de l'époque de Louis XVI. Pièces remarquables par la finesse de ciselure et l'élégance des détails.
Nous devons signaler encore une écuelle Louis XIV en argent ciselé et gravé à M. André Roux; une aiguière empire à M. Mulsant ; les appliques en bronze doré, terminées en tulipe, coulées et reprises au burin, prêtées par M. Michaud ; la vaisselle d'argent ciselé et armorié de M. le comte de Rambuteau ; une pendule religieuse, ébène et argent du xvii® siècle de M. Gariod, et le superbe cartel du château de Méons reproduit dans l'album.
Cartel en bronze doré. XVIIP siècle (pl. 29). — C'est une pièce de dimensions inusitéeset d'aspect imposant. La partie supérieure couronnée d'une statuette assised'unCupidon lançant une flèche, appartient par sa décoration de têtes radiées, de rosaces, de réseaux de métal sur écaille bleuâtre... à l'époque de Louis XIV. — D'autre part le socle moins solennel, plus élégant, présente une délicieuse tête de femme en médaillon avec cadre fleuri, sous lequel sont suspendus par des rubans noués les torches et carquois de l'Amour. C'est du beau style Louis XVL — La juxtaposition de deux systèmes décoratifs aussi tranchés a donné lieu à de nombreuses et stériles discussions pour fixer l'âge de ce bel ouvrage de ciselure, dont il n'existe, parait-il, que deux répétitions, l'une en Angleterre et l'autre à Paris.