V. TRADUCTION EN PROSE PAR UN ITAUEN
La cinquième traduction de la Consolation de Boece est en prose; elle a été rédigée par un auteur qui en avait précédemment donné une version italienne : « Et por ce l'ai ge translaté en vulgar françois, si corne autre fois l'ai mis en vulgar latin. » Nous n'en avons qu'un exemplaire, le n® 821 du fonds français, qui parait avoir été exécuté en Italie au xiv** siècle.
Commencement et fln de cette version, d'après ledit ms. 821, fol. 27-52.
La complainte de la tribulation del mirable phylosophe qi fu appelez Boêces, et de la consolation de la pbylosopbye qel confortoit en scemblance d'une dame.
L'umaine generacions et les genz de cist monde désirent moult naturalment à oir noves choses et à entendre noves manières et novelles contes ; et n'en est mie chose reprensibles, se la novitez est de choses utiles et bones, et se elle est sobriement et utielment ordenée, por ce que la nature se délite en la utiel et bone et sobrie novité, et aprent moult ententivement et delitosement la utilice {sic) de aucune escriture qant elle est novement ordenée. Et por ce ge, considérant à ce, si ai pensé de doner novelle manière de conte à une moût utiele esscriture, laquele estoit por letrés et en latin, en le phylosophyce livres de Boêces soutilment et oscurement descrite, au meinz à cil qi ne sieivent le 1res. Et por ce Tai ge translaté en vulgar françois, si come autrefois Tai mis en vulgar latin : car utiel chose me semble que à toutes genz soit clars dou douzor. Et si sache chascun que ceste complainte et ceste oevre est coment Boêces se complaingnoit et demeutoit de ses mésaventures et aversitez qi sorvenue li estoicnt, et coment la verais phylosophye le confortoit en semblance d'une dame. Or veons coment.
Ici comence le premier livre de Boêces, selonc ce q'il se complamgnoit de l'aventure qi moût li estoit contraire sorvenue.
Le bons phylosophes qi Boêces fu clamez si comence sa complainte de ses mésaventures en tiel manière, et disoit à soi meisme tex paroules. Je Boëce, lequel estoie usez de fere vers et livres et doctrines et scritures de grant confort et de grant joie et de grant délit, si pois dir dolorousement que or vait tout autrement mon afere. Car il me convient ore fere, por destroite de mes desaventures adverses, etscriptures dolorouses et ploines de dolors et de plors et de lermes
Car ja ne faisons auchune chose qui ne soit toust davant les
oilz de cil haut juge leqiel conoist et voit toutes les choses. Et il nos dont si bien ovrer qe nos alons au suen beneoit règne, en leqiel est vie durable sanz nulle fîn, in secula seculorum. Amen.