EGLISE DES SAINTS PIERRE ET PAUL
L'ancienne église des Saints Pierre et Paul a été démolie. Le temple, placé actuellement sous le vocable de ces patrons, fut construit par Tordre des Jésuites et fut plus tard affecté à la paroisse. La construction de cet édifice remonte à 1669; il fut achevé en 1676. Les Jésuites ayant quitté leur couvent de Malines, le 15 octobre 1773, l'administration paroissiale de Saint-Pierre adressa une requête à l'impératrice pour lui demander l'autorisation d'échanger sa vieille église contre celleci, désormais sans destination. Une réponse favorable accueillit cette demande, le 1 décembre 1777 ; le cardinal de Franckenberg procéda, en 1778, à la translation du Saint Sacrement dans la nouvelle église paroissiale. La révolution française survenant, les démolisseurs abattirent, en 1793, les statues et les décorations de la belle façade, qui n'avait été achevée qu'en 1709, et qui Jusqu'à la hauteur de la corniche est de l'ordonnance de Luc Fayd'herbe. En 1798, l'église de Saint-Pierre fut désignée comme devant servir au culte de la déesse Raison. Les murs intérieurs du vaisseau et ceux du chœur furent couverts d'ornements en papier peint, appropriées à la circonstance ; ainsi furent sauvés les tableaux et la plupart des sculptures. Ce fut en 1802 que l'église fut rendue à sa destination primitive.
Portail et jubé.
Le portail, construit en marbre rouge, noir et blanc, se trouve sous les arcades du jubé. Il donne accès à réglise par quatre portes : deux de côté, deux au milieu. La corniche est surmontée, aux coins extérieurs, de deux vases de pierre ; au milieu s'élève un fronton, décoré de guirlandes, également en pierre.
J. B. Schayes (Histoire de l'architecture en Belgique) cite le jubé ou tribune d'orgue, parmi les plus beaux produits de ce genre que le XVIP siècle nous ait laissés. La construction repose sur quatre colonnes de marbre rouge. Une rangée de balustres de marbre de même couleur s'étend le long de la plate-forme de la tribune, dans toute la largeur de l'église. Au milieu de la balustrade, deux génies, en pierre blanche, maintiennent un cartouche.
Le buffet d'orgue n'a reçu qu'un commencement d'exécution. Il fut construit en 1713 ; des ornements, peints en grisaille, suppléent aux décorations, qui y font encore défaut. Ces orgues et le jubé furent vendus, en 1798, pour 308 livres.
Nef Est.
Immédiatement à côté du portail, prennent naissance des boiseries, qui tapissent les parois de l'église, dans toute sa longueur, jusqu'aux autels latéraux. Ces revêtements, dont la partie artistique a été exécutée par Nicolas Van der Vekene, se composent de sept confessionnaux, dans chaque nef, reliés les uns aux autres
par âes panneaux ouvragés. Il nous sufiBrd de décrire uii àéul de ces confèssionnauic, tous élevés d'après un même plan général : ces meubles ne différant entr^eui que par le détail des ornements, lesquels non seulement sont bien combinés, mais encore gracieusement rendus. Des figures emblématiques sont placées de part et d'autre de l'entrée du compartiment central ; les côtés extérieurs des compartiments latéraux sont revêtus d'une colonne, qui supporte la corniche ; celle-ci est couronnée par un frontispice habilement travaillé en bas-relief, dont le sujet varie dans chaque pièce. Les boiseries ne furent vendues que 478 livres, en 4798.
Au-dessus du premier confessionnal pend un bon tableau, provenant de l'ancienne église de Saint-Pierre; il a le caractère du commencement du XVIP siècle ; le sujet en est la Sainte-Trinité. Les trois personnes divines sont assises dans les cieux, environnées de lumière ; une grande quantité d'anges les entourent; sous leurs pieds brille, dans une auréole de feu, le monogramme de Jésus-Christ. Plus bas, sur la terre, deux groupes nombreux adorent la Divinité ; l'un, placé vers la droite, est composé de rois, de guerriers et de grands du monde ; l'autre est formé de papes, d'évéques et de religieux; au milieu, entre ces deux groupes, s'ouvre le purgatoire. Des paysages terminent le tableau de chaque côté. Disons encore que la composition est des plus ingénieuses et que le coloris a beaucoup de finesse.
Les stations du chemin. de la croix sont encastrées dans le mur, contre les pilastres qui séparent les fenêtres. Ces sujets, en bas-reliefs, furent placés en 4867 et sont dus au ciseau habile de Joseph Geefs, d'Anvers.
Le premier tableau, que nous apercevons après celui de la Sainte-Trinité, est appendu au mur extérieur de la nef. On y voit saint Charles Borromée intercédant auprès de la sainte Vierge en faveur des pestiférés. La divine Mère apparaît dans le ciel, tenant son Enfant ; un ange la précède, le saint cardinal est à genoux, entouré de malades gisant autour de lui. La scène se passe dans un temple. Il y a dix figures sur cette toile ; l'arrangement en est bien réussi et la couleur harmonieuse et délicate ; c'est une des bonnes œuvres de Théodore Boeyermans (1). Descamps en parle avec éloges; de son temps, le tableau se trouvait dans l'ancienne église de Saint-Pierre.
Le morceau suivant, vantail d'une peinture que nous retrouverons plus tard, est de Jean Erasme Quellyn ; il représente saint François partant pour les missions ; H. 3,50. Le saint porte sur le dos son sac, attaché à un bâton ; devant lui chevauche un cavalier turc. Le cheval est pris en raccourci.
Dix grandes toiles retraçant la vie et les miracles de saint François Xavier revêtent les murs, sous les fenêtres des nefs latérales. Elles mesurent 3,80 m. en hauteur, sur 4,78 en largeur. Ces tableaux, dont plusieurs portent les noms d'artistes distingués , échappèrent aux dévastations de la révolution française, grâce à des placards emblématiques, en papier, que l'on colla sur les toiles lorsque l'église servit au culte de la déesse Raison.
!«' tableau. Le triomphe de Jésus crucifié. La peinture en était bonne autrefois, au témoignage de Descamps,
(1) Théodore Boeyermans, né à Anvers en 4620, mort en 1678.
mais actuellement elle est fort changée et retouchée. Henri Herregouts (1), peintre malinois, est l'auteur de cette pièce.Certes ici l'artiste a fait preuve d'imagination; mais sa couleur est lourde et confuse. Le Sauveur, prêt à rendre le dernier soupir, occupe à peu près le centre de la toile; tous les peuples convertis accourent et viennent chercher le salut sous la croix. Saint François, un crucifix à la main, disperse une armée d'idolâtres, dont plusieurs sont montés sur des coursiers.^
2* tableau. Saint François Xavier délivrant un possédé. Cette toile, signée L. Blendeffe, 1696 (2), n'est pas mauvaise sous le rapport de la composition; mais le coloris en est âpre et donne un ton exagéré au tableau. Saint François revêtu d'un rochet occupe le centre de la toile; il procède à l'exorcisme du démoniaque et lui présente le crucifix. Le possédé est couché par terre, soutenu par des Indiens, et de l'autre côté, derrière l'apôtre, est placé un groupe assez nombreux admirant le prodige. Le fond de la toile figure une riche construction, occupant à peu près tout l'arrière plan.
3® tableau. Saint François Xavier administrant le baptême à un roi idolâtre, par Pierre Eyckens, le jeune (3). Saint François, en surplis, administre le sacrement à un monarque richement habillé, qui s'incline devant lui. L'apôtre est assisté, dans la cérémonie, par un membre de la compagnie de Jésus habillé de noir; près du prince se trouve un petit page nègre, tenant
{i) Heori Herregouts, né à Malines en 4633.
(2) Lambert Blendeffe, mort à Louvain eu 4740.
(3) Pierre Eyckens ou Eykens, fils de Pierre le vieux, né à Anvers en 4648, mort en 4695.
um toque emplumée. Celte seèné est entourée âe curieux; derrière eux s'élèvent de beau^c bâtiments de pierre; de l'autre côté du groupe principal, une mère est assise, ayant son jeune enfant près d'elle. Derrière ces personnages un chamelier et un écuyer, faisant partie du cortège royal, se tiennent près des animaux commis à leur garde. Le fond au milieu de la composition laisse entrevoir une ville. Seize figures concourent à cet épisode.
L'uniformité des tons contribue à donner un aspect froid et inanimé à cette composition dont le dessin et l'ordonnance sont bons du reste.
4« tableau. Saint François Xavier ressmcUant un mort. OEuvre du même mattre, que la toile précédente. Ici le saint porte le costume noir de son ordre; il est debout devant un cercueil ouvert et rappelle à la vie le défunt, qui lui tend les bras. Plusieurs personnages naturellement groupés admirent le miracle. Les visages des spectateurs rendent tous les sentiments qui animent leurs âmes en ce moment. Dans le groupe gît le corps d'un homme mort. Derrière le thaumaturge figurent d'autres personnages s'occupant à ensevelir un cadavre. Il y a vingt deux figures dans cette composition.
8« tableau. La sainte Vierge apparaissant à saint François Xavier, par Théodore Boeyermans. Saint François, revêtu du froc noir, est agenouillé devant les degrés d'un autel jonché des débris des idoles. La sainte Vierge, ayant l'Enfant Jésus sur le bras, apparaît sur un nuage, entourée d'anges. L'un des membres de cette cour céleste quitte le groupe principal et renverse, derrière l'apôtre, plusieurs idolâtres tombant les uns sur les autres. Ce dernier épisode se passe devant un
temple, dans uûe galerie duquel on voit les préti^es païens se rendant au sacrifice. Dans ce tableau allégorique l'invention est heureuse, les groupés quoique bien distribués, participent tous à un ton trop peu varié, mais tranquille et harmonieux.
Chapelle de Sainte*ApoIlixie.
Une niche taillée dans le mur extérieur de cette chapelle renferme une petite statue de Notre-Dame de Montaigu, figurine faite avec le bois de l'arbre dans lequel fut trouvée la célèbre image de ce nom. La statuette, qui nous occupe, est posée sur un nuage auquel sont accolées deux petites tètes de chérubins ; ce socle fait partie de la figure principale. Le groupe repose sur un piédestal, où deux génies en bois argenté sont placés aux pieds de la sainte Vierge et s'élancent dans l'espace; derrière la tête de la Mère de Dieu s'étale une gloire qu'entourent plusieurs séraphins. Cette image, honorée autrefois dans la chapelle de Neckerspoel, a été transférée dans l'église; après que la révolution française eut supprimé cet oratoire.
Vis-à-vis de cette image est placé, contre le mur de séparation du chœur, un bon tableau : saint Ignace, par Luc Franchoys, le jeune. Le 'fondateur de la compagnie de Jésus est peint, de grandeur naturelle, debout, portant le costume sacerdotal; à ses côtés un ange lui présente un livre ouvert :-Deux petits génies planent dans le ciel. L'aspect de ce tableau est agréable, la personne de saint Ignace seule produit un effet un peu décoratif; mais les chérubins sont supérieurement modelés.
L*autel de sainte Apolline est en marbre noir, relevé d'ornements de marbre blanc. Il est de bonne conception et rentre entièrement dans le genre, suivi du temps de Rubens, ce qui nous porte à croire que Luc Fayd'herbe en est l'auteur. Le frontispice porte le monogramme du Christ, entouré de rayons dorés. Une niche, pratiquée dans le contrè-retable renferme la statuette polychrome de sainte Apolline; cette figure du XVIP siècle provient de l'ancien couvent des Augustins, à Malines. Les décorations qui entourent cette niche sont bien ouvrées ; mais nous y remarquons particulièrement deux petits génies placés au sommet. Un tabernacle, surmonté d'un crucifix en écaille et chargé de plaques de cuivre doré, est placé sur l'autel. • . De chaque côté de l'édifice est placée une statue : à droite, celle de saint Stanislas Kostka; à gauche, celle de saint Louis de Gonzague ; deux œuvres dues au sculpteur malinois Van Turnhout.
Cet autel, dédié jadis à saint Ignace, fut vendu, en 1798, au prix de 110 livres.
Chœur.
Une toile ovale, maintenue par un ange, pend contre le pilier séparant le chœur de la chapelle de Sainte- Apolline. Cette peinture, de bonne exécution, fut placée en 1707 ; elle reproduit les traits du Père Jean- Baptiste Onraet, guéri miraculeusement, en cette église par l'intercession de saint François Xavier. Le portrait du père Onraet est en buste, entouré d'une bordure en
grisaille rappelant les différents épisodes de sa maladie et de sa guérison.
L'hémicycle du chœur est revêtu d'arabesques dorés dont quelques unes sont en cuivre, et de quatre médaillons, avec sujets religieux, se détachant sur un fond simulant le marbre blanc. Dans la partie supérieure, près de la voûte, se trouve le Père Eternel, tournant les regards vers la statue de saint François Xavier, placée plus bas. L'apôtre est agenouillé sur un nuage, entouré d'anges.
Le maître-autel, en marbre blanc, est isolé dans le chœur et se dresse à quelque distance du fond. La figure du Thaumaturge, dans l'attitude de la mort, est couchée sous l'autel, un génie fait descendre sur lui un rayon lumineux. A la tête et aux pieds du saint sont placés deux Indiens à genoux, supportant la table de l'autel. Un tabernacle orné des emblèmes eucharistiques, occupe le rétable ; de chaque côté de cette pièce principale est taillé, en bas-relief, un ange conducteur menant un enfant vers le sanctuaire. Aux deux extrémités du rétable est un séraphin adorateur. Derrière le tabernacle s'élève l'instrument de la Rédemption, la Foi personnifiée l'enlace de ses mains; tandis que l'Espérance et la Charité sont assises au pied de la croix. Ces sculptures sans grand mérite sont d'un ciseau inconnu ; elles furent vendues 180 livres, pendant la révolution française.
Nous ferons remarquer que toutes les pièces, mises en vente à cette époque, ont été rachetées pour être rendues plus tard à leur destination primitive.
Avant l'époque de la vente, aucune détérioration n'est survenue aux nombreuses œuvres d'art de l'église de
Sainte-Pierre, bien qu'elle eût servi et qu'elle servit alors au temple de la Raison. La conservation de ces morceaux est due à deux artistes, Guillaume Herreyns et Pierre de Noter (1), qui ayant été chargés de décorer l'église pour le nouveau culte, maintinrent tous les monuments intacts et ne firent que les dérober à la vue en y plaçant des fragments de l'arc de triomphe de Daniel Janssens (2), que la ville conserve encore aux halles.
Les stalles, de six places seulement de chaque côté du chœur, ne présentent d'autre particularité qu'une gracieuse galerie, sculptée à jour, qui masque les sièges.
Au-dessus des stalles sont pratiquées, de chaque côté du chœur, des niches; l'une renferme la statue de saint Pierre, l'autre celle de saint Paul^ toutes deux en plâtre, par Joseph Geefs, d'Anvers, 1867.
Le tableau oval, qu'un génie maintient contre le pilier séparant le chœur de la chapelle de la Sainte-Vierge, fait pendant à celui du Père Onraet. Cette toile, exécutée comme la première, en 1707, et dans les mêmes circonstances, représente le portrait de saint François Xavier, entouré de grisailles, figurant les hauts-faits de la vie du Thaumaturge.
(4) Pierre-François de Noter, né à Rum^t en^,4748, mort ea 48M.
{%) OaDiêl Janssens, né à Malines en 463(^, décédé en 46g2. Cet arc de triomphe fui fait à Poccasion des fêtes jubilaires de Saint Rombant, en 4680. (V. caulogae du Masée de MaUnes, N« 64 (4864>
Chapelle de la Sainte- Vierge.
li*autel de cet oratoire est d*uûe ordonnance similaire à celle de l'autel de sainte Apolline ; une gracieuse statue, en marbre» représentant la sainte Vierge ayant son Fils debout près d'elle, est de la main de Luc Fayd'herbe. Les statues, placées à droite et à gauche de l'édicule, figurant Tune sainte Barbe, l'autre sainte Marie Madeleine, sont du sculpteur Van Turnbout. Cet autel fut vendu en 1798, pour la somme de 105 livres.
Une niche, pratiquée dans le mur extérieur de cette chapelle, renferme une statue de saint Joseph^ ayant l'Enfant Jésus debout sur les genoux. Nous ignorons le nom de l'auteur de cette œuvre.
Nef ouest.
Ici nous retrouvons la suite de la série des grandes toiles qui retracent la vie et les miracles de l'apôtre des Indes.
6® tableau. Saint François Xavier préchant la f&ia» peuple. Cette composition ie vingt-trois figures noua montre, d'un côté de la toile, un grand nombre d'indiens, groupés au bord d'un chemin, à l'ombre de grands arbres. L'apôtre, revêtu du rochet, explique à ses auditeurs les vérités de la Foi; derrière lui se tiennent trois autres personnages. Au bout du chemin, dans la perspective, on découvre l'océan. L'auteur de ce tableau est Jean Gocxie (1), peintre de Frédéric I, roi de
(4) Jeto Gocxie, né k MaUqes, mort en Praase, eo 4?ilO.
Prusse. Cet artiste descend de Michel Cocxie ou van Cocxyen, surnommé le Raphaël flamand, dont nous avons parlé antérieurement. Le peintre, dans cette toile, a fait preuve d'imagination ; son sujet est bien compris et son coloris naturel ; la partie feuillée surtout est bien traitée. Descamps a attribué cette œuvre à J. E. Quellyn.
7® tableau. Saint François Xavier, à la cour d'un roi indien, confond les philosophes païens. Cette toile est de Luc Franchoys, le jeune; malheureusement nous avons à déplorer ici la décomposition des couleurs si commune dans les productions de ce maître, et qui produit ainsi des tons d'une chaleur outrée. Saint François, en soutane, est assis, sous un dais, à côté d'un monarque indien; à droite, devant les degrés du trône sur lesquels se joue un singe, sont debouts trois personnages de la suite royale. Les philosophes, groupés vis-à-vis du prince et de saint François, exposent à grands gestes leurs doctrines. Quatorze personnages trouvent place dans cette scène.
8® tableau. Saint François Xavier et ses compagnons devant le pape Paul III, par Jean Erasme Quellyn. Le ton général du tableau est peu animé, quoique le dessin soit irréprochable et la composition vraie et sans apprêts. Le souverain pontife siège sous un dais, garni de draperies élégamment relevées ; deux hallebardiers montent la garde derrière le trône. François Xavier et un de ses compagnons, agenouillés sur les marches du siège pontifical, reçoivent un parchemin des mains du Saint Père. Le pape est entouré de cardinaux. Le fond du tableau est coupé par de gracieux portiques de marbre, couronnés de galeries qui tranchent sur le ciel.
9^ tableau. Saint Français Xavier expose la foi aux prêtres idolâtres, en présence d'un monarque indien. Tableau de Luc Franchoys, le jeune. Nous considérons cette toile comme une des meilleures productions de cet excellent maître; aussi pouvons-nous ici, mieux que partout ailleurs, étudier la manière de son pinceau. Dans cette œuvre, loin d'avoir prises des teintes foncées, les couleurs se sont plutôt affaiblies : l'ordonnance du sujet est vraisemblable et rendue sans efforts d'imagination ; un groupe ne se formerait pas avec plus de facilité dans la nature que dans cette composition.
Saint François, en surplis, est assis sur le trône à côté du roi ; un ample rideau se déploie au sommet du dais. Divers indigènes sont groupés à côté du siège, devant les degrés duquel sont placés un grand nombre de seigneurs portant le costume espagnol. Il y a dix-huit personnages dans cet épisode, qui se passe dans un délicieux palais d'architecture européenne. Au fond , on aperçoit, se déroulant en hémicycle, de gracieuses galeries formées de colonnes torses.
10« tableau. Saint François Xavier faisant renverser les idoles. Jean Érasme Quellyn est l'auteur de cette toile, restaurée dernièrement par Joseph Bernaerts. Ce dernier tableau porte quinze personnages. L'apôtre des^ Indes est placé au milieu de la composition ; à sa gauche sont groupés, à l'ombre de grands arbres, plusieurs auditeurs de tout sexe et de tout âge. A la droite du missionnaire deux hommes abattent l'image d'un faux dieu. Dans la perspective, entre ces deux groupes, on découvre les ondes de la mer. On peut reprocher à cette œuvre un aspect mat et terne , néanmoins dans le premier groupe surtout il y a d'excellentes parties.
Après avoir examiné la collection des dix grandes toiles, représentant la vie et les miracles de saint François, il nous reste à nous arrêter, à côté de la dernière composition de cette série , devant deux peintures de Jean Érasme Quellyn. Ces tableaux constituent l'un, la pièce principale, l'autre, le morceau latéral d'un triptyque, dont nous avons trouvé le premier volet au bas de la nef opposée (v* p. 152)! Le vantail ici représente : Saint Français Xavier partant pour les missions, sons la conduite d'un ange. H. 3,50. Trois petits chérubins, volant entre les nuages, semblent veiller à la protection de l'apôtre, qui chemine sur le rivage de l'Océan, bordé au loin de montagnes.
Le sujet suivant, partie centrale de la production , figure une particularité de la vie du thaumaturge : Saint François Xavier ayant perdu son cnuAfix; un homard le lui rapporte. Le saint se penche au bord de l'eau pour retirer des pinces de l'animal l'objet perdu ; un personnage, placé derrière le missionnaire, regarde avec admiration ce prodige. Ça et là, dans le ciel, quelques têtes allées percent les nues. Le fond représente l'Océan ceint de hauteurs.
L'ordonnance dans ces deux derniers tableaux n'est pas ingénieuse ; la composition parait même maigre et difficile; quant au coloris, il est sombre et a beaucoup de sécheresse.
Sous le jubé, à côté du portail, sont placées sur des consoles, cinq statuettes des patrons contre la peste. Ces figures, en bois polychrome, du XVI"® siècle, proviennent de l'ancienne église paroissiale de Saint-Pierre ; il parait qu'à cette époque il y en avait davantage, celles que nous voyons encore représentent : saint Sébastien;
saint Antoine Vermite; saint Christophe; saint Roch; saint Adrien.
Grande nef.
La chaire à prêcher, en bois de chêne, est l'œuvre de Henri Verbrugghe (1). Elle est placée entre deux colonnes de la nef du côté de TEst. Dans la partie inférieure de ce beau monument sont groupées les quatre parties du monde, assises dos à dos, sur le globe terrestre. La cuve de la chaire présente en bas-relief, sur chacune de ces trois faces, un médaillon avec le buste d'un saint de la compagnie de Jésus; ces cartouches sont soutenus par des génies. Les figures emblématiques des quatre Évangiles divisent les trois compartiments de cette partie. Deux anges maintiennent Tabat-voix, en forme de baldaquin, de chaque côté de l'entrée de la tribune ; au-dessus du dais sont disposés alternativement quatre groupes de deux chérubins, et quatre médaillons, portés par des génies ; ces cartels sont ornés des portraits, en bas-relief, du Sauveur, de la sainte Vierge, de saint Ignace de Loyola et de saint François Xavier. La rampe de l'escalier est habilement conçue et artistement ouvrée : c'est une enchevêtrure gracieuse de mille attributs divers, du sacerdoce, des missions, des arts, des sciences, des métiers et d'autres emblèmes. Les deux apôtres, saint Pierre et saint Paul, placés au premier degré de l'escalier sont d'une autre main que de celle de Verbrugghe et furent ajoutés plus tard.
(4) Henri -François Verbrugghe, né à Anvers, en 4655, décédé en 4724.
Les deux derniers piliers devant le chœur sont revêtus chacun par des cadres portant les noms des membres des confréries, établies dans l'église.
Le pilier du côté de l'Ouest porte le tableau des membres de la confrérie du saint Nom de Jésus. Un encadrement en bois de chêne sculpté entoure cette liste ; au sommet brille le monogramme sacré au milieu d'une gloire, sur les côtés sont posées les figures agenouillées de saint Pierre et de saint Paul.
Le pilier du côté de l'Est porte la nomenclature des confrères de l'association de saint Charles Borromée. Le portrait du cardinal portant le saint Viatique est reproduit, en bas-relief, sur un médaillon entouré de trois chérubins. Sur les côtés latéraux du cadre deux anges sont agenouillés, ayant des cornes d'abondance entre les mains.
Le banc de communion en bois est\divisé en sept compartiments formés d'arabesque fleuries enlaçant des animaux, sur lesquelles se détache, au centre, un petit groupe allégorique. Les consoles, qui séparent les divers compartiments et qui soutiennent la tablette, sont chargées chacune d'un médaillon, portant des têtes prises parmi les types des divers peuples que saint François Xavier a évangélisés.
Sacristie.
Sept petits panneaux antiques, placés les uns contre les autres dans un même encadrement et divisés entre eux par un filet doré, représentent tes huit béatitudes. Ces tableaux, quoique traités avec finesse et originale-
ment composés, ne sont point des meilleures productions du XVP siècle. Us proviennent de Tancienne église de Saint-Pierre.
Le second appartement de la sacristie est entièrement revêtu de boiseries, en bois de chêne sculpté ; le sujet principal est le Christ en croix, entre sa Mère et saint Jean. L'ordonnance de ces revêtements est élégante.
On conserve ici un tableau curieux, mais dont la valeur artistique est à peu près nulle ; il rappelle l'explosion de la poudrière, dite Zandpoort, le 7 août 1846. Cette toile du XVIP siècle, largement brossée, mesure 1,30 de long ; elle nous reproduit le sinistre sur le premier plan ; au fond apparaît la ville avec ses principaux monuments. Ce tableau est exposé tous les ans dans l'église, au jour anniversaire de l'événement. On sait qu'à cette date mémorable l'on fait une procession annuelle, pour remercier le ciel d'avoir protégé la paroisse contre de plus grands désastres et pour le conjurer d'écarter, à l'avenir, de semblables malheurs. D'après les chroniques d'Azevedo l'explosion de la poudrière, située au rempart, non loin du petit séminaire actuel, eut lieu vers dix heures et demie de la nuit. La foudre étant tombée sur l'édifice, mit le feu à 700 tonnelets de poudre ; ce terrible événement coûta la vie à plus de deux cents personnes, en blessa six cents autres et fit crouler près de deux cents maisons.
Sainte Marie Madeleine. Cette toile de peu de mérite appartient au commencement du XVIP siècle. On y voit, d'un côté, la sainte pénitente en oraison dans une caverne ; à droite un lapin broute une plante fleurie.
Il nous reste à parler de dix curieux tableaux à la
détrempe, non dépourvus de valeur, par Jacques van Hoorne (1). H. 0,90 m. L. 0,S6. Ces peintures ont beaucoup souffert par des nettoyages, faits sans connaissance de cause. Ils ont rapport aux miracles opérés par l'intercession de saint François Xavier dans cette même église, à Malines. Anciennenïent ces toiles étaient exposées entre les grands tableaux de la vie de saint François, contre les pilastres séparant les fenêtres; elles furent placées dans la sacristie, lorsqu'en 1867 on érigea le chemin de la Croix. Nous rapporterons succinctement les sujets de ces œuvres :
1** Un gentilhomme de Malines est miraculeusement guéri par l'intercession de saint François Xavier, le 30 décembre 1689. Cette toile nous expose une vue curieuse de la grand'place de Malines, prise du côté des halles : l'hôtel de ville et l'église métropolitaine ferment la perspective. D'un côté du tableau on voit le malade, de l'autre dans un pavillon la célébration de la sainte Messe ; au milieu se déroule la place.
2^ La guérison de Guillaume Baron, de Dublin, le % janvier 1668. Paysage.
3® Une jeune fille de Bois-le-Duc est guérie de la peste, le 23 août 1662. Paysage.
4^ La guérison d'Antoine Rombouts le 1 décembre 1666. Vue de ville.
8® Ferdinand Muller, de Warborch {Paderbom) est guéri deux fois par l'entremise de saint François Xavier. Paysage.
6^ Jean de Reggere obtient une guérison, au mois de mars 1660. Sous un péristyle est dressé un autel, de-
(1) Jacques van Bornes ou van Hoorne, né à MaUnes en 4620.
vant lequel Jean de Reggere s'apprête à allumer un cierge. Au fond on découvre la campagne.
7"" La guérison de Marie Anne Senteneers, épouse de Nicolas Pauwels , le 4 février 1666. Paysage et vue de ville.
8<^ La guérison de Guillaume Plougaerts, le 11 décembre 1662. Paysage et bâtiments.
9** Anne Boel, d'Anvers^ est délivrée d'une cécité, le 21 mars 1660. Deux femmes se promènent au bord d'un fleuve.
10® La guérison de Renier Thijs, de Wavre-Sainte-Catherine, le 17 février 1660. Vue d'une rue de ce village.
Nous trouvons encore ici :
La statuette en bois de Y Enfant Jésus; de saint Nicolas de Tolentin, provenant du couvent des Augustins de Malines ; de saint Charles Borromée, figure en bois polychromée.