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EGLISE DU GRAND BÉGUINAGE DÉDIÉE A S' ALEXIS ET A S" CATHERINE

Il est fait mention des béguines de Malines, dès 1207, dans le testament de Godefroid de Breda ; mais comme il ne nous appartient point de raconter ici l'histoire de leur institution, il nous suflBra de dire que ce ne fut qu'après la destruction du béguinage situé hors des murs de Malines, en 1578, que ces religieuses cherchèrent un abri en ville. Elles se fixèrent, en 1895, à l'endroit où est le grand Béguinage actuel. L'église, dont la première pierre fut posée, le 15 juin 1629, par l'archevêque Jacques Boonen, fut élevée d'après les plans de Jacques Francquaert (1), de Bruxelles. Cet architecte, étant venu à mourir avant l'achèvement complet de l'édifice, la charge d'achever celui-ci fut confiée à Luc Fayd'herbe, qui dirigea lors travaux, en suivant les croquis de son prédécesseur.

Quoique l'édifice fût propre à célébrer le cuite, déjà en 1638 ce ne fut cependant qu'en 1647 que la consécration solennelle eut lieu.

En 1798, l'église de Saint- Alexis, ayant été vendue, fut rachetée par une personne, qui se proposait de la conserver ainsi à sa véritable destination.

(4} Jacques Francquart, né à Bruxelles en 4577, mort en 465^.

Façade.

Le talent de Luc Fayd'herbe dota la façade de ce temple de deux statues. L'une, celle de sainte Catherine, placée au-dessus de là porte d'entrée, quoiqu'étant fort endommagée par les ravages du temps, conserve encore un caractère assez ample. Cette œuvre cependant est inférieure aux autres productions du maître. L'autre, celle de Dieu U Père, dans le couronnement de l'édifice, produit tout l'effet nécessaire, quand on tient compte de la grande hauteur à laquelle elle se trouve placée. La tête de cette statue s'étant détachée quelques années après son érection, les béguines s'adressèrent à J. F. Boeckstuyns, élève de l'auteur du morceau, et lui confièrent la renouvellement de cette partie. Boeckstuyns s'en acquitta en restant dans le caractère de la production.

Grand portaiL

Le grand portail, qui donne accès à la nef principale de l'église, est construit en marbre noir. Deux colonnes en marbre blanc , de chaque côté de la porte , soutiennent la corniche surmontée d'un frontispice de marbre noir, sur lequel se détache le buste de saint Pierre, en marbre blanc. De chaque côté du fronton, aux extrémités de la corniche, est placé une torchère. Le cintre de l'entrée est orné, à la naissance du rétrécissement de l'arc, de deux têtes de chérubins également en marbre blanc. Les battants de la porte même sont revêtus chacun, dans le milieu, d'un médaillon portant les

patrons de Féglise. La partie supérieure, l'éventail, est couverte d'arabesques sur lesquels deux petits anges font saillie.

Cet édicule a été érigé en 1672, d'après l'ordonnance de Jean van der Steen, qui exécuta en même temps la partie artistique.

On remarque aux deux côtés du portail un ange, en marbre blanc, tenant une coquille. Ces statues, servant de bénitiers, bien que maniérées, ne sont point dépourvues de mérite; aussi le gouvernement français les avait-il désignées pour être transportées au musée du Louvre à Paris. Un amateur, prévenu du projet, parvint à enlever nuitamment les deux pièces et les restitua plus tard à l'église. Ces figures sont attribuées quelquefois à Jean van der Steen : cependant le chanoine Schœfifer leur assigne Michel Vervoort ou van der Voort, le vieux, comme auteur. Nous préferons suivre la première opinion.

Au-dessous du portail se trouve une grande toile de Gaspar de Crayer : Y Ascension de Jésus-Christ. Bon tableau, mais auquel on désirerait voir un peu plus de vigueur et d'animation. Cette toile de vingt personnages provient de l'abbaye de Grimberg. Le Sauveur, entouré d'anges, monte au ciel; ses disciples sont en extase devant le miracle.

Un peu plus bas, pendent deux volets de grandes dimensions, œuvres de Jean Cossiers ; l'un représente saint Christophe avec V enfant Jésus; l'autre saint Sébastien. Le ton général est malheureusement un peu froid dans ces productions.

En entrant dans l'église on rencontre à droite et à gauche du portail, dont nous venons de faire mention,

quatre confessionnaux, deux de chaque côté de l'entrée. Nous ne craignons pas de dire que ces meubles prennent rang parmi les compositions les plus riches dans ce genre qui soient à Malines. Bien que l'exécution soit parfois répréhensible dans les détails de ces morceaux, l'ensemble n'en est pas moins de bon faire et de bel aspect. Les quatre confessionaux étant traités dans un genre à peu près uniforme, nous nous bornerons à indiquer l'ordonnance générale de ces œuvres. Elles se composent de trois compartiments : celui du milieu est séparé des compartiments latéraux par des statues emblématiques, en pied ; aux côtés extérieurs d'autres figures allégoriques, en cariatides, supportent l'entablement ; de celui-ci s'échappent encore des ornements taillés à jour et qui forment comme un petit rideau au-dessus des entrées. La corniche s'élève en triangle vers la partie centrale du monument ; dans ce fronton est un sujet religieux. Les battants des portes de chacun des confessionaux portent un signe évangélique différent.

Le nom de l'auteur de ces belles œuvres s'est malheureusement perdu, mais les pièces qu'il nous a laissées ici, décèlent un beau talent tant sous le rapport de l'agencement que sous le rapport de la sculpture. Il y a tant d'habilité et de savoir faire dans ces productions, que nous nous hasarderons à nommer Jean Fr. Boeckstuyns comme l'auteur probable des confessionaux du Béguinage.

Dans le premier confessional du côté du nord, les figures de l'intérieur sont celles de la Force et de la Foi. Les cases réservées aux pénitents sont surmontées des bustes de sainte Catherine et de sainte Ursule;

ces sculptures à mi-corps ne dépassent guère Tentablement. Ici le frontispice est occupé par l'image de saint Michel terrassant le démon, La porte est ornée d'une tête de bœuf habilement ménagée dans l'ornementation.

Les figures centrales du confessionnal suivant, placé à côté du précédent, représentent, l'une la Charité, l'autre la Continence. Dans le frontispice on découvre le buste de saint Alexis. Sur la porte est taillée la tète de l'aigle de l'évangéliste de l'île de Pathmos.

Le confessional , placé dans la nef opposée, est décoré des figures du Pouvoir de lier et de délier, et de celle de la Paix ; sur la porte se détache une tête de lion.

Enfin, dans le quatrième confessional, les statues sont celles de la Providence et du Silence. Les cariatides extérieures figurent la Vigilance et la Douceur. Dans le fronton le Bon Pasteur garde ses brebis ; sur la porte se dessine un ange.

Nef septentrionale.

Reprenant notre promenade artistique dans l'église, nous commencerons par inventorier les œuvres d'art que nous rencontrerons dans la nef latérale du nord.

Au-dessus des confessionnaux se dresse, contre le mur, une magnifique et grande statue, en pierre, de la Mater Dolorosa. Cet admirable morceau, œuvre de Luc Fayd'herbe, n'a pas besoin d'éloge : Rubens l'a apprécié et son attestation écrite nous est conservée. Voici comment s'exprime le chef de l'école .

Ick ondergeschreven verclaere en attestere mits desen

waerachtig te wezen dat monsieur Lucas FayiT herbe over de dry jaeren by my ghewoont heeft ende mynen discipel gheweest is, ende door de ghemeynschap die onze coste van schildry en beelthouwery tsaemen hebben, met myne instructie en syne neersticheyd ende goede gheest seer veel geprofiteert heeft in syne conste, en voor my gemaeckt heeft diversche wercke in ivoor seer loffelyck en seer wel uytgevoert, gelyck blyckt by de stu^ken, en bovenal is considerabel de figure van O.-L.-V. van de Beggyne kercke tôt Mechelen, dewelcke hy alleen tôt myne huyse | sonder dat er iemand anders syne handt heeft aengesteken \ soo uytnemende fraey heeft uytghewerckt dat ick niet en meyne dat se door eenen beldthouwer in het geheel landt soude konnen verbetert worden soo dat my dunckt dat aile Heeren ende magistraten van steden hem behooren te favoriseren ende te animeren met eere, viijdom en privilegien om syn domicilium by haer te nemen ende syne wooningh met syne wercken te vercieren, Dat hebbe ick ter goede trouwen met myne eyghen handt geschreven ende onderteeckent tôt Antwerpen den 8 april 1640.

Pietro-Paulo Rubens.

Il est bien regrettable que cette belle œuvre soit enduite de badigeon, ce qui lui fait perdre ainsi, avec l'expression du visage , le gracieux et le moelleux des draperies. •

Contre le mur extérieur sont pendus plusieurs tableaux.

La première toile que se présente est signée : Qu^ellinus pict. cm ma^'^^ f. a"" 1694. (Jean Erasme Quellyn). Le sujet en est saint Charles Borromée distribuant le saint viatique aux pestiférés de Milan. Douze figures composent la scène de Quellyn. Le peintre, ayant une

allé religieuse au grand Béguinage de Matines, ât don de cette œuvre à l'église. Cette pièce date des derniers temps, où l'artiste mania le pinceau , aussi n'a-t-elie point la valeur de ses productions antérieures.

A côté de cette peinture nous trouvons adossée au mur, entre les fenêtres, une niche en pierre renfermant une image sculptée de Jésus-Christ crucifié; cette œuvre porte le cachet de l'époque gothique, mais l'encadrement appartient aux dernières années de la renaissance.

Nous ferons observer que dans les deux nefs latérales, entre chaque fenêtre, se trouvent des niches ou chapelles , dans le genre de celles que nous venons de rencontrer. Elles sont à peu près toutes conçues dans le même style, mais d'une ordonnance bien diflTérente les unes des autres ; souvent originales, même gracieuses, mais sans grand mérite artistique. Nous nous bornerons donc à. indiquer les sujets qu'elles contiennent sans entrer dans les détails de l'encadrement.

Le second tableau de cette nef représente sainte Marie- Madeleine essuyant avec ses cheveux les pieds de Jésus à tahle chez Simon le pharisien. Excellente production de Jean Cossiers ; au premier aspect un peu sombre, il est vrai (ce qui est rare dans les morceaux de ce maître), mais ne manquant point d'effet. Vue de près la peinture est celle d'un tableau de genre ; les mets et les ustensiles qui couvrent la table sont traités avec le plus grand détail et le plus grand fini. Ce tableau de huit figures ne respecte en rien la vérité des costumes ; à part le Christ, tous les personnages sont vêtus à la moderne. Simon, entr'autres, porte le costume espagnol, avec le chapeau emplumé et la collerette, tels que Cossiers avait occasion de les voir journellement de son temps.

Le crayon de l'artiste a erré également dans la pose qu'il a donnée à la Madeleine se prosternant aux pieds de Jésus.

La chapelle incrustée dans le mur, entre la toile de Cossiers et le tableau suivant, renferme une peinture, V Adoration des mages.

Sous ce monument est placé un petit tableau, par Corneille Gels, sainte Anne accompagnée de la sainte Vierge, sa fille; le coloris de cette œuvre est franc et vif.

La composition suivante, la Tentation de saint Antoine, encore de la main de Jean Cossiers, est un des meilleurs produits de son pinceau. La tête du saint ermite est remarquablement touchée, si bien que plus d'un amateur d'art s'est mépris sur l'origine de cette œuvre en l'attribuant à D. Teniers. Saint Antoine accoudé sur un bloc de rocher, dans une caverne, fait une lecture, tandis que les démons viennent le tenter de toutes parts : l'un, sous la figure d'une vieille femme, se trouve derrière le cénobite; l'autre ayant l'apparence d'une jeune fille et le troisième, avec un physique non déguisé, se tiennent devant lui.

Entre les fenêtres nous rencontrons la troisième niche encadrant un petit tableau, qui ne semble pas sans mérite : le Christ apparaissant à sa mère.

Le portail de cette nef, de l'ordonnance et de l'exécution de J. F. Boeckstuyns est en marbre noir, les sculptures et les ornements sont en marbre blanc. Trois issues livrent le passage. Les deux portes latérales sont surmontées de frontons triangulaires ; dans l'un on découvre un médaillon avec le buste de sainte Begge; dans l'autre celui de sainte Catherine. Le portique principal, dont le couronnement est d'une forme

moins régulière, porte aux deux extrémités un vase ; au milieu du frontispice deux anges portent un écu avec l'inscription S. Ursula. Un beau buste de sainte Ursule, le cœur percé d'une flèche, surmonte le faîte du portail. La grâce et la douceur de l'expression de la tête rivalisent avec la draperie savante de l'œuvre.

A droite de cette entrée, une petite chapelle renferme la Descente du Saint Esprit dans la salle du Cénacle. L'encadrement en pierre est extrêmement lourd , mais ce défaut se pardonne quand on contemple la vigoureuse manière des deux grandes têtes d'anges, adaptées aux côtés extérieurs.

Catherine van Halter, béguine, fit peindre à J. Cossiers le tableau que l'on trouve ensuite. Le sujet en serait difficile à déterminer exactement. L'on y rencontre plusieurs saints groupés : sainte Gertrude, sainte Elisabeth de Hongrie, sainte Thérèse, saint Augustin, ayant un lion couché à ses pieds, saint Dominique et sainte Marguerite, que l'on reconnait au dragon qui l'accompagne. La composition est facile, mais le coloris faible et défectueux.

Une statuette de saint Joseph occupe la niche suivante.

La donatrice du tableau précédent gratifia encore l'église de celui devant lequel nous nous trouvons. La sainte Vierge avec l'enfant Jésus sur les genoux occupe le milieu; ce groupe est très joli. Autour d'eux se tiennent plusieurs saints : saint Joseph, sainte Catherine, sainte Dorothée, sainte Claire, saint Jean l'évangéliste et sainte Marie Madeleine. Chacun de ces personnages est dépeint avec son emblème respectif. Cette œuvre supérieure à la précédente est également de J. Cossiers.

Autel de Saint-Daxnien.

Cet autel, d'une structure fort simple, est dominé par un petit couronnement surmonté d'une croix, au pied de laquelle deux petits anges sont en contemplation. Trois tableaux de 0,90 m. de largeur sont enchâssés dans la boiserie. Ils portent tous trois les compagnes de saint Ursule, représentées à mi-corps ; celle-ci trouve place sur le panneau du milieu. J. Cossiers a mis neuf figures dans chacune de ces trois compositions, mais elles sont si bien groupées que Tonne se douterait guère dç la parité du nombre. Le ton des peintures est très faible quoique le dessin des têtes ne laisse rien à désirer.

Au-dessus des tableaux,, on lit le chronogramme : sanCtas Inter VIrgInes CorpVs sanGtI DaMIanI. Ce fut en 1816 que les reliquest de saint Damien, reposant autrefois dans le couvent de Blydenberg, furent transférées en cette église et déposées sur cet autel.

Le banc de communion, qui mesure près de 100 pieds de longueur, sépare le chœur et les autels latéraux des trois nefs ; il est savamment conçu et taillé par J. F. Boeckstuyns; des figures, des emblèmes, des fleurs et des feuillages enlacés en font l'ornement.

Chœur.

Un artiste malinois, dont nous avons déjà eu l'occasion d'apprécier les talents, Jean Van der Steen, fournit en 1671 les plans et exécuta de sa main le maître-autel de l'église de Saint-Alexis. Le monument est en marbre

noir relevé de décorations en marbre blanc. Au-dessus de Fentablement, dans un cadre sculpté, apparaît un chronogramme, qui nous apprend la date de l'érection de rédicule ; on y lit : Deo DElPARiE DIVIs aLeXIo Ca- THARlNiE ET Begg^ ARA posIta. Deux pctits chérubins sont posés à côté du cartouche. Deux génies de plus grande dimension sont appuyés sur les tronçons de fronton du couronnement : l'un montre la lune , l'autre tient le soleil, mais tous deux s'adressent par leur geste à la Mère de Dieu, placée au sommet de l'autel. Cette excellente statue est en marbre blanc, due à Luc Fayd'herbe. La sainte Vierge assise tient l'Enfant Jésus sur son giron ; l'exécution magistrale de cette œuvre a vaincu la difficulté que présentait la grande hauteur à laquelle elle devait être exposée.

Le rétable du maître-autel renferme deux tableaux, adossés l'un à l'autre, et exposés chacun pendant six mois de l'année.

Le premier représente XAs^omipiim de la Sainte- Vierge. Une multitude d'anges entourent la figure de Marie, qui s'élève vers les cieux ; quelques séraphins , dans ce groupe, portent des emblèmes tirés des invocations des litanies de Notre-Dame de Lorette. Plus bas, au fond, les apôtres trouvent vide le tombeau de la Mère de Dieu. Cette toile, peut-être le chef-d'œuvre de Luc Franchoys le jeune, d'une conception large et intelligente, d'un dessin correct et hardi, se distingue en outre par une belle et éclatante couleur. Le curé du béguinage, Charles TServrancx supporta les frais de cette toile pour en faire hommage à son église paroissiale.

Le second tableau représente te Mariage inystique

de sainte Catherine, par Théodore Boeyermans. La composition de cette belle scène est très-heureuse ; si la couleur était un peu moins uniforme , cette production compterait parmi les plus belles pages de notre école nationale. Sophie de Salazar, morte en 1683, offrit cette toile à l'église. Dix- huit personnages concourent à l'épisode. La Sainte- Vierge tenant le divin Enfant est assise sur un perron élevé. Sainte Catherine, richement vêtue, s'approchte et s'incline devant Elle ; deux anges et un saint forment l'entourage de Marie. Au bas, devant les degrés du péristyle, se tiennent plusieurs vénérables personnages : Saint Alexis, Sainte Begge, Saint Charles Borromée et d'autres, dont les vêtements contrastent agréablement entr'eux. Il paraît que dans cette œuvre le peintre s'est inspiré de la magnifique toile dont Rubens orna le maître-autel des Augustins, à Anvers.

Des piédestaux, supportant l'un, la statue en pied de Saint Alexis, l'autre, celle de Sainte Catherine, occupent les côtés latéraux de l'autel. On pourrait avec quelque fondement attribuer ces morceaux à Jean Van der Steen, leur caractère se rapportant à la manière de cet artiste, autfeur du monument.

Trois grands tableaux, de vingt-neuf pieds de hauteur sur onze et demi de largeur, sont placés au-dessus du maître-autel et remplissent l'espace de trois fenêtres murées. Ils sont de la main de Jean Cossiers et ont été donnés, vers 1657, par le curé Charles TServrancx. Le sujet central : le Christ en croix est de trois figures.

Le tableau à gauche comprend neuf personnages et représente le mauvais Larron. Le pied de sa croix est entouré de figures, on y remarque entr'autres deux chevaux. La toile, placée à droite de la première, a pour

sujet le bon Larron. Elle est ornée de sept personnages. Ces œuvres, restaurées il y a peu d'années par Joseph Bernaerts, de Malines, sont d'une bonne manière ; et bien qu'elles soient élevées à plus de 80 pieds au-dessus du sol, elles sont d'une grande vigueur de dessin : leur coloris* seul pourrait être plus varié. Les figures ont de huit à dix pieds de grandeur.

A droite du chœur, au-dessus de l'entrée de la sacristie, est placée une toile oblongue : la Visitation de la Sainte Vierge. Quatre personnes prennent part à cette scène, qui se passe devant la maison d'Elisabeth ; dans l'autre partie de la toile on aperçoit le paysage. Cette peinture, ainsi que l'œuvre suivante, sont de Théodore van Loon; malheureusement, la couleur a poussé au noir dans ces deux compositions.

La seconde pièce, de même grandeur que celle de la Visitation occupe une place symétrique, au-dessus d'une porte^ à gauche dans le chœur. Le sujet, animé d'un grand nombre de figures, est r Adoration des Mages.

Autel du Saint-Sacrement.

L'autel auquel aboutit la nef droite de l'édifice est décoré d'un triptyque. Jadis on attribuait ce morceau tantôt à Jean de Maubeuge, tantôt à Quentin Metsys. Aucun de ces deux noms ne peut lui être appliqué. Nous croyons plutôt qu'il appartient à l'école qui florissait à Malines vers la fin du XVP siècle. Quelques figures des volets se rapprochent par leur finesse de la manière du peintre-forgeron ; mais le panneau principal.

étant cependant, de la même main, s'écarte entièrement de ce caractère. Quoiqu'il en soit, l'exécution et la conception en sont fort belles. La pièce centrale est la Résurrection de Jésus-Christ. Le Christ se dresse glorieux sur un nuage, peint assez lourdement. Les soldats effrayés du miracle tombent à la renverse. Ces dernières figures, d'un tout autre caractère que celles des vantaux, semblent appartenir à l'époque de la transition du genre antique au style qu'inaugura la fin du XVP siècle. Dans le fond à droite , on observe le paysage délicatement traité.

L'un des volets représente V Ensevelissement du Seigneur : le corps de Jésus-Christ est soulevé par de pieux personnages et entouré d'un groupe assez nombreux ; la plupart des tètes sont des portraits. L'autre, le Sauveur apparaissant à sa Mère, dam un oratoire.

L'arrangement des figures dans les vantaux a pleinement réussi; la légèreté et la délicatesse du coup de pinceau dans la carnation, et la méthode de draper les vêtements indiquent clairement une réminiscence du genre, qui comptait vers cette époque ses derniers partisans. En ce moment, le triptyque en question subit une restauration dans les ateliers de J. Bernaerts. L'administration de la fabrique, érigeant un nouvel autel avec tabernacle confié au ciseau de Égide Tambuyser, de Malines, trouvera une autre place pour cette belle production.

Nef méridionale.

La première toile, que Ton remarque, est placée contre le mur non loin de l'autel du Saint Sacrement. Le sujet en est : Sainte Begge protégeant les béguines et les beggards, par Jean Verhoeven. Onze figures composent le tableau : la sainte, dans le costume de son ordre, abrite de chaque côté cinq personnages sous les plis de son manteau. D'une main elle tient une épée ; de l'autre un édifice à sept tours. Au fond, à gauche, dans une forêt se livre une bataille; Ansegies, époux de sainte Begge, y perd la vie. Adroite se déroule un paysage avec des figures représentant la saintç qui quitte son château de Chèvremont et part pour Rome. Le ton de cette peinture est fin, niais sans force.

A côté du tableau, est adossée à la muraille une niche, faisant suite à la série que nous avons vue dans la nef septentrionale ; elle contient la statue habillée de la Sainte Vierge.

La toile suivante : le Mariage de saint Aleods, est d'une belle couleur, tout à la fois délicate et brillante ; elle comporte quatorze personnages. Le nom de l'auteur de cette œuvre ne nous est point connu; on prétend cependant, en plus d'un endroit, qu'elle est de la main de Jean Verhoeven, l'auteur du tableau que nous venons de quitter. Il suffit de comparer les deux pièces pour se convaincre de la fausseté de cette allégation. Le mariage de saint Alexis se rapporte davantage* à la manière de E. Smeyers.

La niche ornée, qui sépare ce tableau de celui qui suit, renferme une peinture de l'Annonciation.

La découverte du corps de saint Rombaut dans les eaux, est de Th. Boeyermans. Le sujet est ainsi conçu : au premier plan, un groupe de cinq personnages découvre dans le lointain une lumière miraculeuse, projetant ses rayons au-dessus de la rivière ; au centre de cette auréole deux anges portent le corps du martyr. La composition originale de cette toile plaît beaucoup, mais le coloris est terne.

Une chapelle avec la statuette de Saint-Antoine de Padoue occupe l'espace entre les fenêtres.

Le tableau qui suit est encore de Boeyermans ; le peintre reproduit ici le Martyre de saint Rombaut. L'évéque assassiné gît sur le sol. Les meurtriers se concertent à côté du cadavre. Dans cette composition l'artiste a fait encore preuve d'imagination pour nous exposer le sanglant épisode, mais son pinceau est resté un peu froid : l'ensemble offre cependant une certaine vérité. La toile est signée : T. Boeyermans, pinodt. 1660.

La Nativité du Sauveur^ en peinture, occupe un encadrement sculpté entre la toile de Boeyermans et la production suivante.

Le Christ mort, sur les genoux de sa Mère, entouré de ses disciples ; cette pièce est de Jean Cossiers. Le peintre a dévié de temps en temps des limites naturelles du dessin ; son ton général est froid et cruel ; le corps mort de Jésus est, traité avec expression, mais avec une expression effrayante , qui inspire plutôt l'horreur que la pitié.

La statuette de Notre Dame de Montaigu est renfermée dans la niche, qui se présente après cette toile. Cette figure est faite du bois de l'arbre dans lequel fut trouvée l'image célèbre de ce nom.

Nous voici arrivés enfin au dernier tableau de la nef de cette église que Descamps appelle « un cabinet de curieux. » Cette œuvre représente le mariage de la Sainte Vierge et de saint Joseph, par Th. Boeyermans. Bon tableau, empreint de noblesse et de vérité, mais attendant un nettoyage

Au bas de la nef, au-dessus des confessionaux, est placée une grande et belle statue en pierre : le Rédempteur, par Luc Fayd'herbe. Le Sauveur, ayant le buste découvert, tient d'une main le globe terrestre, de l'autre il bénit. Cette œuvre, de la même dimension que la statue de la Mère des Douleurs placée dans la nef opposée, a été offerte par les sœurs Marie et Claire Capello. (V. p. 187).

Grande nef.

Au-dessus de la corniche de la grande nef, sous les fenêtres, est enchâssée une série de dix tableaux, de forme oblongue, cinq de chaque côté du vaisseau. Ces toiles, rappelant l'histoire des principaux ermites de l'Église, sont en très-mauvais état et fort sales. Vu la grande hauteur à laquelle elle sont placées, il est bien difficile de juger de leur valeur artistique; toujours est-il que, considérées d'en bas, elles ne semblent point annoncer un mérite extraordinaire; le chanoine Schoeffer les attribue à Jean Verhoeven.

Dans l'hémicycle du chœur quatre tableaux , faisant suite à cette catégorie de peintures , ont trait à divers épisodes de la vie de Jésus. Ils sont évidemment d'une autre main que les tableaux de la nef, et, malgré la poussière qui les couvre, on ne se fait aucune illusion sur

la manière dont ils sont exécutés. Quatre groupes, chacun de deux génies, surmontent la corniche derrière le grand autel : ils soutiennent les pilastres de la voûte. Ces figures largement taillées produisent quelqu'effet, mais manquent de grâce.

La chaire de vérité, d'un sculpteur inconnu, se compose d'une cuve octogone, à quatre faces larges et quatre plus étroites. Ces dernières sont revêtues de cariatides d'anges. Les premières portent chacune un médaillon, décoré du buste d'un des saints de la congrégation; quelques décorations fcuillées sont disposées autour du panneau. L'abat-voix est de la plus grande simplicité. Quatre séraphins, munis de torches, se tiennent debout sous la chaire. Ces figures sont d'une bonne exécution, d'un mouvement facile et leurs vêtements bien drapés.

Sacristie.

Dans la sacristie est conservé le magnifique Christ en croix y sculpté d'un seul morceau d'ivoire, par Jérôme du Quesnoy. La longueur de cette pièce, que l'on a pu admirer à l'exposition des objets d'art, religieux de Malines en 1864, est de 0,76 m. depuis l'extrémité des doigts, jusqu'aux bouts des pieds. L'exécution de ce morceau est digne dii grand maître, qui en est l'auteur : l'expression de la tête est particulièrement admirable. En 1864, le Christ de du Quesnoy fut moulé ; depuis lors on en a tiré de nombreuses reproductions.

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