COUVENT DES FRÈRES CELLITES
Les Frères Gellites s*établireût à Malines dans le courant du XIV* siècle, mais ils ne vinrent résider qu'en 1614, à l'endroit où s'élève encore leur couvent. Ce bâtiment était affecté antérieurement à l'hospice de la Sainte-Trinité,
La reconstruction des locaux actuels date de 1710. La chapelle fut renouvelée en 1729.
Sous la république française, en 1798, la demeure des Alexiens fut vendue publiquement. Les religieux rachetèrent leur propriété en 1801.
Cloître.
Dans la galerie du cloître, du côté de l'ouest, une grande toile représente l'explosion de la poudrière^ dite Zandpoort, à Malines, le 7 août 1846. Sujet plus intéressant sous le rapport historique que par son exécution. Nous avons donné plus haut quelques détails sur cette catastrophe (v. p. 168).
Ce tableau diffère peu de celui du même sujet, qui se trouve au musée de Malines (Catalogue n"" 166. 1861). Dans celui-ci le peintre a reproduit toutes les horreurs de l'incendie. Le premier plan est couvert de morts et
de blessés; plusieurs démons rôdant parmi les victimes y cherchent leur proie. En peignant l'intervention diabolique dans le sinistre, l'artiste est resté fidèle à la légende qui attribuait le désastre à la main de Tesprit des ténèbres. Le second plan reproduit une vue de la ville dévorée par les flammes.
On lit dans le ciel du tableau :
Wit» Xlomtm 0tcut fur in noctc itaurntrt plgtktr. 3ghur quia neechi^ btem neque i)0ram. Mathei. S4.
et sous la peinture, en caractères romains :
ContrItae LaCerant tVrres VI pVlVerIs aeDes septena aVgVstI fVLgVre MeChLInIae.
Cette toile paraît avoir été exécutée peu d'années après l'événement.
Sainte Marie Madeleine lavant les pieds du Christ. Charmante petite composition avec un grand nombre de figures. La partie architectonique est bien traitée. Cette pièce rappelle en tous points les ouvrages de Jean van Orley(l).
Dans la galerie nord du cloître est un tableau d'architecture dans la manière de Guillaume van Ehrenbergh (2). Un palais à grandes colonnades de marbre, précédé d'une terrasse, se dessine sur le devant ; dans la perspective on voit fuir d'élégantes constructions soutenues par de nombreux piliers.
(4) Jean van Orley, né à Bruxelles en 1656.
(?) Gaillauioe van Ehrenberg, né à Anvers en 1630, mort en 4677.
A côté de cette toile, nous retrouvons le pendant de l'œuvre que nous avons attribuée à Jean van Orley ; ici le peintre a retracé l'épisode connu de Melchisedech distribuant les pains. Derrière le grand prêtre apparaissent divers personnages.
La galerie du côté du levant renferme également quelques peintures. Nous y remarquons : une bonne toile : Portrait dun moine vêtu de noir, 1718.
La Tentation de saint Antoine, Bois. Le saint est entouré de monstres si hideux et d'une invention si originale que l'on peut les croire enfantés par l'imagination ardente de Breughel d'enfer (1) ; rien , même dans le mode d'exécution, ne semble s'opposer à cette opinion.
L Adoration des mages. Le seul mérite de ce morceau est d'avoir les groupes très bien distribués.
Réfectoire.
Triptyque. Le panneau principal représente le crucifiement; l'artiste paraît s'être inspiré d'une composition analogue de P. P. Rubens. Ce panneau n'est pas mal traité, mais néanmoins ses volets sont mieux réussis. Ils portent, l'un, deux portraits de religieux en prière; l'autre, trois portraits de religieux également agenouillés. Ces portraits nous ont conservé l'image du du supérieur, Emmanuel Verschueren, ainsi que celle des principaux frères qui vivaient de son temps (1633).
Le tableau du milieu porte une signature : deMarchyn.
(4) Pierre Breughel, dit d'Enfer, ne à Bruxelles en 1567, mort eu 1625.
Sur le cadre on lit : Dit stuc is gemack a^ 1633 in de tyt dat B. Emanuél Verschure tôt Mechelen pater was.
Sur la cheminée est fixée une des meilleures toiles que Guillaume Herreyns ait produites : les Disciples d'Emmaûs, 1778. Le Sauveur assis entre trois convives rompt le pain. Cette production se distingue par la richesse et l'ampleur de l'étoffage. Malheureusement un ton un peu sombre est venu nuire à l'effet général.
Une peinture en grisaille , qui masque Tâtre de la cheminée, est due au même pinceau que la toile précédente- Un rideau vert, figuré avec grande vérité, est à moitié soulevé et découvre au milieu de la toile un petit bas-relief de la dernière cène. Un grand nombre de génies volent autour de cette sculpture.
Dans un salon, tapissé de vieux cuirs dorés de Malines, figure sur la cheminée un joli portrait oval d'Antoine Bosin^ supérieur de la maison, peint par G. Herreyns.
Chapelle.
Trois beaux tableaux de Gaspar de Crayer décorent l'autel de l'oratoire.
La toile qui orne le rétable, peinte dans de grandes proportions, se trouvait avant la révolution française, dans l'église des Augustins, à Louvain, où elle avait été placée le 6 novembre 1649. Les religieux payèrent à l'auteur de l'œuvre la somme de 300 florins. Au commencement du siècle actuel les Alexiens de Malines eurent la bonne fortune de pouvoir acheter ce tableau, qui, bien qu'étant dans un état déplorable, put encore
être restauré. La composition de ce morceau, qui peut compter parmi les meilleures productions de Crayer, est ingénieuse et spontanée ; le dessin est large , mais correct, et le coloris est brillant en même temps qu'harmonieux et velouté. Douze figures concourent à la scène que l'artiste nous met sous les yeux. Dans la partie supérieure de la toile la sainte Vierge, tenant l'Enfant Jésus sur les genoux, est assise sous un péristyle, entourée de plusieurs saints. Saint Jean l'évangéliste, à droite , présente un calice au Christ ; à gauche, sainte Dorothée lui offre une corbeille de fleurs ; sainte Appoline, tenant les pinces de son supplice, fait hommage de son martyre au Sauveur ; derrière celle-ci, saint Jean- Baptiste, ayant un agneau sur les épaules, vient vénérer la Sainte Famille. Au bas des degrés de la terrasse divers saints adressent leurs prières à l'Homme-Dieu et à sa Mère. Saint Sébastien, le buste découvert, ayant un casque empanaché sur la tête, se tient debout; saint Augustin, revêtu des insignes épiscopaux, élève son cœur enflammé à Dieu; saint Eloi, en costume de seigneur de la cour, s'incline ayant à côté de lui l'enclume traditionnelle; saint Roch, saint Paul l'ermite et saint Adrien, habillés de vêtements plus sombres, tendent les regards vers le groupe principal.
De chaque côté de l'autel sont placés deux grands volets, dus au même artiste. Le premier représente la Mater Dolorosa; le second, saint Jean Vévangélistc, ce tableau surtout est d'une vigueur qui le rend digne de Rubens. Ces dernières pièces proviennent toutes les deux de l'abbaye des Prémontrés de Grimbergh. Lorsque l'on considère la pose de la sainte Vierge et celle de saint Jean, il est aisé de reconnaître que ces portes
ont été adaptées jadis à une composition dont le sujet centra Irappeiait le crucifiement du Sauveur.
Contre lé mur, du côté de l'évangile, on remarque YAdoration des Bergers, jolie peinture, bien ordonnée, agréable de ton, mais de temps en temps incorrecte de dessin. Elle est signée Simon de Vos, 1644(1).
Un tableau, de dimension à peu près pareille, est adossé au mur latéral du côté de l'épître. Le sujet en est sainte Catherine baisant la main de VEnfant Jésus soutenu par sa Mère. Les personnages, au nombre de cinq, sont à mi-corps. Il y a généralement peu d'expression dans cette œuvre.
Au même mur, mais près de la porte d'entrée de l'oratoire, se trouve une grande toile représentant la Justification de la chaste Suzanne. L'ensemble est bien groupé, seulement la peinture est trop pâle et sans variété.
Vis-à-vis du tableau de Suzanne est placée la Descente de la croix. Le christ mort, quoique bien peint, paraît dans cette production être une réminiscence de Van Dyck. Cette œuvre comporte six personnages.
A côté de la porte, à gauche, est appendue V Assomption de la sainte Vierge, par Luc Franchoys, le jeune, esquisse du tableau que ce maître exécuta pour le maîtreautel de l'église du Béguinage, de Malines (v. p. 193). Les détails de cette toile diffèrent bien peu de ceux du grand tableau. Dans cette pièce la hardiesse de la composition rivalise dignement avec l'énergie du coup de pinceau.
Du côté droit de la porte, on a placé symétriquement une toile, V Ascension de Jésus-Christ, qui ne peut être
(1) Simon de Vos, né à Anvers en 1603 , morl en i676.
comparée au tableau de Franchoys que pour Içs dimensions; sous tous les autres rapports une distance énorme sépare ces deux morceaux.
L'oratoire renferme encore quelques bustes en bois sculpté. Ce sont ceux du Sauveur^ de la sainte Vierge, de saint Antoine, de saint Akxis et de saint Jean de Dieu. Ces sculptures accusent une main habile du XVIIP siècle. Elles mesurent, sauf la dernière, qui est un peu plus grande, 0,88 m. de hauteur.