COUVENT DES SŒURS NOIRES
Les Sœurs noires s'établirent à Malines dans le courant du XIV® siècle. La révolution française supprima leur communauté, et fit vendre leur couvent qui fut démoli au commencement de ce siècle (1804). Les religieuses achetèrent plus tard une maison dans la rue Vooght et l'approprièrent aux besoins de la communauté. La chapelle fut bâtie en 1824.
Chapelle.
L'autel, construit en 1834 par G. Gevels, menuisier, est surmonté de la figure de saint Augustin, accompagnée de deux chérubins disposés de chaque côté de la statue. Ces œuvres, en bois, sont dues à P. J. Tambuyser.
Le tableau de l'autel représente le baptême de saint Augustin par saint Ambroise, par E. Verellen, d'Anvers. Cette toile, qui n'est pas exempte de reproches, porte treize personnages. Au milieu de la composition l'officiant, en costume pontifical, se tient debout derrière les fonts baptismaux; le néophyte agenouillé devant l'évéque attend le moment où l'onde sacrée coulera sur son front. Divers acolytes et plusieurs fidèles assistent à la cérémonie.
Contre le mur nord de l'oratoire sont placés deux tableaux. Le premier représentant les disciples d'Emmaûs, est de Jacques Fris (1). La composition est de quatre figures ; le Christ et ses deux disciples sont assis à table, dans une salle aux parois de marbre ; une servante se tient à côté des convives. Ce morceau peut être (ûté parmi les meilleures productions de cet artiste.
A côté de cette toile pend un second tableau : les saints pénitents implorant /'Ën/ani/^^Ms.La sainte Vierge, assise sous un dais , tient son Fils sur ses genoux ; devant ce groupe s'inclinent le roi David, sainte Marie Madeleine, l'enfant prodigue, saint Pierre et le bon larron. Cette production est de Pierre van Linth, le vieux; elle possède des qualités remarquables sous le rapport du coloris, mais le dessin est parfois un peu hasardé.
Sacristie.
Nous trouvons ici d'abord une copie du Christ mis en croix, d'après Antoine van Dyck ; ensuite la sainte Vierge tenant son fils debout sur ses genoux, d'après le même maître.
La troisième toile, qui orne la sacristie, est une œuvre bien touchée et agréable de ton ; tout y indique le pinceau d'Egide Joseph Smeyers. Elle représente la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ; autour et audessus de ce sujet principal sont groupés, sur la même toile, des médaillons allégoriques ayant trait aux sept dons de l'Ësprit-Saint.
[1J Jacques Fris, né à Grammont en 4774, mort en 18o2.
Corridors et parloirs.
Dans le premier parloir, vis-à-vis de la sacristie, nous remarquons une grande toile, fort intéressante par le sujet qu'elle représente. Ce sont les vues du prieuré de Leliendael, Le peintre, qui vivait probablement vers la fin du XVIP siècle, nous montre dans la partie à gauche, l'ancien monastère de Leliendael à Hombeeck, détruit en 4580 ; aux alentours le village, le château seigneurial et les principales constructions, qui avoisinaient le cloître. Dans la perspective, nous découvrons les tours de Malines. Tout nous indique que nous sommes à Hombeek, à une lieue de la ville; mais chose étonnante, sur le même terrain et sur le même plan, dans la droite de Ja toile, l'artiste nous a dépeint les bâtiments claustraux de Leliendael , élevés après les événements de 4880, dans la rue du Brul à Malines. Les arbres et le ciel sont parfaitement traités et semblent dignes du pinceau de Corneille Huysmans, qui vivait, du reste, à l'époque où cette production fut mise au jour.
Un panneau oblong nous montre Jacob arrivant chez son oncle Laban., Peinture du XVP siècle. Ici encore le paysage et la verdure sont les parties les plus artistiques du tableau, elles sont, selon toutes apparences du peintre malinois David Vinckenboons(4). Les figures en grand nombre sont moins bien réussies. Jacob se jette aux pieds de son oncle, qui le relève; tous deux sont escortés d'une suite nombreuse. A l'horizon arrivent les troupeaux du père de Rachel, le lointain fuit légèrement entre les silhouettes des montagnes.
(4J David Vinckenboons, né à Malines en 4578f.mort en 4649.
Le portrait de François, René Boussen, évêque de Bruges, par Canneel, de Bruges.
Le second parloir renferme un joli petit tableau dans le genre de Philippe van Thielen (1), la sainte Vierge et l'Enfant Jésus, entourés de fleurs. Les figures à mi-corps de Marie et de son Fils sont en grisaille simulant un bas-relief; un bouquet de fleurs légères et transparentes se trouve fixé sous la sculpture.
Dans le vestibule d'entrée pendent plusieurs tableaux:
Le Christ payant le tribut , médiocre copie d'après Rubens ;
La dernière scène; composition qui n'offre rien de saillant.
Un mauvais panneau du XVI® siècle, le martyre de sainte Godelive ;
Enfin une grande toile oblongue, Jéms-Christ devant le tribunal de Ponce-Pilate. XVIP siècle. Dans une grande salle sont réunis les juges du Christ : Pilate se tient sur son trône; devant le tribunal est assis l'Homme- Dieu, dépouillé de ses vêtements et couronné d'épines; une ouverture dans une muraille est garnie de curieux. Chacun des justiciers tient un cartel h la main sur lequel sont inscrites des paroles et des sentences que le peintre leur attribue. Cette composition est copiée d'après une gravure allemande.
Plus loin on trouve le Chnst en croix^ tableau de quelque mérite, ainsi qu'une statuette de saint Augustin tenant un cœur enflammé. XVP siècle.
Près du réfectoire nous voyons une vue de Tancienne abbaye cistercienne de Roosendael, à Waelhem. Cette toile
(4) Philippe van Thielen, né à Malines eu 4618, mort en 1667.
qui paraît avoir été peinte vers la fin du XVIP siècle, a le seul mérite de nous conserver la reproduction fidèle de cet important monastère, qui n'est plus.
Une autre toile, d'un bon coloris, représente Sainte Begge donnant l'aumône à un ouvrier; derrière ces deux personnages, de grandeur naturelle, apparaît une église en construction.
Daniel dans la fosse aux lions, Daniel est assis dans une caverne au milieu des lions, qui sont couchés autour de lui; à gauche de cette scène sont agenouillés Antoine Marien, notaire, et Catherine Moens, son épouse, qui firent exécuter ce panneau, en 1637.
Viie prise de la grand'place de Louvain, au commencement du XVIP siècle. Cette toile, en dessous du médiocre, n'a que l'avantage de nous léguer un souvenir archéologique fort curieux.
Infirmerie.
Trois tableaux décorent l'infirmerie.
Le Christ mort, toile oblongue de l'école de Van Dyck.
Le Christ au jardin des Oliviers. La manière de cette toile est hardie et large, mais il y a de l'exagération dans la figure principale.
Le Christ présenté au peuple, dit Ecce homa. Mi-corps. XVP siècle. Bois.
Sur la cheminée figure un Christ en croix, assez bien travaillé, en bois ; XVP siècle; et un petit groupe délicat, également en bois, la Sainte-Famille. XVIP siècle.
- ^56 - Réfectoire.
Le Christ en croix, sculpture en bois par P. J. Tambuyser, décore la cheminée.
Ici encore est placée une gracieuse statuette de /*Êwfant Jésus, due au ciseau de Nicolas van der Vekene.
D'un côté de cette œuvre se trouve une figurine de sainte Anne , en chêne polychrome : la sainte debout tient sur le bras droit la sainte Vierge, qui elle-même tient l'Enfant Jésus, XV« siècle, école brabançonne. H. 0,31 (v. n** 181, catalogue de l'exposition d'objets d'art religieux à Matines, 1864).
De l'autre côté est une statuette polychromée de saint Rombauty ayant son meurtrier couché à ses pieds. XVP siècle.
Près de ces pièces nous trouvons un vieux groupe du XV® siècle, en bois de chêne, saint Jean dans l'huile bouillante; deux bourreaux attisent le feu, l'un à l'aide de bûches, l'autre au moyen d'un soufflet.
Non loin de ce curieux morceau, nous découvrons la. Sainte Famille par Mathieu van Beveren, d'Anvers. XVIP siècle. Bois de buis. Cette œuvre se distingue par l'achèvement et la grâce du travail.
En face de la cheminée, sur un socle adapté au mur, se dresse une statuette de saint Augustin, en chêne polychrome; elle date, environ, de l'an 1800. H. 0,81 (v. n<* 188, catalogue de l'exposition d'objets d'art religieux, à Malines, 1864).
Outre les morceaux que nous venons de nommer, un grand nombre de tableaux décorent le réfectoire.
Contre le mur du côté du nord, on trouve :
Le Bon Pasteur paissant ses agneaux. H. 1,60 m.
L. 2,60 m. Toile. Superbe production de Corneille Huysmans. Un splendide paysage se déroule devant nous; sur le premierplan, de grands arbres étalent leurs vigoureux branchages; au fond s'élèvent des constructions variée? peintes avec art et richesse. A gauche du tableau on voit l'entrée d'une forêt touffue; le Bon Pasteur conduisant son troupeau suit le chemin du bois. Ces figures sont d'une exécution remarquable.
Portrait (Tune prieure du monastère de Leliendaél, XVIIP siècle. Toile. La religieuse debout, grandeur de nature, est dépeinte jusqu'aux genoux. Elle porte le costume blanc des Norbertines. Ce morceau est d'une belle manière.
Portrait d'Agnès Hagens^ AXP abbesse de Roosen-dael, aet. 34, décédée en 1788. Cette toile est attribuée à Guillaume Herreyns. L'abbesse, représentée à mijambes, est accompagnée des insignes de sa dignité.
Portrait de Norbertine de Berge, XXIX^ abbesse de Roozendael, en 1742, morte en 1754.
Portrait d'une sœur noire, 1568, mi-corps, bois.
Portrait d'une sœur noire, buste. Ce panneau artistement traité, représente probablement Elisabeth Verschaeren, sous-prieure du couvent de Malines, en 1507, Bois.
Le mariage mystique de sainte Catherine; panneau médiocre du XVP siècle. La sainte Vierge, assise devant un bocage, présente son Fils à sainte Catherine, qui baise la main du divin Enfant.
Entre les fenêtres sont pendus les portraits en buste et sur toile des quatorze archevêques de Malines. La majorité de ces tableaux est sans intérêt artistique. Cependant le portrait du cardinal Thomas Philippe d'Al-
sace, par Egide Jos. Smeyers, et celui du cardinal de Franckenberg offrent du mérite.
Les portraits du prince de Méan et celui du cardinal Sterckx sont de madame E. Amy.
Le portrait de l'archidiacre Amé de Coriache, vicairegénéral, dans les mêmes proportions que la série archiépiscopale, n'est point dépourvu de mérite.
A côté de la cheminée pendent deux petits panneaux. Le premier est le portrait de l'archiduchesse Isabelle, en costume de religieuse. Le second, le portrait du chanoine /. H. de Lantsheere, vicaire-général du cardinal de Franckenberg.
Contre le mur, du côté du levant, sont placées trois grandes loiles, par Verlinden, 1725. Ces pièces coûtèrent 128 .florins. En voici les sujets :
1** Le Chiist apparaissant aux disciples à Emmaûs,
2** La vision de saint Augustin.
3^ Sainte Elisabeth de Hongrie, lavant les pieds aux malades; le chanoine Schœffer remarque que ce tableau est exécuté d'après une gravure paraissant dans l'ouvrage intitulé Bavaria sacra.
Nous nous trouvons ensuite devant une grande et belle toile de Jacques Smeyers, offerte en 1714 par l'artiste lui-même ; elle représente la communauté des Sœurs noires en prière devant la sainte Tnnité. Les trois personne divines apparaissent au milieu de la composition dans le ciel ; sur le plan inférieur se trouve saint Augustin, à genoux, présentant les religieuses à Dieu; celles-ci sont également agenouillées, et divisées en deux groupes occupant chacun un côté du tableau. La communauté se compose de vingt-trois sœurs, rangées par ordre d'âge ; en première ligne figurent la prieure
Elisabeth Pickaerts et la sous-prieure Pétfonille Huysmans.
Il nous reste à parler d'une bonne toile, dans la manière de Jean van Hoeck, le Christ apparaissant à sainte Marie Madeleine. Le Sauveur, tenant une bêche à la main, est debout dans un jardin, émaillé de fleurs; sainte Madeleine se jette aux pieds du divin maître. La composition et le dessin sont également heureux dans ce morceau, dont la couleur est luxuriante et d'un beau faire. Les figures sont de grandeur humaine.
Jardin.
Dans le jardin est une statuette en pierre de la sainte Vierge, placée jadis au coin de la maison, qui s'élevait à l'endroit, qu'occupe aujourd'hui la chapelle. Lorsque cet oratoire fut construit la figure fut mise à l'endroit actuel.
Le chanoine SchœflFer nous apprend qu'à la fin du XVP siècle Melchior van der Gruyce, échevin d'Anvers, était propriétaire de cette maison et qu'en 1595 il fit une fondation en faveur de cette image. Enlevée pendant la révolution française, la statue fut mise en lieu sûr par les propriétaires de la demeure qui donnèrent la figure aux religieuses lorsqu'ils vendirent la maison en 1824.
COUVENT DES THÉRÉSIENNES
OU
CARMÉLITES DE LA RÉFOBHE DE St«-THÉBÈSE.
Les Thérésiennes s'établirent à Malines, en 1616, et y séjournèrent jusqu'à ce que Joseph II les supprima.
En 1845, quelques religieuses de cet ordre quittèrent le couvent de Termonde et vinrent ériger une nouvelle maison en notre ville- L'église, achevée seulement en 184S, fut consacrée par le cardinal Sterckx.
Chapelle.
A droite dans le chœur se trouve un tableau, le Christ apparaissant à sainte Thérèse. Toile.
La chaire à prêcher, en bois de chêne, est appliquée contre le mur sud. La cuve affecte l'apparence du globe terrestre enveloppé de nuages. Une draperie frangée s'étend sur la mappemonde et la recouvre en partie à l'endroit où se place le prédicateur; derrière cet endroit sont reproduites les tables du décalogue. L'abat-voix et l'escalier sont formés d'épais nuages amoncelés; c^ et là des têtes enfantines ailées apparaissent dans les nues.
Cette pièce d'une conception originale, et dont les figures de chérubins ne manquent point de grâce, fut exécutée, en 1832, par P* J. Tambuyser pour ITiôpital de Notre- Dame à MalineSi Le couvent du Garmel fit Tacquisition de ce morceau, en 1857, lorsque Thôpital le vendit.
Le même monastère possède :
Le portrait d'Eléonore a S. Bemardo, supérieure et fondatrice du couvent du Garmel, à Malines, en 1616, attribué à Luc Franchoys, le jeune. T.
Le portrait, après décès, de la même supérieure sur son lit de mort. La couche funèbre est couverte de fleurs.
Le portrait de saint Jean de la Croix.
Ces tableaux avaient été légués au couvent des Sœurs Noires de Malines, par Jeanne Ferdinande de Waepenaert, religieuse carmélite en cette ville. Celle-ci lors de la dispersion de la communauté emporta ces souvenirs de son ancien monastère. Lorsque Tordre du Carmel revint s'établir à Malines, les Sœurs noires s'empressèrent de rendre ces toiles à leurs véritables propriétaires.