ÉGLISE DES SAINTS JEAN BAPTISTE ET JEAN L'ÉVANGELISTE
Une chapelle occupait, au commencement du XIII« siècle, remplacement de l'église de Saint-Jean. On ne peut fixer exactement la date à laquelle elle a été érigée en paroisse, néanmoins il conste que ce fut avant 1272.
L'ancien oratoire subsista jusqu'au XV* siècle. Déjà avant le jubilé de 1481, les travaux de la nouvelle église étaient entamés, et c'est au moyen des offrandes faites à cette époque, que l'ouvrage fut continué.
En 1462, on commença la construction du transept, qui fut achevé deux ans plus tard. Le chœur fut construit en 1466. On plaça dans la tour, de nouvelles cloches, déjà en 1474. Plus tard, en 1482, le Magistrat de Malines fit don à la nouvelle église, de la toiture et de la charpente provenant de l'ancienne tour de Saint-Rombaut; ces matériaux furent employés à l'édification de la flèche. Les quatre tourelles, qui entourent cette dernière, furent élevées aux frais de Ludovic van Heyst, marguillier de la paroisse. L'édifice était achevé en 1483; il fut consacré solennellement, la même année, par Henri de Berghes, évêque de Cambrai. Quant à la chapelle du Saint-Sacrement elle fut ajoutée postérieurement (1S46).
Au XVP siècle, les Iconoclastes ravagèrent de fond en comble l'église de Saint- Jean. Les profanations commises avaient été telles que Tarchevéque Hauchin dut procéder à la réconciliation du temple, le 16 août 1888.
En 1648, Jacques Boonen donna la cure de cette paroisse aux Oratoriens, établis à Malines.
En 1799, le gouvernement républicain vendit l'église pour la somme de 220,000 livres. Un particulier fit l'acquisition des bâtiments pour les restituer plus tard au culte.
Grand portail.
Le buffet d'orgue , en bois de chêne , est placé dans la grande nef au-dessus de l'entrée principale. Il a été exécuté, à la fin du dernier siècle, par Pierre Valckx, d'après les plans de Théodore Verhaegen, son maître. Cette pièce, conçue dans le genre qu'affectionnait le siècle de Louis XV, est fort élevée et atteint à peu près la voûte de l'église. Les décorations les plus saillantes sont, au sommet, un médaillon portant en bas-relief le buste du roi David ; au-dessous, un faisceau d'instruments de musique. Les pans latéraux de l'orgue sont surmontés de vases de fleurs.
Sous les orgues, de chaque côté du portail, se trouve une stalle en bois de chêne artistement ouvrée. Ces deux morceaux, également de Pierre Valckx, font pour ainsi dire partie du buffet et semblent concourir à un même ensemble.
La stalle du côté sud a été érigée par les maîtres des pauvres; celle du côté nord a été commandée par les
proviseurs de la confrérie de la Sainte-Trinité. L'ordonnance de ces deux bancs est pareille ; ils ne diffèrent que dans les détails.
Derrière le siège de la première stalle est enchâssé, dans la boiserie, un bas-relief de grand mérite. 11 représente un sujet en rapport avec les fonctions de ceux qui occupaient ces places ; c'est la multiplication des pains. Une douzaine de personnages concourent à cet épisode évangélique. Un grand arbre occupe le côté gauche du panneau. Dans le fond se dessine une construction d'architecture grecque.
La seconde stalle, affectée à la confrérie de la Sainte- Trinité, offre un bas-relief ayant trait au rachat des esclaves chrétiens, œuvre placée sous le patronage spécial de la Sainte-Trinité. Celle-ci est représentée entourée de chérubins dans la partie supérieure de la sculpture ; un ange, debout présente à Dieu deux esclaves enchaînés, en prières. Ces bas reliefs, dignes de tout éloge, sont finement et légèrement exécutés; le caractère calme et vrai des figures est particulièrement remarquable.
Les orgues, les stalles et les deux confessionaux, qui se trouvent à côté du portail, furent vendus en 1799 pour la somme de 131,00 livres; mais après la révolution l'église rentra en possession de ses dépouilles.
Nef septentrionaL
Un confessional est placé, à côté des stalles, dans chacune des nefs latérales.
Ces deux confessionnaux symétriques sont faitsd'après
un môme plan. Leur structure est fort simple ; elle présente trois compartiments dont les faces extérieures sont revêtus de pilastres sculptés. Les pilastres du centre sont décorés par deux cariatides d'anges, figurant des emblèmes relatifs à la confession. Les extrémités de la corniche portent des pots à feu; un petit fronton en orne le milieu.
Sous les fenêtres, dans la nef, sont encastrées dans le mur sept stations du chemin de la croix, par Joseph Tuerlinckx, de Malines. Les figures, en terre cuite, font saillie sur un fond de marbre noir. Un cadre de bois de chêne entouré le sujet.
Transept septentrionaL
Un confessional de bonne exécution est adossé au mur ouest du transept. Il a été fait, en 1703, par Nicolas Van der Vekene. Le compartiment réservé au confesseur est séparé des côtés latéraux par les figures, en pied, de saint Augustin et de saint Roch. La corniche porte, à chacun de ses bouts, d'un côté le buste de saint Charles-Borromée, de l'autre celui de saint François de Sales. Un petit fronton, au centre, encadre un enfant, porteur d'une balance, qui personnifie la Justice.
Trois tableaux sont placés au-dessus du confessional.
Celui du milieu, de forme oblongue, est de Théodore Van Loon (1). Il reproduit la Présentation de Jésus au temple, La plupart des personnages ici sont dépeints
[4J Théodore van Looo , né à Bruxelles en 1629, décédé en 1678.
à mi-corps; Siméon, au milieu d'une assistance nombreuse, élève le divin Enfant sur ses bras. Le sujet comporte en tout onze figures. Le ton spécial, que cet artiste avait emprunté à l'école italienne , se retrouve dans cette toile.
Deux tableaux sont pendus à côté de ce dernier.
Le premier représente Saint François d^Assises en prières, dans une grotte ; il a devant lui un crucifix et une tète de mort. Cette toile, de bon aspect, achetée par le curé Voet dans une vente en 1838, au prix de 320 fr. est de Guillaume Herreyns. H. 0-92 L. 0-78 T.
La seconde peinture est : Saint Jean Baptiste dans le désert, par Guillaume Herreyns (1813). C'est un don du major Tack. H. 0,92. L. 0,98 T.
Contre le mur nord est placé un tableau : la mise au tombeau de Jésus-Christ, par Jean Van Hoeck. Il y a six figures dans cette composition pleine de noblesse et d'effet et franche de couleur. Les personnages sont représentés à mi-jambes. Un encadrement en chêne, par P. J. Tambuyser, entoure ce tableau et fait de l'ensemble un véritable monument. La partie supérieure est surmontée d'un arbre sculpté, à l'instar de l'arbre de Notre-Dame de Montaigu, qui est vénérée en cette église; deux enfants en prières, bien rendus par Cuypers d'Anvers, sont agenouillés sous l'arbre. Un panneau, sous la peinture, porte une inscription qui rappelle la mémoire de J. B. Buelens, mort en 1868, bienfaiteur de l'église. Ce prêtre zélé, l'un des promoteurs de la confrérie de Notre-Dame de Montaigu, offrit cette toile à l'église. Il l'avait achetée à raison de 600 frs.
L'autel de Notre-Dame de Montaigu est décoré par
un tableau de Luc Franchoys, le jeune (1) : Saint Roch guérissant les pestiférés. Cette œuvre du peintre malinois est correcte de dessin et d'un beau faire. Saint Roch, accompagné de son chien, se trouve au milieu de la toile ; un ange descend vers lui et lui indique sa mission ; autour du saint sont groupés les malades, qui invoquent son assistance. Dix figures.
Les vantaux de cette pièce sont placés plus loin dans l'église, ainsi que trois petits tableaux, qui se trouvaient jadis sur l'autel sous le triptyque. L'artiste reçut en rémunération de ces huit peintures la modique somme de 180 florins ; encore s'était-il engagé par contrat du 1^' septembre 1671 à s'en charger pour 136 flor.
L'autel de Saint Roch est des plus simples : deux colonnes cannelées soutiennent la corniche, ornée aux deux extrémités par un pot à feu. Entre deux tronçons de fronton est placée une bonne figure du Salvator mundi, La table de l'autel est soutenue par deux génies de médiocre façon. Sur cet autel on remarque une statuette de Notre Dame de Montaigu, par Antoine Fayd'herbe (2) ; cette figurine, d'une exécution délicate et gracieuse, est fait du bois de l'arbre dans lequel fut trouvée la célèbre image de Montaigu. Le sculpteur reçut le 28 octobre 1623, sept florins pour son œuvre.
Au-dessus de l'entrée de la chapelle du Saint Sacrement se trouve une toile ovale : Dieu le Père^ par Guillaume Herreyns (1792). Ce tableau occupait ci-devant le frontispice de l'autel du Vénérable.
[i) Luc Franchoijs, le jeune, né à Malines en 1615, mort eu 1681. (2) Antoine Fayd'herbe, né à Malines, mort en 1653.
Chapelle du Saint Sacrement.
Dans le mur extérieur de cet oratoire sont fixés trois monuments. D'abord une armoire, sculptée et peinte, sans caractère du reste, qui renferme une ancienne statuette polychromée de Saint Roch. Le fronton encadre une mauvaise petite peinture : le buste de Sainte Barbe.
Vient ensuite le monument sépulcral de Jean Van Leyen, érigé par les soins de la famille Van de Venue, dans le courant de ce siècle. Une tradition erronée prétend que Van Leyen sauva l'église de Saint-Jean de la fureur des iconoclastes , moyennant une rançon qu'il leur aurait payée.
Un piédestal carré, de marbre noir, est revêtu de l'inscription funèbre entourée de huit quartiers. Un groupe, d'une seule pièce de marbre blanc, représentant Sainte Anne ayant la Sainte Vierge à ses côtés, surmonte le bloc. Ces figures sont attribuées à Jérôme Du Quesnoy (1); l'œuvre est, sans doute, gracieuse, soignée et bien rendue, mais si elle est du célèbre sculpteur bruxellois, ce n'est point un de ses chefs-d'œuvre. Sur le pied du groupe sont taillées les initiales : H D* O" Q--- Derrière ces statues s'élève une pyramide de marbre noir, offrant une saillie de 0,03 m.; elle est ornée d'un médaillon, en marbre blanc, portant le portrait de Jean Van Leyen, mort en 1880. A. Van den Eynde (2), lithographia cette tombe dans sa collection des monuments funèbres de Malines.
(4) Jérôme da Qaesnoy, né à Bruxelles en 4602, décédé en 4654. (2) Auguste van den Eynde, né à Malines en 1822, mort en 1861.
A côté du mausolée une autre armoire est adaptée au mur ; son ordonnance se rapproche beaucoup de celle de la première. Elle renferme une figurine de saint Frariçois de Hieronymo, Le dessus du petit édifice est décoré par le portrait du même Van Leyen, peint en oval dans la manière de Michel Coxie.
Vis-à-vis du tombeau de Jean Van Leyen se trouve scellée, dans le mur, une épitaphe de la famille Schouttcn, bordée d'ornements à feuillages, en granit poli. Le sommet est formé par un écusson avec lambrequins.
L'hémicycle de cette chapelle derrière l'autel est entièrement tapissé de boiseries sculptées et marbrées de manière à simuler une coupole. L'autel en forme de portique renferme un tableau : les disciples d'Emmaiis, peint par Herreyns, à raison de 400 florins, et placé en juillet 1793. Six personnages concourent à la scène. Le Christ bénissant le pain est à table avec ses disciples ; son expression est remarquable d'onction. L'épisode se passe dans une salle de marbre, dont le fond à jour laisse voir le ciel à travers une arcade ; une femme appuyée sur une rampe d'escalier descend dans la place et considère le mystère. Le ton général de cette peinture est fort brun et les teintes du dernier plan ont été absorbées. Un frontispice, surmonté d'un pélican, couronne rédifice ; le milieu de ce fronton est occupé par une peinture en oval, placée en 1867, qui représente le Sacré Cœur de Jésus, par Antoine Van Hammée, de Malines.
De chaque côté du portique central figurent sur des piédestaux, reliés à l'édifice principal, deux figures en bois, d'une belle expression religieuse, par P. Valckx; Tune représente Aaron tenant un encensoir; l'autre Melchisedech portant quatre pains. On les attribue er-
ronément à Jean Turner, de Malines ; cette confusion résulte probablement de l'affinité qui existait entre ces deux artistes; Turner était élève de Valckx et il épousa dans la suite la veuve de son ancien maître. Les esquisses de ces deux figures se trouvent au musée de Malines, sous le n^ 108 (catalogue. 1861). Elles y sont également attribuées à Pierre Valck; cependant il serait possible que Turner ait travaillé à Tachèvementde ces statues; car celles-ci ne furent placées qu'après 1783, date de la mort de Valckx. L'autel est surmonté d'un petit tabernacle.
L'ensemble de ce monument est gracieusement conçu et porte la trace du genre de la fin du siècle dernier. La composition en est d'Herreyns, qui en donna le dessin, en 1783; en 1789, l'œuvre se trouva achevée. La marbrure très naturellement rendue , fut faite par Le Noir, élève de Crapé, maître en ce genre.
Tout cet édifice fut adjugé en vente publique, en 1799, pour la somme de 47,00 livres.
Un charmant petit tableau sur cuivre de Luc Franchoys, le jeune, se trouve ici contre le mur, sous l'ogive qui relie le chœur à cette chapelle. Cette œuvre digne du talent de Van Dyck, représente le Sauveur mort, étendu sur les genoux de sa mère, et appartient à la série que Franchoys peignit pour l'autel de Saint Roch, dont nous avons parlé précédemment.
Chœur.
Le maître-autel, exécuté d'après les croquis de Théodore Verhaegen, fut entrepris le 1®' février 1768 par