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Pierre Valckx, pour la partie artistique, à raison de 62S florins ; la veuve de Jean Aerts , Jeanne Gornelis, s'engagea le même jour à fournir la menuiserie pour la somme de 1650 florins. En 1769 l'ouvrage était achevé.
Les dorures et les marbrures sont dues à G. L. Grapé, marbreur distingué, habitant Bruxelles, qui toucha de ce chef 600 florins. Les colonnes surtout sont admirablement réussies en ce genre.
L'ensemble de l'édifice affecte la forme d'un arc de triomphe à trois portiques, formés chacun par deux colonnes à chapiteaux composites. La corniche cintrée vers la partie centrale, porte à cet endroit sur un cartouche le chronogramme : aLtare Vni trInoqVe Deo et sanCto Joa^înI saGrVM.
A chaque extrémité sont appuyés un ange et un petit génie tenant ensemble un écusson. Sur celui du côté de l'évangile, on lit : Non surrexit inter natos mulierum major. Math. cap. II v. II. Sur celui du côté de l'épître : Discipulus ille quem diligebat Jésus, Joan. cap. XXI, v. 7. Les statues de la Sainte-Trinité , assises sur un nuage entouré de chérubins, sont placées sous le baldaquin qui couronne tout l'édifice. Aux bas-côtés de l'autel, sous les vantaux de Rubens, sont pratiquées deux portes.
Le maître-autel a été vendu en 1799, pour 86 livres.
Les tableaux de P. P. Rubens, qui enrichissent cet autel , sont cités parmi les plus belles productions de l'école flamande.
Le panneau qui occupe le compartiment central de l'autel est l'adoratûm des mages. Celui de droite représente d'un côté Saint Jean écrivant l'évangile dans l'île de Pathmos ; de l'autre Saint Jean l'évangéliste jeté dans l'huile houillante. A gauche, on voit le baptême de Jésus-
Christ par Saint Jean-Baptiste; sur le revers, la décollation de Saint Jean- Baptiste.
Avant d'examiner de plus près ces magnifiques peintures, nous esquisserons rapidement leur histoire et les phases qu'elles traversèrent. L'administration paroissiale de Saint- Jean fit la commande de ces œuvres à Rubens, le 27 décembre 1616. Elle demanda un grand tableau, avec vantaux, et trois petits panneaux pour être placés sous les premiers. De ceux-ci il ne reste que le Christ en croix, qui se trouve sous l'adoration des mages. Le grand peintre acheva lestement son ouvrage, car ses tableaux furent placés sur l'autel en septembre 1617. Mais, même après cette date, l'artiste revint encore plusieurs fois à Malines, donner des touches nouvelles à ses productions. Le payement se fit par parties. Ce fut seulement le 12 mars 1624, que Rubens reçut la dernière partie du prix, qui s'élevait en tout à 1800 florins. L'église conserve encore la quittance autographe de l'artiste : nous la reproduisons ici :
/A;, ondergeschreven, hekenne in diversche paijen ontvangen te hebben uyt de handen van Mynheer den Pastoor van Sint Jans kerck tôt Mechelen de somme van achtien hondert guldens cens tôt volkomen betaelinge van een autaer tafel met deuren op de voorzeyde kerkens hoogen autaer staende met myn hand gemaeckt en de 't oirconde der waerheyd hebbe ik deze quittancie met myn eygen hand geschreven en onderteeckent den 12 martii 1624.
Tôt Antwerpen, PiETRo Paulo Rubens.
Malheureusement l'ancien autel, adapté aux peintures, a disparu et, en outre, certaines fenêtres ont été maçon-
nées : il n'en fallait pas davantage pour changer entièrement les conditions d'exposition sur lesquelles le grand peintre avait compté; aussi le jour actuel laisse-t-il beaucoup à désirer.
Ici, comme pour la plupart des productions de nos anciens maîtres, nous avons à déplorer des restaurations, qui sont venues entamer les glacis, ces touches finales, qui caractérisent si bien la main du peintre.
La révolution française survenant mit la main sur nos chefs-d'œuvre. Le 30 août 1794, les tableaux de Saint-Jean furent expédiés à Paris, où ils restèrent jusqu'à la chute de Napoléon ; c'est pendant leur séjour en cette ville que les tableaux souffrirent d'un nettoyage, fait sans intelligence, et que des retouches malheureuses en altérèrent la beauté. Le 22 juillet 1816, ils rentrèrent dans leur place primitive à Malines, après avoir subi une seconde restauration par Pierre J. Van Regemorter (1), peintre à Anvers. Cette opération se fit pendant que les panneaux étaient déposés dans l'ancienne commanderie de Pitzembourg, à Malines, en attendant leur placement définitif.
Dans la tourmente révolutionnaire, les trois petits panneaux mférieurs disparurent ; ceux des côtés n'ont jamais été retrouvés. Celui du centre : le Christ en croix, longtemps perdu, a été présenté en vente à l'encan, dans la première moitié de ce siècle : heureusement qu'il se trouvait là un amateur éclairé, qui reconnut le pinceau magistral de Rubens. Il racheta le tableau pour le restituer à l'église. P. Pontius (2) a re-
(4) Pierre van Regemorter, né à Anvers en 1755, décédé en 4830. (2) Paul Ponlius, né à Anvers en 4596.
produit ce dernier tableau au burin; maisily a ajouté, d'imagination, plusieurs figures d'anges dispersant le démon et la mort.
Les deux petits tableaux latéraux actuels sont de Luc Franchoys, le jeune, et appartiennent à l'autel de Saint Roch, dont nous avons déjà parlé. Véritables toiles de cabinet, ces jolies peintures figurent, l'une, Saint Roch soigné par un ange, l'autre la visite de saint Antoine à saint Paul l'hermite, dans le désert.
V Adoration des mages , sujet de vingt deux personnages, fut gravé par Luc Vostermans (1), en 1620. La conception en est grande et riche ; le dessin correct et majestueux. Les têtes des mages sont d'un bel efffet, mais la personne de la Vierge a beaucoup souffert par le nettoyage, fait à Paris. Marie, debout, présente son Fils aux trois rois. Le premier des mages, vêtu de drap d'or, s'incline en offrant l'encens ; il occupe le premier plan du panneau avec son compagnon dont le riche manteau de pourpre est soulevé par un page. Le troisième des rois appartient à la race nègre. Une suite nombreuse accompagne les adorateurs du Christ et remplit tout le fond du tableau. Cette partie éloignée offre un nouvel effet, d'un vigoureux contraste avec le premier plan : une torche, portée par un des serviteurs des monarques, projette sa lumière sur le groupe final. Dans cette composition les couleurs les plus tranchées et les plus luxuriantes se marient avec la même harmonie que dans la nature.
Le vantail qui représente, à l'avers. Saint Jean dans l'île de Pathmos, est du plus beau faire. L'évangéliste,
(4) Luc Vostermans, né à Anvers en 4B78.
dans une pose hardie, est appuyé contre un rocher; il écrit sur les genoux son immortel ouvrage, recevant les inspirations du ciel ouvert au-dessus de lui. L'aigle symbolique se trouve sur la roche, tenant l'encrier dans ses griffes.
Sur l'envers du battant, on voit Saint Jean jeté dans l'huile bouillante. Les bourreaux, à demi vêtus, soulèvent le corps du martyr pour le précipiter dans une fournaise sous laquelle pétille la flamme. Six figures apparaissent dans la composition. Le torse du saint, pris en raccourci, est de toute beauté : sa tête, pleine d'espoir et de résignation, est tournée vers le ciel d'où deux anges lui apportent la palme du martyre.
Le vantail à gauche contient, d'une part, le baptême de Notre-Seigneur ; ce sujet a été gravé par Krafft (1). Debout dans les ondes du Jourdain, le Christ baisse la tête et reçoit le baptême des mains du Précurseur. Ces personnages, peu vêtus, sont remarquables par la vérité de l'anatomie. Les rives du fleuve sont bordées de rochers et de verdure.
Le côté opposé de ce battant est, d'après Descamps, supérieur aux autres. La scène se passe dans une prison, éclairée par la torche que tient un soldat ; le tronc de Saint Jean gît par terre ; un bourreau offre la tête du martyr à Hérodiate. Deux autres personnages figurent encore dans le tableau. L'effet de lumière est supérieurement rendu; l'attitude des figures est saisissante.
De chaque côté du grand autel on remarque, enchâssé dans le mur, un reliquaire qui affecte la forme d'un tabernacle ou d'une armoire.
(4) Jean L. Krafft, né à Bruxelles en 1740.
Le reliquaire du côté de l'évangile renferme des restes de la Sainte-Croix. Luc Fayd'herbe l'exécuta , en 1678, comme monument commémoratif de Jacques, comte de Groesbeeck, et de Glaire d'Anneux, son épouse. L'ordonnance en est fort simple : un encadrement, en marbre noir et blanc , entoure une porte à deux battants taillée en arabesques. Au-dessus du cintre, s'élève une petite niche qui renferme une croix de marbre blanc ; une délicieuse statuette en terre cuite , le Salvator mundi, surmonte le petit édifice. L'inscription funèbre se trouve sous les consoles de l'armoire, dans un encadrement de palmes et de torchères. Les écussons des défunts brillent au-dessus des portes.
Le reliquaire du côté de Tépître ressemble fort au précédent, sauf que sa niche renferme , au lieu d'une croix, la tête de Saint-Jean posée dans un plateau. La porte, ornée de sculptures, est d'un seul battant. Un gland d'or couronne l'édicule. Gette armoire renferme les reliques de saint Jean. Une épitaphe, dans la partie inférieure, rappelle le nom de la famille Vendeville qui gratifia l'église de ce petit monument. Luc Fayd'herbe est également l'auteur de ce reliquaire. Le 2 octobre 1678, l'artiste s'engagea à l'exécuter au prix de 228 florins, promettant de le livrer pour le 1' février 1677.
Ges deux reliquaires vendus en 1799 furent achetés pour 4 livres 10.
A côté du dernier lédicule, dont nous venons de parler, se trouve, érigé contre le mur, le monument funéraire en pierre de touche, tout couvert d'écussons et de quartiers , de Lambert de Briarde , président du grand conseil de Malines , décédé en 1887, et de son épouse Marguerite Micault.
Un autre monument funèbre est placé au-dessus de la porte de la sacristie en souvenir de Henri Schotti, mort en 1616, et de Elisabeth de Renialme, sa femme. Il est en marbre rouge et noir. L'inscription avec quartiers repose sur une console; sur la plate-forme de celle-ci, deux génies pleurent devant une tête de mort. Deux colonettes de marbre rouge soutiennent la corniche de chaque côté de Tinscription. Le couronnement est formé de deux tronçons de fronton arrondi et d'un dé avec la statue de Saint-Jean. Ce monument, ainsi que celui de Briarde , sont lithographies dans la collection de pierres tombales de Àug. Vanden Eynde.
Plus loin, au-dessus des stalles, pend un grand tableau de Gaspar de Crayer. H. 2,27. L. 2,85. Bois. C'est une belle et riche composition , malheureusement dénaturée par des retouches faites sans intelligence. Les sujets de ce panneau sont triples : l'un côté représente le Seigneur portant sa croix. Sainte Véronique, richement vêtue, s'approche du Sauveur et tient le linge miraculeusement empreint de la sainte face. Douze personnages font partie du cortège; parmi ceux-ci figurent les femmes de Jérusalem, un cavalier et des soldats. Le revers du tableau est séparé en deux compartiments, peints sur le même panneau que le portement de la croix. Le premier compartiment montre Saint Norbert en habits de gicerrier, accompagné de quelques religieux; l'autre le Sauveur, un religieux et saint Norbert, ayant revêtu le froc de Vordre des Prémontrés, dont il est le fondateur. On avait espéré pouvoir scier le bois, dans son épaisseur, pour séparer ainsi la double peinture ; mais les planches étant contournées, on n'osa entreprendre cette opération. Avant la révolution française, cette œuvre de
de Crayer ornait la salle chapîtrale de l'abbaye Norbertine de Grimberghe. Plus tard, elle passa dans un cabinet d'amateur, à Malines , où elle fut achetée par la fabrique de l'église pour la somme de 380 frs. M. Bernaerts y apporta dernièrement des soins habiles.
De l'autre côté du chœur, au-dessus des stalles, est placée une vaste toile, qui remplit à peu près toute la surface du mur; elle est de Charles Wouters, (1860), et représente le crucifiement de Jésus-Christ. Le Christ rend le dernier soupir entre les deux larrons. Douze figures principales forment la composition, sans compter celles que l'on aperçoit dans le lointain. L'artiste a suivi le récit de l'évangile et a tenu compte du désordre que la nature éprouva en ce moment suprême. Le gouvernement fit don de cette toile à l'église. «
Un rang de stalles à onze places, dans le genre de la renaissance, longe chacun des murs intérieurs du chœur. Les stalles sont peu ornées ; les boiseries des dossiers, alignées sous une longue corniche, sont divisées en compartiments correspondant à chaque siège. Deux pilastres supportent une petite arcade travaillée, dont le cintre est décoré dans le caractère général.
Ces boiseries furent vendues, en 1799, pour 131 livres. Cette somme couvrait, en même temps, le prix d'achat des orgues et du jubé. Dans le courant de ce siècle, on modifia les faces du côté du transept.
Dans la croix de l'église, contre les piliers du chœur, sont placées deux statues : saint Pierre et saint Paul ; leurs poses sont raides et gênées. Les socles qui les soutiennent ne sont guère mieux travaillés ni mieux ordonnés. Jean Voorspoel, de Malines, exécuta ces deux figures, en 1636, pour 425 florins.
Chapelle du Saint-Esprit.
La chapelle du Saint-Esprit, à droite du chœur, communique par une ogive au transept.
Sur Tautel se trouve un tableau , donné à l'église par Madame de Bors, née de Spenraey. On l'attribue à P. P. Rubens; le sujet en est Y Annonciation. L'ensemble de la composition n'est point aussi gracieux que le sont ordinairement les œuvres du grand maître : le coloris en est brillant, mais. le dessin large et fougueux est exagéré. La pose de Marie est forcée et peu naturelle ; les formes de l'ange accusent une constitution athlétique. Au-dessus de ces figures planent quatre petits génies.
L'autel, de style grec, est sans ornements. Devant le tableau se trouve une image de la sainte Vierge, tenant l'enfant Jésus sur les bras. La sculpture est de Nicolas Van der Vekene et a été faite en 4680; des vêtements de soie la couvrent entièrement. Deux esclaves chrétiens enchaînés sont à genoux à côté de cette statue, connue sous le nom de Notre-Dame des remèdes ou de la Miséricorde. De chaque côté de l'autel se trouvent deux bonnes figurines, en bois doré, l'une de saint Jean l'évangéliste, l'autre de saint Jean Baptiste ; des piédestaux séparés de l'autel les supportent.
Un tableau, la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, se trouve dans la même chapelle. Cette peinture sur bois appartient au pinceau de Luc Franchoys, le vieux (4), dont les productions sont devenues des plus rares. Cette œuvre de seize figures est d'un ton fin mais un peu froid. Les volets, également sur bois, y
(4) Luc Franchoys le vieux , né à Malines en 4574, mort en 4643.
furent ajoutés en 1671, par son fils Luc Franchoys, le jeune, dont le talent était supérieur à celui de son père, comme l'on en juge parfaitement ici. L'un des vantaux représente la prédication de saint Pierre. Le saint est debout sur les degrés d'un escalier, et deux malheureux assis sur les marches inférieures implorent son assistance. L'autre panneau nous montre la prédication de saint Paul. L'apôtre se trouvant sur un péristyle, indique d'une main l'Esprit-Saint, de l'autre son geste exprime qu'il s'adresse à des auditeurs placés au bas des degrés. Ces volets peuvent compter parmi les meilleures productions de Luc Franchoys , le jeune. La nuance est chaude, mais vraie et le dessin sévère. C'est aussi un des rares tableaux de ce maître, dont les couleurs ne se soient pas décomposées et qui n'ait pas poussé au noir ou aux tons bistrés. Certains amateurs reprochent à Franchoys de se rapprocher trop ici du genre de Bonckhorst, dit Lange Jan.
Vis-à-vis de ce triptyque, on remarque une bonne petite statuette, en bois, du XVIP siècle : saint Hubert. Puis un tableau provenant de l'ancienne église des Dominicains, en cette ville, où il ornait un autel latéral : saint Hyacinthe, par Jean Verhoeven (1), de Malines. Saint Hyacinthe est représenté debout, tenant d'une main un ostensoir, de l'autre une statue de la sainte Vierge : une dame vêtue de satin et de fourrures est agenouillée devant le protecteur des jeunes mères; elle serre un enfant emmaillotté contre son sein. Dans un second appartement, deux femmes prodiguent leurs soins à des nouveaux-nés. Au témoignage de Des-
(4) Jean Verboeven, né ï Màlines en 4600, deVint fort vieux.
camps cette œuvre « est pleine de finesse et de couleur, » bien réussie dans le genre de Metzu. »
Transept méridional.
L'autel du transept sud de l'église est pareil à celui qui se trouve du côté du nord , sauf que c'est la statue de la divine Mère, tenant son Fils, qui le couronne. Un tableau sur bois décore l'autel : l'Adoration des bergers. La scène est de dix-sept figures , parmi lesquelles sont comptés sept chérubins, que Ton voit dans le ciel. Cette jolie production , suave et simple quoiqu'un peu uniforme de ton, est du pinceau d'Ambroise Franck, le jeune (1). Elle a été placée dans l'église le 27 mars 4649. Certaines parties, telles que la tête de Marie et le nouveau-né, sont d'une candeur inimitable. La sainte Vierge s'incline à côté de la crèche, dans laquelle est déposé son Enfant ; des anges agenouillés veillent à la garde du berceau. Plus loin sont saint Joseph et les pasteurs. Les animaux de l'étable occupent un coin, à droite. Deux volets fermaient anciennement ce panneau , nous les retrouverons dans la chapelle du grand séminaire.
Sous le vitrail du transept est placée, dans une niche de bois de chêne sculpté, une figure habillée de saint Michel à Sanctis ; c'est encore une dépouille de l'ancienne église des Dominicains.
Nous passons ensuite au confessionnal, fait par N. Vander Vekene, vers 4703 ; il fait face au tableau de Franck. L'ordonnance en est pareille à celle du confes-
(4) Ambroise Franck, né à Anvers, mort en 4632.
sional que nous avons rencontré dans la partie nord du transept. Ici les statues sont celles du Bon Pasteur et de saint Jean-Baptiste. La corniche supporte à ses extrémités les bustes de saint Nicolas et de sainte Barbe. Le frontispice porte le Saint-Esprit sous les apparences d'une colombe.
Au-dessus de ce meuble pend un tableau oblong de Victor Honoré Janssens (1) : œuvre de grand mérite et d'effet , mais auquel le sentiment religieux fait défaut. Le Christ mort est étendu sur le sol ; la divine tête repose sur le giron de Marie ; celle-ci soutient son visage de sa main, son coude est appuyé sur son genou; les pieuses femmes de Jérusalem et saint Jean se penchent au-dessus du cadavre. La scène se passe sur le Golgotha ; on aperçoit le pied de la croix dans le fond.
Nef méridionale.
Le monument de Rombaut Huens, chanoine de Cambrai, est adossé contre la colonne du transept. Il a été exécuté en pierre blanche par Luc Fayd'herbe, en 1681. Une longue draperie, simulant un dais , occupe tout le fond de l'œuvre; sa partie supérieure est rattachée sous un gland d'or; à droite et à gauche ses plis retombent sur les chapiteaux corinthiens de deux colonnes. La sainte Trinité est placée sous les plis supérieurs du pavillon ; au plan inférieur, la Sainte-Vierge agenouillée intercède pour le défunt; celui-ci, revêtu du camail,
(4) Victor HoDoré janssens, né à BruieUes en 4664, décédé eu
se trouve à genoux et les mains jointes vis-à-vis de la Vierge. Uécusson, en pierre, de la famille Huens se détache en saillie au-dessus de l'inscription.
Contre le mur extérieur de la nef, dans une niche, nous voyons l'évéque saint Liboire^ patron invoqué contre les maux d'yeux : œuvre de Nicolas van der Vekene, mais bien inférieure aux autres produits de son ciseau ; elle fut faite en 1696, alors que l'artiste était fort vieux.
Grande nef.
Six tableaux sont appendus dans la grande nef; il y en a quatre par Gilles Smeyers (1) et deux par Luc Franchoys, le jeune.
Les quatre tableaux de Smeyers furent exécutés pour être placés dans le chœur. Les sujets en sont allégoriques et relatifs à la Sainte-Trinité. L'artiste dans cette partie si difficile pour l'ordonnance a fait preuve d'un talent et d'une invention remarquable ; le dessin de ses toiles, en général, est heureux ; le coloris n'est malheureusement pas très varié.
Côté gauche de la grande nef. Le premier tableau, à partir du transept, représente le culte des trois Personnes divines. La Sainte-Trinité apparaît dans les nuages; saint Jean l'évangéliste, placé un peu au-dessous d'elle , lui présente ses hommages ; sur la terre un groupe nombreux l'adore ; on y voit un archevêque, un prêtre, des pauvres, des seigneurs, des religieuses et des dames, tous dans le costume du XVIIP siècle. Cette scène se
(4) Gilles Smeyers, né à Malines en 4635, mort en 1710.
passe à droite dans le plan inférieur. A gauche apparaissent les temps plus anciens ; saint Jean l'évangéliste, assis sous un palmier, enseigne la nouvelle loi à un auditoire de vingt-six personnages.
La seconde peinture est un des volets du tableau de Luc Franchoys, qui orne encore l'autel de Notre-Dame de Montaigu dans le transept septentrional ; on y voit saint Christophe passant la mer avec l'Enfant Jésus sur les épaules; à côté d'eux est saint Adrien, en costume de guerrier. Ne jugeons point ici de la composition de l'œuvre, qui certainement paraitrait décousue et iirexplicable, si telle l'artiste l'eut imaginée. Jadis ces vantaux étaient peints des deux côtés ; plus tard on les scia dans l'épaisseur du bois et les deux sujets furent rejoints et adaptés dans un même encadrement. La couleur est fortement tournée au noir; néanmoins la fougue et la verve du crayon de Franchoys peuvent être bien étudiées ici, surtout dans l'image de saint Christophe. Nous avons vu plus haut le prix de ces peintures, qui furent livrées en 1671 (v. p. 106).
Le tableau suivant a été peint par Gilles Smeyers, en 1687, et a pour sujet : les trois grands actes de la Sainte- Trinité, La création par le Père , la rédemption par le Fils, et la sanctification par le Saint-Esprit. Dans le ciel nous voyons le nom de Jehova glorifié par les saints vénérés autrefois dans cette église de Saint-Jean. Ils sont partagés en deux groupes, le nom de Dieu étant au milieu. Nous y remarquons : saint Jean l'Évangéliste, saint Jean-Baptiste , sainte Barbe , saint Nicolas , saint Antoine, etc. Sur la terre sont représentés les trois grands actes dont nous venons de parler : la création d'Adam, par Dieu le Père, se passe à gauche, l'Eden
s'étend au fond. La rédemption , au milieu du tableau ; le Sauveur est debout sur le monde, tout autour du globe sont groupés des personnages des deux lois : saint Jean-Baptiste, saint Jean TÉvangéliste , le roi David, sainte Marie-Madeleine, saint Pierre, etc. L'Eglise, colonne de la vérité, sépare cet épisode du suivant; la base de la colonne s'appuye sur la terre et sa cime se perd dans le ciel. Sur le pied du pilher nous trouvons la signature de Fauteur : G. Smeyers, Fec. Enfin la sanctification par le Saint-Esprit est figurée par la descente de TEsprit Renovateur dans la salle du Cénacle.
Côté droit de la nef. Le premier tableau, lorsque l'on se trouve au bas de la nef, est encore du même pinceau; il a été exécuté en 1687, en même temps que celui dont nous venons de parler en dernier lieu, et a coûté avec celui-ci 130 florins. Il figure allégoriquement les esclaves : esclaves chrétiens et esclaves des passions. La Sainte -Trinité trône dans les nuées; la Sainte Vierge l'implore pour les esclaves. Un coin de la toile nous montre les murs d'enceinte d'une ville : les Turcs précipitent les esclaves chrétiens du haut des bastions ; leurs corps lacérés restent pendus à des crochets de fer, rivés dans l'édifice. Par terre, les martyrs éprouvent des supplices horribles de tous genres : les uns ont les cheveux enflammés , d'autres ont les pieds rôtis devant un brasier, d'autres enfin expirent sur le bûcher ; mais les anges, muais de scapulaires, leur apportent des consolations. A gauche sont les martyrs du monde et des passions ; l'envie, à la chevelure de vipère, ronge son coeur ; l'avarice puise l'or dans des coffres, etc.
Le deuxième vantail de Luc Franchoys a subi les
mêmes transformations que le premier : la tentation de Saint Antoine est accolée à saint Sébastien lié à un arbre. Le torse du martyr est supérieurement compris; le peintre a saisi la douleur physique, jointe à la résignation; ces sentiments il les a magistralement rendus.
Le quatrième tableau de Gilles Smeyers nous montre la Sainte-Trinité régénérant le monde. Nous voici dans l'intérieur d'un temple, la Sainte-Trinité apparaît sur un nuage. Saint Jean le Précurseur reçoit la mission d'annoncer le Messie. Dans la partie à droite un nouveauné est régénéré par le baptême; à gauche devant un autel la foule se prosterne, en attendant le saint Sacrifice de la messe.
La chaire à prêcher, en bois de chêne, est placée dans l'ogive entre deux piliers de la nef droite du temple. Théodore Verhaegen en fournit les plans et en exécuta les sculptures. Cet artiste signa, le 3 juillet 1736, un contrat , par lequel il s'engagea à entreprendre le travail à raison de 2600 florins, argent courant. La chaire fut placée, en 1741, mais coûta 2856 florins 6 ss., à cause de quelques suppléments et d'une balustrade qui n'était pas comprise dans le projet primitif. Le sujet inférieur représente le Bon Pasteur parlant au peuple. Le Sauveur est muni d'une houlette ; des agneaux circulent autour de Lui. A la droite du Fils de Dieu, deux vieillards, dont l'un a le buste découvert, tendent l'oreille à ses discours. Ces figures sont remplies de vie ; on lit dans leurs visages la curiosité et le désir de s'instruire des choses saintes; ce sentiment de leurs faces contraste admirablement avec l'air calme et majestueux du divin Orateur. A la gauche du Christ, la contenance d'un autre disciple exprime la même pensée que celle de ses
pieux compagnons; devant Jésus est assise une jeune mère tenant son enfant. La cuve de la chaire est ornée d'arabesques , entre lesquelles ressorteiit trois médaillons, un sur chaque face : le premier représente la personnication de la Foi, le second le baptême de Jésus- Christ par saint Jean, le troisième l'Espérance. Le dais ou abat-voix de la tribune offre un prodige de menuiserie; cette lourde pièce n'est attachée ni aux murs, ni à la voûte; elle se rattache simplement au portique d'entrée qui ne la soutient ainsi que par une extrémité. Deux grands séraphins semblent maintenir cette partie dans l'espace. Le dais est surmonté de grands ornements à feuillages qui se rejoignent vers le haut. Six petits génies sont groupés autour de l'abat- voix ; deux d'entre eux montrent l'inscription sur la corniche : Zy zullen myne stem hooren (Joïs X).
Dans la voûte du transept est adapté un tableau arrondi, œuvre dont le pinceau d'Egide Jos. Smeyers n'a pas craint d'aborder les difficultés. On y voit saint Jean baptisant le Sauveur, 1722.
Nous voici arrivés devant le chef-d'œuvre de Théodore Verhaegen ; ce sont les stalles qui garnissent les piliers du transept à l'intersection de la grande nef.
Disons d'abord que l'ordonnance générale dans ces deux monuments est la même. Une galerie, à ornementations en bas-relief, entoure le pilier de trois côtés : elle sépare ainsi du public les places affectées aux dignitaires de l'église. Les dossiers des tribunes sont admirablement décorés, ils enveloppent également les trois faces des colonnes. La tribune du côté sud fut érigée par les marguillers de la paroisse, en 1730. Théodore Verhaegen se chargea de ce travail pour la somme
de 100 florins, mais la fourniture du bois était à charge de l'église. Nous avons trouvé dans les comptes de cette œuvre, les noms de ses élèves, qui y coopérèrent comme praticiens, ce furent : F.Verhaegen, Théodore et Franc. Goppens, D. Boeckxstuyns, F. Van Elewyt, F. Van Basel et Théod. Foste. Trois beaux bas-reliefs sont enchâssés dans le monument. Celui du centre représente Saint Jean-Baptiste prêchant dans le désert ; celui de droite, le martyre de saint Jean-Baptiste ; celui de gauche, saint Jean TÉvangéliste écrivant ses révélations dans nie de Pathmos. Ces sculptures, véritables tableaux, sont composées d'un grand nombre de figures, à l'exception du dernier bas-relief où l'on ne voit que l'évangéliste et l'aigle. Les détails de la nature, les effets de perspective et les lointams, sont traités avec autant de finesse que le pinceau pourrait le faire. De charmantes cariatides d'anges, d'une expression naïve et enfantine, séparent les panneaux. Au-dessus de la corniche un bourreau présente la tète du Précurseur à Hérodiate. Le troue du martyr gît à leurs pieds ; ces figures, d'un mouvement hardi, sont dignes de tous éloges.
Le 3 juillet 1744 fut placée la tribune du côté nord. Elle fut exécutée d'après les croquis de Théodore Verhaegen, mais elle est due presqu'entièrement au ciseau de ses élèves. Le maître souffrait alors d'une maladie nerveuse qui l'empêchait de vaquer à son art. L'exécution de cette seconde œuvre est inférieure à celle de la première ; aussi Verhaegen reduisit-il le prix à 1676 florins 11 ss. Il est à remarquer que pour ces dernières stalles le bois fut livré par l'artiste. Le sujet du milieu est la résurrection de Lazare; celui de gauche, l'adoration
des bergers; celui de droite, le Sauveur enseignant le peuple.
Cependant le génie de Verhaegen se révèle encore dans la composition de ces tableaux ; le sculpteur n'a épargné, dans ses dessins, aucune difficulté pour l'exécution qu'il réservait à son ciseau. Le sujet qui couronne cette stalle est Jésus-Christ crucifié soutenu par deux anges.
Ces deux belles œuvres vendues, en 1799, ne furent estimées que 33 livres.
Sacristie.
Le sacristie renferme plusieurs tableaux :
La Sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus ^ jolie peinture de l'école espagnole. Bois.
Sainte Barbe^ petit tableau d'après Rubens.
Deux petits panneaux : Saint Jean VÈvangéliste et Sainte Elisabeth.
Fleurs et fruits^ signé F. Charette-Duval. 4843. Don de Madame de Bors.
Dans le plafond, on voit une petite esquisse du tableau que E. Smeyers plaça dans la voûte du transept.
Le groupe polychrome , en bois , de la Sainte-Trinité fut exécuté en 1680, par Nicolas van der Vekene. Le Père et le Fils sont assis sur un nuage ; le Saint-Esprit plane entre les deux Personnes divines ; la sainte Vierge d'une part, et un esclave chrétien d'autre part, sont agenouillés au bas de la nuée. L'artiste semble s'être inspiré, dans cette œuvre, du même sujet^traité par Luc Fayd'berbe pour le monument funèbre du chanoine Huens (v. p. 121).
Van der Vekene exécuta en même temps le gracieux dais sous lequel sont exposées ces images. Quatre génies, appuyant un pied sur des feuillages, maintiennent une couronne au-dessus du groupe.
Les comptes nous apprennent que le coût de ces pièces, de la statue de Notre-Dame des Remèdes (v. p. 118), et de quatre tableaux, destinés à revêtir le socle placé dans Téglise aux jours où Ton exposait ces figures, s'éleva à 180 florins.
Extérieur de l'église.
Nous trouvons sur la façade de l'église, sous la seconde fenêtre du côté de la rue Saint-Jean, une médiocre peinture : Notre-Dame des Sept Douleurs, Cette image, qu'une dévotion toute particulière honore, quoiqu'étant ancienne, a été plusieurs fois repeinte et retouchée. Nous avons trouvé, dans les comptes de l'église, que Corneille Verpoorten, en 1620, reçut deux florins pour restaurations faites à cette image.