LE BAS-RELIEF DU COURONNEMENT
1. Ce bas-relief, de marbre blanc, jadis peint et doré, œuvre remarquable de Matteo da Gampilione (1) ou, par contraction, Gampione, équivaut à un inventaire, en
(1) Gampilione est un nom de lieu. Matteo, comme tous les artistes du moyen âge, ajouta à son nom celui de son pays d'origine.
Au xve siècle, Marc, fils de Zambolini, également natif de Gampilione, signait ainsi les belles sculptures dont il décora, au dôme de Milan, la porte de la sacristie septentrionale : MARCVS ' FILIVS ■ SER ' ZAMBOLINI ' FABRI OC* OPUS.
Cette importante signature, inconnue jusqu'ici, a été récemment découverte par un jeune artiste de Milan, M. Ciespi, qui propose de la compléter de la sorte, en prenant pour type des actes contemporains : Fabricx ingegniarius, fecit hoc opus.
raison des objets divers qui y sont sculptés. Il offre donc un grand intérêt archéologique.
Actuellement, il se trouve relégué dans le transsept méridional, en face de la chapelle du Saint-Clou; on peut l'étudier commodément, étant à portée du regard. Ce n'est que dans le premier quart de ce siècle qu'il a été enlevé à la tribune de l'orgue, où il était trop dans l'ombre. A l'origine, il forma la partie postérieure de l'ambon : d'où je suis en droit de conclure que l'empereur, après son couronnement, était conduit en ce lieu élevé pour être montré au peuple qui l'acclamait (I). C'est ce qui se pratiquait en France au sacre des rois dans la cathédrale de Reims. Une autre sculpture du même ambon peut donner idée de cette scène, car on y remarque l'empereur assis sous un pavillon, pendant qu'un héraut sonne de la trompette pour convoquer ses sujets à venir lui présenter leurs hommages.
Je pourrais, à la rigueur, ne point m'occuper du basrelief en lui-même, parce qu'il a été magistralement
(1) « Paratus itaque rex et ornatus procedit, cum suis pnelatis, baronibus et aliis, ad eminentem et ornatum thaï am uni, m ecclesia sibi prœparatum, et ibi super aliquo faldistorio ornato genuilexus incumbens, audit missam. » [Pontifie. Roman., De benedict. et coronat. régis.) — « Paratur in ecclesia, in loco competenti, thalamus sive suggestum pro rege, in que- sit regalis sedes ornata et thalamus ipse sit ornatus pannis sericeis et aulaeis. » yîbid.) Suggestum signifie un lieu élevé, comme un ambon, et thalamus littéralement un lit. Cette dernière expression s'était conservée en France dans un seul cas, à savoir lorsque le roi, présidant en personne, tenait son lit de justice. Il s'agit ici d'un lit de parade et d'honneur, autrement dit d'un trône dressé de manière à être en vue.
interprété par le chevalier César Aguilhon, chapelain du roi d'Italie (1). Cependant j'en parlerai en détail, car mon but ici est de relever tout ce qui se rapporte au
( I ) Scidti di Matteo da Campione nella cantoria delV organo maggiore, già ambone od evangelicatorio délia basilica di san Giovanni Battista in Monza. Monza, 1878, in-4 de 39 pages. — Intomo ad un bassorilievo délia basilica di Monza, lettera al cav. Enrico Narducci. Rome, 1879, in-4 d'une feuille.
D'Agincourt a figuré cet ambon , pi. XXVI, n° 33. Son dessin est petit et détestable : cependant on y distingue les six électeurs et les députés de la commune de Monza. Il date cette sculpture de la tin du xiir9 siècle, ce qui est une erreur, puisqu'on connaît son auteur, dont l'épitaphe désigne nommément cette œuvre de son ciseau. M. Labruzzi attribue au xue siècle le bas-relief du couronnement (Il Buonarotli, 2e sér., t. XII, p. 4 24) : pour M. de Linas, il serait du xme (Rev. de l'art chrét., 1861, p. 617.) Il y avait donc lieu d'insister sur la date exacte de ce curieux monument, qui, pour les archéologues, était demeurée douteuse.
Un archéologue, que j'estime infiniment, croit pouvoir descendre jusqu'au xive siècle le bas -relief de la porte majeure, ce qui le ferait contemporain de la façade et probablement l'œuvre de Mathieu de Campilione. Un rapprochement, bien facile à faire, m'empêche d'accepter cette date. En effet, si l'on compare ce bas-relief à celui du couronnement, si fin et si délicat, on est immédiatement frappé de la différence du style et de l'exécution. Je maintiens donc au xnr3 siècle ce tympan, lourd et défectueux, qui a été conservé de la façade antérieure pour être incrusté dans la nouvelle. M. Giulio Rossi, de Milan, en a donné une bonne photographie dans son album de Monza , qui comprend trente-quatre photographies in-folio (prix 50 f. ou 1 f. 50 chaque photographie prise séparément, à Milan, corso Vittorio Enianuele, 20.)