‹ Inventaires de la Basilique royale de MonzaChapitre 22 sur 34 · B. DE M · texte numérisé non relu

B. DE M

culte et à la tradition; de plus, je dois expliquer Fhéliogravure qui accompagne ce chapitre (I).

L'autel, de petites dimensions, est plus large que profond. Il ne semble pas isolé, mais appliqué au mur, en sorte que le chanoine qui y célébrait devait tourner le dos aux assistants. Il est entièrement garni d'un parement d'étoffe divisé, en manière d'échiquier, par petits carreaux, où alternent un losange et un entrelacs quadrilobé, ce qui rappelle les étoffes siciliennes imitées de celles de l'Orient. La partie inférieure est bordée d'un galon, lequel se répète au frontal, que termine une longue frange. Sur la table de l'autel sont alignés trois calices et une croix à l'arrière-plan (2).

La croix, montée sur un pied quadrangulaire, a une tige très-courte et quatre bras égaux. Ses extrémités sont découpées en quatre-feuilles, dont le dessin en losange, avec écoinçons, imite un émail ou une ciselure. Le Christ n'y est pas attaché, suivant un usage antique (3), quoique déjà il apparaisse dans les fresques de la basi-

(1) Cette héliogravure réduit la photographie faite à Monza par M. Bianchi. Une autre photographie plus grande a été exécutée par M. Rossi, de Milan L'une et l'autre coûtent i franc 50 centimes.

(2) En 1113, une donation faite à l'église de S. Nicolas de Trullas en Sardaigne porte que l'autel doit avoir une croix : « Et ci non desint levata sa mensa dessu argentu ci est in su altare et non sa cruce dessu argentu et non su calice de cantare missa. » (Hist. patr. monum., t. XII, p. 490.)

(3) Un sceau du xme siècle représente un prêtre célébrant la messe et consacrant le calice. En face de lui, sur l'autel même, est une petite croix sans Christ. (De Caumont, abécédaire (Varcliéologie, 5e édit., p. 585.)

lique d'Assise et une miniature de la Bibliothèque nationale (1).

Les trois calices ont le pied, la tige et le nœud de forme hexagonale. Celui du milieu est le plus grand. Sa coupe profonde est très-évasée à l'orifice, mais étroite à la base et munie de deux anses coudées (2).

(1) Cette miniature est duxiv8 siècle. (Annal, arch., t. XIV, p. 73.)

(2) Le premier ordre romain suppose des anses au calice :

k Levât calicem archidiaconus et ponit eum super

altare juxtaoblatam pontificis a dextris, involutis ansis cura offertorio. » — « Cum dixerit Per Ipsum et cum ipso, levât ^archidiaconus) cum offertorio calicem per ansas, et tenens exaltât illum juxta pontificem. »

Le second ordre romain contient une rubrique identique : « Levât calicem (archidiaconus). ... et ponit eum

super altare , involutis ansis cum offertorio suo, quod

etiam ponit in dextro cornu altaris. •>

Uoffertorium était donc un linge dont l'archidiacre enveloppait les anses pour ne pas toucher directement au calice. Ce linge est encore usité dans la liturgie ambrosienne, non plus par les ministres de l'autel, mais uniquement par les vieillards qui, au nom du peuple, viennent présenter l'offrande au célébrant.

Le calice servant à la consécration se nommait calix sanctus, au témoignage d'Anastase le Bibliothécaire, qui en parle fréquemment. J'insiste sur cette épithète, parce qu'elle n'a pas encore été suffisamment élucidée.

Le Liber po?itificalis attribue au pape saint Sixte Ier, au ne siècle, la défense à ceux qui ne sont pas clercs de Toucher aux vases sacrés : « Hic constituit ut ministeria sacra non langerentur nisi a ministris. » Or Isidore Mercator, au ixc siècle, lui prétait cette décrétale : « Sacra vasa non ab aliis quam a sacratis Dominoque dicatis contrectentur

Au calice de droite, qui doit rappeler celui dit de Théodelinde, la coupe est bordée et cerclée d'une monture de métal : elle pose directement et sans intermédiaire sur le nœud légèrement arrondi. Le calice de gauche a une coupe unie, plus large que le pied.

Que signifient ces trois calices? Le plus grand servait à la consécration et à la communion fous les deux espèces, car c'était un des privilèges des souverains. Les deux autres, au contraire, étaient destinés à l'ablution de l'archiprêtre et de l'empereur, usage qui, dans la liturgie, ne s'est plus maintenu qu'au pontifical du pape (1).

liominibus. Indignum valde est ut sacra Domino vasa, quœcurnque sint, humanis usibus serviant. » Ce n'était même pas permis aux religieuses. Le Liber pontificalis dit de saint Soter, encore au 11e siècle : « Hic constituit ut nulla monacba pallara sacratam contingeret nec incensum poneret in ecclesia. » Isidore complète ce texte par la décrétale même : << Sacratas Deo feminas vel monachas, sacra vasa vel sacratas pallas pênes vos contingere et incensum circa altaria déferre perlatum est ad Apostolicam Sedem : quœ omnia reprehensione et vituperatione plenaesse. nulli recte sapientium dubium est. Quapropter hujus sanctse Sedis auctoritate hsec omnia resecare funditus, quanto citius poteritis, censemus. »

Les vases étaient donc sacrés par ce triple motif : parce qu'ils avaient reçu l'onction sainte, qu'ils étaient voués à perpétuité au culte du Seigneur et enfin qu'ils ne pouvaient être touchés que par ceux que l'ordination avait sacrés euxmêmes.

(1) Le cérémonial d'Anrelius, au xive siècle, fournit cette rubrique : « Notandum etiam quod sacrista débet portare liodie très calices, magnum pro missa, alium cum quo papa bibit vinum, tertium pro communione. »

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