‹ Inventaires de la Basilique royale de MonzaChapitre 23 sur 34 · UN1VERSITY OF ILLINOIS · texte numérisé non relu

UN1VERSITY OF ILLINOIS

Au-dessus de faute] pendent quatre ronronnes, serivis les unes contre les autres : celles des extrémités sont d'un diamètre plus grand que celui de leurs voi- -im'S. Leur bandeau gemmé est surmonté de fleurons. Elles sont attachées par une tige droite, qu'Anastase nomme sagulum, à une tringle horizontale, fixée à la muraille par deux crochets. Ces couronnes n'ont aucun rapport avec celles attribuées à Théodelinde et à Bérenger, car elles manquent des croix pendantes et ont, en plus, une série de feuillages. Ne seraient-ce pas des dons postérieurs et n'aurait-on pas là un souvenir des divers couronnements opérés dans la basilique? Je suis d'autant plus porté à le croire. que ces couronnes ressemblent à celle dont est coiffé l'empereur sur son trùne (1).

Ce troue est dressé du côté de l'épitre, suivant les prescriptions du Pontifical romain. Le siège ou pliant

(I) Cet usage des couronnes suspendues se constate ailleurs. Atto, seigneur de Canossa, offrit, sous Grégoire VII, à l'église de ce lieu, vingt-quatre couronnes tant d'or que d'argent :

« Ornamenta bona, rutilantesque coronas Ex auro claro simul argentoque probato Obtulit : kœ vero numéro sunt bis duodense. »

Or, d'après Leibnitz, l'une d'elles avait une croix d'or pendante : « XXIV coronac erant et una illarum aurea cum crucicula una, itideui aurea. » [Scriptor. Brunsvicen., t. I, p. 688.)

En 1130, le pape vint à Saint-Denis : « Ensi vint à l'église des cors saints, qui tote resplendisoit de corones d'or et d'autres riches paremenz. » [Grandes chroniques de France, ap. Rec. des Histor. des Gaules, t. XII, p. 191.)

s'appuie sur de fortes griffes, et ses accoudoirs sont découpés en têtes de chien. Un paille, galonné tout autour, forme dossier, puis retombe sur le siège et jusque sous les pieds du souverain. Une frange accompagne, à la partie supérieure, la passementerie (I).

(1) « Item unum pannum de dyaspre rubeo, ad cohoperiendum cathedram, in cujus extremitatibus est profil diversorum colorum. » (Inv. de Saint-Victor de Marseille, 1358, n° 27.) — « Item, unum alr.mi pannum de serico, scacatum, ad cohoperiendum cathedram, cum profilo de serico diversoruni colorum. » (Ibid., n° 29.)

En raison de sa destination spéciale, cette tenture prenait le nom significatif de dossier, en latin dorsale, qui a pour radical dorsum.

Azelinus, qui fût évêque de Hildesheim de 1 044 à 1054, donna à son église un dossier portant son nom : « Dédit anulum pontificalem et dorsale bonum suo nomine inscriptum,cum campanaCantabona vocata. Dédit eciam coronam auro et argento radiantem et coram principali altari pendenlem. • (Pertz, t. IX, p. 853.)

La chronique rimée du chanoine de Liège enregistre (en LM9) le don par l'évêque Otbert de dix dossiers :

« Tandem dédit decem dorsalia,

Quibus unus in dextro paries

Decoratur et templi faciès. » (Pertz, t. XIV, p. 220.)

Mathilde, en 1 133, offrit à la cathédrale du Mans trois précieux dossiers et un paille :

« Mathildis Normanniam régressa, ibi diu gravi detenta est infirmitate : quse formidans sui dissolutionem, excessuum suorum sumpta paenitentia, inter contera quœ pauperibus et ecclesiis Christi largâ liberalitate distribuit, tria pretiosissima dorsalia cum tapeto ad decorem domûs Dei nostrœ contulit Ecclesiae. » (Gesta pontifie. Cenomanen , ad ann. 1133, ap. Rec. des Hist. des Gaules, t. XII, p. 553). —

Trois anneaux, passes dans une tringle horizontale, suspendent la tenture, qui dessine des plis gracieux.

Le sceptre de l'empereur, tenu de la main gauche ( I ), est court et orné à son sommet d'une fleur de lys. Les mains sont couvertes de gants unis, avec manchettes courtes et pendantes.

L'archiprétre, désigné par une inscription latine,

: ARCiiiPBR : uvT : ecce :

[Archipresbyler hujus ecclesiœ), ce qui ne laisse pas de doute sur son identité, se tient à la droite du trône, vêtu pontificalement. Sa mitre basse est ornée de deux orfrois en titre et en cercle : le fond de l'étoffe est divisé

« Quoddam pallium B. Juliano allcgavit anno 1133. » (Ibid.)

Matthieu de Loudun, au xne siècle, enrichit son abbaye de Saint-FIorent-lès-Saumur, de deux dossiers qu'on tendait dans le chœur aux solennités; l'un représentait les vingtquatre vieillards et l'autre l'Apocalypse : « Fecit etiam hic venerabilis pater (Matthaeus de Losduno, abbas) dorsalia duo egregia, qua?, prœcipuis solennitatibus extenduntur in choro, in quorum allero XXIV seniores cum citharis et phialis depinguntur ; in reliquo Apocalypsis Johannis opère est descripta eleganti » (Hist. monast. S. Florent. Salmurivn., ap. Bec. des Flfst.des Gaules, t. XIV, p. 507.)

(I) Gunther, au xuc siècle (lib. vin Lif/urini), parlant du couronnement de Frédéric en 1 155, dit expressément que le sceptre se remettait en même temps que la couronne :

« Tune demum victa Fridericus ab urbe recessit Modoinumque petens, prisco dignatus honore, lllustrare locum, sacro diademate crines Induit et dextra gestavit sceptra potenti. »

en caissons fleuronnés. Il porte le pluvial, agrafé sur la poitrine, avec petit capuchon rabattu sur les épaules et orfrois étroits à la partie antérieure. La dalmatique a des manches larges, bordées du même orfroi et les manches de son aube sont parées d'un orfroi losange et feuillage. Ses deux mains gantées touchent encore à la couronne (1) qu'elles viennent d'imposer. La plaque des gants est en losange, avec un fleuron à l'intérieur' et la manchette large se prolonge obliquement.

Derrière l'archiprêtre sont debout le diacre et le sous-diacre, portant tous les deux une dalmatique dont les manches sont galonnées et qui a pour ornements ce que l'on nommait les quatre pièces : or ces pièces se mettaient sur la poitrine, dans le dos et au bas de la

(1) Dans ce relief, la couronne imposée à l'empereur ne ressemble en rien à celle dite de fer, que l'on montre comme telle dans la basilique. Bien plus, elle est fleuronnée, ainsi que toutes les couronnes du temps et pourtant nommée par l'inscription ferreo diademate. Faut-il croire à l'ignorance de l'artiste, qui aurait fait une couronne de fantaisie au lieu de celle usitée pour la cérémonie du couronnement? Je ne le crois pas: les chanoines n'auraient pas supporté un pareil écart, mentant à la fois à l'histoire et à la tradition. De plus, à cette époque, la couronne dite de fer était bien dans le trésor, comme en fait foi un inventaire, et alors les objets les plus précieux étaient revenus d'Avignon. Que conclure donc? Sinon que la couronne figurée par MaUeo da Campilione est bien celle usitée pour le couronnement à Monza et qu'elle a dû être rigoureusement copiée sur l'original. S'il s'est astreint à reproduire presque fidèlement les couronnes pendantes, la croix et les calices de l'autel, comment n'aurait il pas fait de même pour un objet infiniment plus important? J'estime en conséquence que poser la question, c'est la résoudre.

partie antéfiétfré el postérieure. Un collier fait le tour du cou et se tient droit, comme on le porte encore au dùme de. Milan. Le diacrese distingue par une étole où se répètent successivement les mêmes ornements, consistant en une croix et un losange. Cette étole va de l'épaule gauche sous le bras droit et est mise sur la dalmatique même, usage conservé dans le rite ambrosien et que nous avions aussi en France, à en juger par les vitraux du xiii0 siècle de la cathédrale du Mans et par un bas-relief de la Renaissance dans l'église de Saint-Juliendu-Pré de la même ville.

Le diacre tient à deux mains et tournée en dedans la crosse de l'archiprêtre. Le nœud peu saillant est fleuronné et donne naissance à une large fleur imitant un trident, de laquelle émerge la volute, perlée à son pourtour et terminée par une tête de dragon (1).

L'inventaire des vases et ornements est achevé ; mais j'estime qu'on ne me pardonnerait pas d'avoir, pour abréger, omis de compléter la description du bas-relief du couronnement. Je continue donc.

A la gauche du trône se tiennent debout les six électeurs (2), chacun désigné par un attribut spécial et par

(I) La crosse, dans la chapelle de Théodelinde (I4i4\ est figurée en or, avec un fleuron à l'intérieur et une crête feuiîla'gée au pourtour de la volute

(?) Un manuseiit du xme siècle cité par PeriziMoni'menta Germanise historien, t. XX, p. H59), fait connaître en un quatrain les noms des électeurs :

Moguntinensis, Treverensis, Coloniensis (archiepiscopi), Inde Palatinus (Reni) dapifer, dux (Saxonia?) porlitor ensis, Marchio (de Brandenburg) prepositus camerœ, pincerna Roinanurn staluunt regem concorditer isli. » [Boemusrex]

Lorsqu' Urbain VIII, par un décret consistorial en date du

son nom inscrit au-dessus de sa tête. L'archevêque de Cologne est au premier rang, archiepvs : colonien. Son menton est rasé et sa tête coiffée d'une calotte ; il porte la cappa canoniale, celle qu'ont conservée les frères prêcheurs , qui l'empruntèrent aux chanoines réguliers (1), c'est-à-dire qu'elle est ouverte en avant, et que son chaperon, formant pèlerine, est terminé par un capuchon rabattu sur le cou ; il tient des chartes dans les mains, car ses fonctions sont celles de grand chancelier.

Le duc de Saxe, dvx san | xonie, est vêtu d'une tunique courte, brodée à la partie inférieure et d'un manteau ouvert, à chaperon d'hermine; un capuce en étoffe légère lui enveloppe la tête; il appuie sa main gauche sur l'épée pendue à son flanc, et de la droite brandit le glaive impérial (2), dont la lame est mise au

10 juin 1630, décerna le titre d'Éminence aux cardinaux, il réserva expressément ce môme privilège aux trois électeurs ecclésiastiques de l'empire romain -germanique, qui en étaient en possession depuis longtemps, c'est-à-dire aux archevêques de Cologne, de Mayence et de Trêves.

(I) Saint Dominique fut chanoine, avant de fonder son ordre.

{%) On lit dans Lamberti Jnnales, à l'année 1056 (Pertz, t. VII,p. 157) :

« Cuntherus, tune temporis cancellarius (de l'empereur Henri) visionem vidit memoria dignam : Dominum in solio majestatis suse residere et elevato in altum brachio, districtum gladium magno nisu vibrare et circumstantibus dicere: Reddam ultionem hostibus meis et his qui oderunt me retributionem (D eut. } XXXII, 4l). Quam visionem protinus mortalitas subsecuta est principum regni. Eaque expleta, vidit eodem rursus scemate Dominum residere et remisso jam in

fourreau, autour duquel s'enlace le baudrier. L'archevêque et le duc regardent l'empereur.

L'archevêque de Trêves, archiepvs : trevd-en : , a le même costume que l'archevêque de Cologne; seulement ses longs cheveux ne sont pas couverts d'une calotte, et de la main droite il tient un des pans de sa cappa, pendant que de l'index de la gauche il montre l'empereur à son voisin, avec qui il cause de ce qui se passe.

Le landgrave, landegravi', se penche vers son interlocuteur. Son costume, à l'épée près, est celui du duc de Saxe, avec chaperon descendant de la tête sur les épaules. Il a, serrés dans sa main gauche, les gants impériaux.

L'archevêque de Mayence, archiepvs : magÂcie : , se présente de face. 11 est vêtu comme son collègue de Cologne : de la droite il tient une charte, et de la gauche soulève un pan de sa cappa.

Le marquis de Brandebourg, marciho : brandebvrg', habillé comme le landgrave, mais avec chaperon pendant et barbe au menton, présente aux habitants de Monza deux chartes de privilèges scellées de sceaux à queue. Sur la première est écrit : pvile | gia | cois [communis] modoe '(ModtiettèY. Il leur dit que le roi reconnaît la vérité" de leurs affirmations, et qu'en conséquence il amplifie et confirme les privilèges de leur commune :

DNS : REX : BENE ! NOVIT | I Q (quod) '. DIXISTIS I IDEO |

vaginam gladio et super gentia sua jam reclinato, dicere circumstantibus : « Ignis succensus est in furore meo et ardebit usque ad mferni novissima. » (Jerem., XVII, I.')

Le Seigneur s'était donc montré, dans cette vision, avec deux des insignes royaux : le glaive et le trône.

APLIFiCABIT | FORTIX' | 7 : OFIMABI | T ! PVILE | GIA | YRA

(vestra).

Les habitants de Monza sont au nombre de six : le maire (syndic ou gonfalonier, suivant l'appellation italienne), en tète, répond de la fidélité de tous, du plus grand au plus petit, envers la majesté impériale :

HOMIES : MODOE ! A MATORE : VSQ *. AD : MINOREM \ SEMPer FVERE : 7 : SVNT I IMPerATOIE I MAYESTATIS FIDELLES

Le maire de Monza est un homme âgé : coiffé du chaperon, il a un habit long, à larges manches, que les syndics, en Italie, ont conservé dans les cérémonies d'apparat et qui porte le nom de rubbone. Il tend les deux mains pour recevoir les chartes que lui présente le marquis de Brandebourg, qui, en signe de protection, lui met la main gauche sur l'épaule.

Les cinq autres habitants ont la tunique courte, à manches ouvertes et la tête couverte : le second, trésorier peut-être de la commune, porte en avant une bourse pendue à sa ceinture.

Le bas-relief mesure en largeur 2m78, sur 1 mètre de hauteur. Il est circonscrit par une série de moulures, au-dessus desquelles s'aligne, à la partie supérieure, une frise que surmonte une corniche sculptée de feuilles d'acanthe. Cette corniche fut peinte à l'origine, et l'on observe encore des traces de dorure sur les feuillages qui se détachent sur un fond d'azur.

A la frise se lit, en deux lignes, cette inscription, gravée en belles majuscules de gothique ronde, un peu allongée, surchargée de quelques ligatures et abréviations. Il y est dit que, par la concession du Saint-Siège, Monza est la capitale de la Lombardie, et que, dans son

oratoire de Saint-Jean-Baptiste, l'élu reçoit la couronne de fer (1). Voici les paroles mêmes que prononce Earchiprètre en remettant la couronne (2) :

::altissimi : dei : 7 : aplice : sedis : gra (gratta) : 9cedete : ProVT : 9stitytvm est : modôe : qye : capyt :

(1) Si les souverains recevaient la couronne à l'église, ils ne pouvaient pour cela l'y porter et, par respect pour la majesté de Dieu, roi des rois, résidant dans son temple, ils devaient la quitter en entrant. Théodose le jeune et Valentinien, après le concile d'Ephèse, rendirent un éditoùon lit : « Dei templum ingressuri, foris arma relinquimus et ipsum diidema deponimus et quo submissionis irnperii speciem prœferimus, eo ma^is nobis irnperii majestas promittitur ». Anastase rapporte dans la vie de Grégoire II que le roiLuitprand « ante corpus apostoli poneret mantum.... neenon coronam auream ». Enfin nous apprenons de Jean le Grammairien que l'empereur byzantin Michel, « ad regias auteni usque portas progressus iniperator, diaderna; prout imperatores soient, non deposuit, sed ad sanctas usque fores

cum eo penetravit Et imperatore Pbotio patriarclue

stemma capite ablatum tradente, ut in sanctam mensam in ferre t. »

(i) La formule de l'inscription sfpostolicœ Sedis gratta concédante s'explique par deux textes que rapporte Fontanini, p. 31, 32. L'un est du chroniqueur Arnulphe (lîb. 11, cap. 3) au sujet de la controverse élevée à l'occasion du couronnement de Conrad II entre les archevêques de Milan et de Uavenne. « Certum est quidem (c'est l'empereur qui parle), Reverendi Patres, quia sicut privilegium est Apostolicae Sedis consecratio imperialis, ita Ambrosianœ Sedis privilegium est electio et consecratio regalis : unde rectum videtur ut manus archiepiscbpi Mediolanensis, quàé bénedi-

LOBARDIE : 7 : SEDES ! REGNI : ILLIVS : ESSE : DIGNOSCIT :

m : sco :

: oragvlo : sci : iouanis : batiste : fereo : diade-

MATE I DE : IVRE l REGNI : CORONO : TE : PVS (prius) ELEC-

tym : ivste : atqve : vnctvm : regem : fetil' (fertilis)

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