CARTES A Ï0CE
chir, recueille trop tôt son café, l'enfutaiHe a demi sec pour qu'il pèse davantage; les capitaines de vaisseau ne prennent d'ailleurs aucun soin d'écarter du café les objets du chargement capables de lui donner une odeur étrangère; cette négligence esl fatale.
Les diverses préparations du café , avant d'être pris en boisson, exigent de grands soins. La première, la torréfaction, est bien essentielle: il faut éviter de brûler le café, ce qui lui donne un goûl amer et porte l'irritation au cerveau. La seconde, l'infusion, se pratique généralement assez mal. Au lieu de jeter l'eau bouillante ou a 80 degrés, il faut n'employer que de l'eau chauffée à 58 ou 60, et la versera deux reprises différentes. Infusé à l'eau simplement chaude, le café esl limpide, brillant, exquis; c'est bien alors celte fève délicieuse que recherchent également tous les peuples.
Le café au lait fut pour la première fois mis en usage par Nienhoff, ambassadeur hollandais en Chine.
LES CARTES A JOUER
Selon Polydore Virgile, les Lydiens inventèrent les cartes pendant une extrême disette, que ce
46 CARTES A JGUEK.
jeu leur Ut presque oublier. Il esl possible que les Lydiens aient connu un jeu qui se jouait avec des tableaux figurés à l'instar du jeu de l'oie des Athéniens; mais assurément ce n'étaient pas les cartes.
Cependant les caries vinrent de l'Orient avec les échecs; cette origine semble incontestable; il exisleenlre eux certains rapports qu'on ne saurait attribuer au hasard. On a même des raisons de croire que primitivement les cartes offraient une représentation exacte des échecs; pour laisser quelque chose à décider au sort, et pour mieux égaliser les chances, les fous, les chevaliers et les (ours se trouvaient sans doute dans les premières cartes; peut-être même jouait-on à quatre, chaque adversaire ayant sa couleur, el, pour ainsi dire, son armée à faire manœuvrer.
Ces analogies sont presque prouvées par l'inspection des vieux tarots du xv c siècle, dans lesquels il y a le fou et la tour, dilc maison de Dieu. Quant au sens allégorique , il est à peu près identique dans les deux jeux , qui sont une image de la guerre : il y a encore , dans les tarots , une carte qui devait , par son apparition , produire le résultat de l'échec et mat: c'est la mort, montée sur le cheval pale de Y Apocalypse.
Originairement, les caries n'étaient pas plus nombreuses que les pièces de l'échiquier, divisées en deux bandes, l'une rouge el l'autre noire ; une augmentation de caries exigea bienlôl de nou-
CARTES A JOUER
velles combinaisons , el les deux jeux ne lurent plus soumis à des règles analogues.
Quoi qu'il en soit, les cartes étaient en usage bien avant l'année 1362, a laquelle on a prétendu fixer leur invention. Le synode de Worchesler, en 1240, défend aus clercs les jeux déshonnéles et entre autres celui du roi el de la reine; en 1299, il est parlé des cartes appelées naibi; des statuts de 1337 proscrivent les cartes sous le nom Ae pagina; enfin un édit du roi. de Caslille de 1387 les met au nombre des jeux prohibés.
On a longuement disserté pour savoir si les cartes sont françaises, allemandes, espagnoles ou italiennes ; il parait toujours certain qu'elles ne sont pas françaises, du moins les caries de tarot. Un vieux livre , le Jeu d'Or, impriméà Augsbourg en 1471 , assure, dil-on, qu'elles prirent naissance en Allemagne vers l'an 1300; M. Rivet veut que ce soit en Espagne par l'imagina live de Nicolas Pépin en 1330; M. de Longuerne, au contraire, veut que ce soit en Italie , à une époque anlèrieure.
Toujours est-il que les couleurs de caries diffèrent dans ce pays : nous avons pique, trèfle, carreau et cœur; les Espagnols ont épée, bâton, denier elcoupe; les Allemands, vert-, gland, grelot et rouge ; mais ces couleurs doivent être contemporaines du jeu de piquet, qui fut trouvé sous Charles VII, en même temps que les cartes avec lesquelles on joue encore aujourd'hui.
Jusque - là les tarots seuls étaient connus dans
CARTES A .TOL'ER
toute l' Europe : ces tarots , qui ne furent jamais reçus en France, malgré la faveur marquée de plusieurs grands personnages du xvn* siècle, ont perdu leur bizarre physionomie, en gardant leur nom ; en Sibérie , les paysans jouent le trappola avec des cartes semblables à celles de Charles Vil: en effet , les dis-sept cartes que l'on conserve au cabinet des estampes de Paris, et qu'on attribue a Grigonneur, faisaient partie d'un jeu qui était certainement une imitation de la célèbre danse macabre. Ces caries, peintes et dorées, représentent le pape, ['empereur, l'ermite, le fou, le pendu, Vécuyer, le triomphateur, les amoureux, la lune et les astrologues . le soleil el la parque, la justice, la fortune, la tempérance, la force, puis la mort, puis h jugement des âmes, puis la (Maison de Dieu.
Le nom de tarots dérive de la province lombarde Tarot, où ce jeu fut d'abord inventé, à moins qu'on ne préfère le tirer d'une allusion à la fabrication même de ces cartes, enluminées sur un fond d'or piqué à compartiments.
C'estaurègnedeCharlesVIl qu'il fautrapporler l'inventiondescarlesfrançaisesetdujeudepiquet. Les cartes cessèrent alors d'être une redilede cette danse macabre, qui revenait sans cesse attrister les regards:cetledanseburlesque et terrible, dessinée sur les margesdes missels, ciselée sur les manches des poignards, peinte dans les églises, dans les palais, dans les cimetières, rimée chez les poète» et
CARTES A JOUER
mise en musique par les ménétriers. Toutefois la mort ne disparut pas entièrement du jeu de cartes, qui redevint ce qu'il était d'abord, le jeu de la guerre. Charles VI, par une ordonnance de 1391, avait prohibé, sous peine de dis sous d'amende, tousles jeux qui empêchaient ses sujets de se livrer à l'esercicedes armes pour la défense du royaume. Ce fut pour éluder cette ordonnance que le brave Lahire , ou plutôt un servant d'armes qui s'est personnifié dans l'image du valet de trèfle sans se nommer, réforma ce jeu de tarots de manière à le meltreaurangdes exercices militaires. Le trèfle figurant la garde d'une épée, le carreau Je fer carré d'une grosse flèche, le pique la lance d'une pertuisane , le cœwr la pointe d'un trait d'arbalète , étaient les armes des compagnies armées ; les as, nom d'une monnaie ancienne, signifiaient l'argent pour la paie des troupes ; les quatre rois représentaient les quatre grandes monarchies, juive, grecque, romaine et française, car Charles VII , comme successeur de Charlemagne, pouvait prétendre à l'empire d'Occident ; David , Alexandre et César portaient aussi le manteau d'hermine et le sceptre fleurdelisé ; les quatre dames remplaçaient les quatre vertus des tarots : Jurfî'fftaulieude la force, PaUasm lieu delaj'ustice, Rackel au lieu de la fortune , et Argine au lieu de la tempérance; celte Argine, anagramme de regina, doit être Marie d'Anjou, femme de CliarlesVII,recommandableparsa piélèelsadou-
ISÏBKIOKS ÏT DÏCOIIW&IES. 3
CARTES A JOUER
ceurjles quatre valets ou varlets représentaient la noblesse de France , depuis son époque héroïque jusqu'à la chevalerie : Beclor de Troie, père de ce fabuleux Francus , qui passait pour le premier roi franc ; Ogier le Danois , l'un des pairs de Charlemagne; tahire, le plus brave capitaine de Charles VII, et le valet de trèfle, qui s'est mis en si vaillante compagnie en sa qualité d'inventeur ou de réformateur du jeu de cartes.
Il y a lieu de croire que ce jeu tout français fut d'abord imité parles Allemands, qui se l'approprièrent avec de légères modifications : ies noms des figures furent supprimés , et les quatre valets ne paraissant pas suffisants , on en ajouta quatre autres, soit comme chevaliers ou pages; on remplaça le carreau par le lapin, le cœur par le perroquet, le pique par l'œi/Ief; le (rè/ieseul ne subit aucune métamorphose. Ces cartes étaient rondes et gravées au burin.
Plus tard, en Allemagne, on imposa aui caries unnouveauchangementenyintroduisanllegreiof et le gland : le gland exprimait l'agriculture , le grelot la folie, le cœur l'amour, et le trèfle la science. Ces cartes-là eurent cours à la fin du xv" siècle et au commencement du xvi".
La gravure en taille de bois n'ayant été découverte qu'en 1423, les cartes auparavant étaient enluminées commeles manuscrits et coùtaientfort cher; en 1430, Visconti, duc de Milan, paya 4,500 pièces d'or à un peintre français pour un
CARTES A JOUER
seul jeu; mais aussitôt que la gravure permit de reproduire a l'infini une empreinte grossière, les graveurs d'Allemagne répandirent dans toute l'Europe leurs jeux de cartes, qui devinrent populaires en tombant a bas prix. La ville d'Ulm faisait un tel commerce de caries , qu'on les envoyait par ballots en Italie et en Sicile pour les échanger contre des épices et des marchandises.
Le caractère espagnol, toujours fidèle aux distinctions de rang et d'état, se fil sentir dans la substitution des copas, espadas, dinerosetbaslos, aux quatre couleurs du jeu de cartes français : les calices, copas, des ecclésiastiques, les épées , espadas, des nobles, les deniers, dineros, des marchands , et les béions , bastos , des cultivateurs, marquèrent les quatre étals du peuple en Espagne. On a voulu mal à propos interpréter de la même manière les couleurs de nos cartes, en supposant que le cœur représente le clergé, qui siège au chœur, tepique la noblesse, qui commande les armées, le carreau la bourgeoisie, à cause du pavé desvilles, eUetrèfle, les habitants des campagnes.
Eu dépit des ordonnances civiles qui ont fréquemment renouvelé la prohibition des cartes & jouer, ce jeu varié par d'innombrables combinaisons, s'est toujours maintenu à la lête des jeux avec les échecs et les dames. Le lansquenet, le piquet, la triomphe, la prime,le (lux, le trente-et-un, le mariage, et une foule d'autres eurent successivement ia vogue dans les tavernes et dans les