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LE CAFÉ

Le café, d'abord objet de luxe sur les tables des grands et des princes, a fini par devenir une véritable nécessité , puisqu'il s'en consomme aujourd'hui annuellement en Europe plus de 25 millions de kilos. C'est dans la haute Ethiopie qu'on place plus volontiers son berceau. Les Persans l'ont connu ensuite; ils racontent que Mahomet étant malade, l'ange Gabriel inventa celte boisson pour lui rendre la santé.

Les Arabes ont aussi leur fable. Un pauvre derviche, disent- ils, ne possédait qu'une cabane et quelques chèvres. Un jour qu'elles revenaient du pâturage, il remarqua leur extrême agitation, et

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observa qu'elles broutaient les petites branches el les fruits d'un arbrisseau qu'il n'avait pas encore aperçu. Il en essaya l'effet sur lui -môme, et éprouva une gaieté surnaturelle.

Quoi qu'il en soit de son origine, il est certain qu'au milieu du ix* siècle de l'hégire, xv° de l'ère chrétienne , les Arabes commencèrent à cultiver le café. Un mufti d' Aden y introduisit celte boisson ; l'usage en devint si commun , que les faquirs en prenaient même dans la mosquée.

D'Aden le café s'étendit à la Mecque, à Médine, au Caire, à Damas. Il eut sans doute bien despersécutionsàsouffrir;maisilen triomphas! bien, que nous le trouvons, en 1561, sous Soliman H, servi en Grèce etsurtoutàConstantinople. Aujourd'hui en Turquie, en Égypte, le café tient lieu devin.

Voyons maintenant le café pénétrer chez les chrétiens. En 1614, un marchand nommé Edward l'introduisit à Londres, cten 16"5,sousCharlesïf, on ferma, comme foyers detroubles, jusqu'à trois mille salles où se prenait celte boisson.

Ce ne fui que dis ans après les Anglais que l'on commença à en boire en France, grâce au Vénitien Pietro délia Valfe, qui vint à Marseille en 1654. A Paris on ne le connaissait pas encore ; seulement sous Louis XHI il se vendait au Pelit- Chatelet de la décoction de café nommée cahové. Soliman - Aga , ambassadeur de la Porte près Louis XIV, en 1699, introduisit véritablement le café a Paris. Quelques années après, Pascal, Ar-

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ménien, s'établit à la foire Saint- Germain; puis un Sicilien, Procope, vint ouvrir un établissement semblable en face de la Comédie-Française.

Jusqu'alors le café était apporté d'Orient. Nicolas Wilsen , d'Amsterdam , fut le premier qui , en 1690, transporta l'arbre de Moka à Batavia. Cet essai eut les plus heureux résultats. Nos colonies doivent ce fruit à M. Declieux , enseigne de vaisseau, Par un dévouement admirable, dans tout le cours d'une traversée longue et périlleuse, il avait parlagè ses rations d'eau avec son arbrisseau. Ce premier pied fut une des sources de fortune de la Martinique, de la Guadeloupe , puis de Cayenne, de Bourbon, de la Jamaïque.

Le café, petit arbre ou arbrisseau toujours vert, n'a pas moins de vingt-trois espèces. En Arabie, il s'élève jusqu'à la hauteur de 13mèires.Le tronc de cet arbrisseau jette d'espace en espace , dans sa partie supérieure, des branchesun peu horizontales toujoursopposéesdeuxà deux. Ces branches sont garnies, dans toutes les saisons, de feuilles entières ; de l'aisselle de la plupart d'entre elles sortent de petits groupes de fleurs charmantes au nombrede quatre ou cinq, soutenues chacune par un court pédoncule. La base qui remplace la fleur est un fruit vert clair, tenant par une petite queue au nœud de la branche. Ces fruits sont quelquefois très-serrés les uns contre les autres. Ils blanchissent, puis jaunissent, deviennent rougea 1res, puis d'un beau rouge, enfin d'un rouge obscur dans

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leur parfaite maturité. On appelle café en coque le fruit entier et desséché; café mondé, celui qui est dépouille de sa coque et de sa peau. Tous les climats sont favorables au cafier, pourvu que ses racines pénètrent facilement le sol. On le plante de deux manières, à demeure et en pépinière: h demeure, dans les quartiers pluvieux et exposés aux ouragans ; en pépinière, dans les endroits où il pleut rarement.

A la Guadeloupe, le carré de terre planté en café contient communément 2,500 pieds et rapporte 25 quintaux de grains : une livre par pied , produit moyen. Le carré des colonies équïvaul à près de deux hectares. Les cafiers rendent quelquefois jusqu'à 2 kilogrammes de fruits, quand le terrain est fertile. Les vieux arbres donnent un fruit plus mur et plus parfumé.

En Arabie, la récolle se fait 6 trois époques; la plus considérable, au mois de mai. On étend des pièces de toile sous les cafiers qu'on secoue ; tous les grains mûrs se détachent et tombent. On les met dans des sacs, puis on les fait sécher sur des nattes. Alors on brise la coque sous des cylindres de bois ou de pierre. Une fois les grains dépouillés de leur enveloppe et séparés en deux fèves, on les expose au soleil.

Le moka l'emportera toujours sur les espèces d'Amérique. L'Arabe, plein de sollicitude pour son arbrisseau précieux , ne songe qu'à le faire prospérer; tandis que le colon, pressé de s'enri-

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