CHAUSSURES
laicnt quelquefois d'un pied, les seigneurs et les princes de deux. Les anciens Bornai us avaient porté des souliers de cette espèce, relevés en pointe, dont l'extrémité avait la forme de la lettre F.
Une ordonnance royale de 1377 interdit en France les souliers dits à la poulaine. Cette grotesque chaussure fut remplacée, sous Charles VI, par des souliers d'un pied de large. Dès 1 462, un statut d'Edouard IV défendit aux gentilshommes anglais au-dessous du rang de lord de porter des souliers ou des bottes dont la pointe eicédât deux; pouces. Quelques personnes n'avaient pas encore quitté les souliers à la poulaine du temps de François I ar ,
En Angleterre, les souliers eurent, dès 1633, la forme usitée aujourd'hui ; on y adapta des boucles en 1670. On a prétendu que les moines de Saint-Martin de Tours portaient autrefois des miroirs à leurs souliers. La semelle des chaussures chinoises est épaisse et composée de gros papiers, renforcée en dessous par un cuir : ces souliers sont élevés par devant et tiennent les doigts écartés et relevés en l'air.
Les habitants du Kamtchatka fabriquent des souliers avec lu peau des baleines.
Monuments imposants de la foi des siècles passés, après avoir annoncé toutes nos victoires, célébré toutes nos fêles, les cloches de France ont été, pour la plupart, converties en gros sous par la misère ou l'avidité à l'époque funeste de 1793. Nos belles cloclies, nos harmonieux carillons no font plus retentir les airs de leur monotone et grandiose mélodie. Dans plusieurs églises, il est vrai, on conserve de bonnes cloches ; mais l'art de les mettre en branle n'esisle plus, et des sons discordants qui se heurtent ou se succèdent inégalement etsana cadence.viennentseulsfaliguernos oreilles assourdies. Il y avait pourtant dans la voix puissante de cet instrument, dans l'admirable combinaison de son harmonie, dans le majestueux prolongement de ses ondulations sonores, quelque chose qui disposait l'âme à de mélancoliques pensées, etluifaisaitéprouver des jouissances intimes et toutes poétiques.
On attribue communément aus Égyptiens l'invention des cloches, llsprétendenten posséder une que Noé travailla par l'ordre de Dieu. Kircher dit qu'elles faisaient un grand bruit pendant les fêtes d Osiris. Les Athéniens s'en servaient pour cotivo-
(il
quer le peuple aux sacrifices de Proserpine el de Cybèle. Les Romains indiquaient par elles l'heure des bains, l'ouverture des marchés. Zonaras raconte que lorsqu'on portait un Romain en triomphe, on suspendait à son char un fouet et une clochette, pour lui rappeler qu'il pouvait encore faillir , et par conséquent être battu de verges et condamné à mort. En efTet, ceux que l'on conduisait au supplice portaient une clochette pour avertir le peuple de se retirer et de ne point toucher le criminel, de crainte d'être souillé. Chez les Hébreux, la robe que portait le grand prêtre dans les cérémonies était garnie de clochettes d'or.
Nonobstant ce qui précède , l'invention réelle des cloches n'appartient qu'aux iv 8 el v" siècles ; avant celte époque , il n'y avait aucun instrument dece genre dont la dimeusion dépassât celle de nos sonnettes ou petites cloches. Ce fui en Italie, vers l'an 400, qu'on fabriqua les premières; et la ville de Noie, en Campanie, est généralement regardée comme le lieu de leur découverte.
Leur introduction dans les égliseset leur emploi pour appeler les fidèles aux offices ne remontent pas au delà du vi" siècle ; ce ne fut que beaucoup plus tard que l'usage s'en répandit dans toutes les églises et couvents de la chrétienté.
L'existence des clochesau vir 3 siècle est révélée par un événement qui prouve en même temps qu'elles étaient alors forl peu connues. Lorsqu'en 657 Clotaire assiégeait Orléans , saint Loup, éve-
que de celle ville, Gt sonner les cloches de l'église Sainl-Étienne; les soldats furent tellement effrayés en cnlendantpourlapremièrefoisces instruments sonores, qu'ils se mirent a fuir, et Clotaire fut obligé de lever le siège.
L'usage de sonner les cloches pourles morts est fort ancien, et l'on en faisait souvent l'objet d'une clause testamentaire. Celle disposition est notamment conçue d'une manière curieuse dans le testament de François P r ,duc de Bretagne, on 1450.
Les légendes ont attribué des effets merveilleux au son des cloches : par exemple, Surius rapporte que dans plusieurs monastères la cloche résonnait d'elle-même quand un religieux rendait ledernier soupir. Giraldus parle, au xu* siècle, d'unecloche sur laquelle on prononçait tous les joursdes paroles mystérieuses, parce que, si l'on eûl omis ce soin , elle serait partie d'elle-même dans une église voisine; enfin le son des cloches passait pour préserver du démon, d'une foule de maux et d'accidents, pour détourner la foudre et dissiper les orages.
C'est pour placer les cloches, objet d'une admiration universelle, qu'on bâtit ces clochers hardis, ces tours élevées qui décorent presque lous nos beaux monuments gothiques. Mois , avant la construction de ces édifices , on plaçait la cloche dans l'inlèrieurde l'église. Uexisteméme une ancienne loi qui prévoit d'une manière singulière les accidents qui résultaient de la chule d'une cloche, Ainsi la cloche, tombant uuus l'église, luait-olle
ou blessait-elle quelqu'un, l'église payait de son revenu une grosse amende; mais si le curé ou le sonneur étaient les victimes, aucun dédommagement ne leur était accordé.
Tour à tour organes de nos joies et du nos douleurs nationales, les cloches annonçaient tous les grands événements. La vieille tour de Soint-Germain-l'AuxerrOis contient encore une cloche qui donna l'affreux signal du massacre de la Saint- Barthélémy. La plupart des inscriptions gravées sur les cloches à une époque même assez reculée, expriment les diverses circonstances dans les— quellesellesélalenl employées. Voici l'uned'elles: a Je loue le vrai Dieu; j'appelle le peuple; je rasu semble le clergé ; je pleure les morts ; j'écarte les m orages; je célèbre les fêles. » Plusieurs de ces inscriptions illustraient aussi des familles, ou donnaient aux villes qui les possédaient une certaine gloire ïlaclochedeSainl-PantaléondeComniercy, fondue en 1 752, eu! pour parrain le roide Pologne, et s'appelle Stanislas ; celle de Kouen porte le nom de son donateur, Oeorges d'Amboise; celle de Saiot-Évrede Naucy, fondue en J691, le nom du duc de Lorraine, Charles ni. Elle faisait, par parenthèse, vibrer des accords si mélodieux que Louis XIV, pendant son séjour à Naucy en 1674, la faisait sonner en volée pendant ses repas; elle fut cassée en 1747.
Les grandes cathédrales, les riches abbayes étaient pourvues de plusieurs cloches ayant clm-
-eu ne leur destination différente,?! savoir : la cloche d'honneur, qui annonçait l'arrivée d'un personnage important; la clochedejoic, pour les événementsheureux; la cloche commune, qui indiquait les heures du travail , du repos, les réunions pour certaines affaires publiques; la cloche funèbre, dont le tintement lugubre apprenait l'agonie ou la mort, l'excommunication ou l'exil ; enfin la grosse cloche, qui sonnait le tocsin.
Les plus grosses cloches au xvn" siècle étaient l'Emmanuelle, de Paris, fondue en 1 682, pesant 81 milliers; Georgesd'Aml/oise,daS.aven, 33 milliers ; celle de Sainl-Étienne à Vienne en Autriche, 36 milliers et plus; mais les cloches de Nankinet de Pékin sont plus grosses encore que celles d'Europe; en revanche elles ont un moins beau son. Les Russes vénèrent leurs cloches jusqu'à la passion. Celle de Saint- Yvan est du poids de 51,000 kilogrammes. Moscou en possède une autre d'un calibre bien plus extraordinaire encore; elle est située dans un fossé profond, au milieu du Kremlin, y a été fondue et jamais n'a pu être soulevée. Cette montagne de métal pèse 240,000 kilogrammes. On croit que c'est un don de l'impératrice Anne, successeur de Pierre le Grand.
Anne de Bretagne, passant par Chartres, enlendilun enfant de chœur dont la voix et le chant la captivèrent. Elle pria les chanoines de le lui laisser pour remmener avec elle; le chapitre y consentit. « Messieurs , leur dit la reine en leur
adressant ses remerclmenls , je ne veux pas que vous y perdiez ; au lieu d'une petite voix argentine et flûtée, je vous en promels une qui se fera entendre ii quatre lieues à la ronde. » Elle tint parole, et la cathédrale de Chartres eut à se glorifier d'avoir la cloche la plus belle et la plus forte de la ville.
Le baptême des cloches remonte au moins au vii'siècle. Àlcuin, précepteur de Charlemagne, en parle comme d'un usage antérieur à l'année 770. Les plus illustres personnages regardaient comme un honneur d'être choisis pour parrains et marraines d'une cloche, etleurnom gravé surl'instrument transmettait, comme nous l'avons vu , à la postérité le témoignage de leur munificence et de leur piété. Celle cérémonie ce célébrait avec une grande pompe : la cloche était couverte de riches étoffes , et suspendue sous un dais au milieu de la nef, elle clergé, revêtu d'ornements blancs, accompagné du parrain et de la marraine, la bénissait solennellement en récitant diverses prières et en chantant quelques psaumes. Cette cérémonie, bien simplifiée, consiste aujourd'hui à répandre sur la cloche de l'eau qui a été bénite avec un mélange de sel el d'huile des catéchumènes. On la lave à l'intt rieur elau dehors, ensuite le prêtre célébrant y fait sept onctions cruciales avec le saint chrême, trois en haut et quatre en bas , frappe la cloche avec le ballant, et en fait faire autant aux parrain el marraine.
L'emploi des clochesestconsidèré.dansl'Église catholique, sous un double aspect : d'abord, elles onlpour objetprincipal la convocation du peuple à la prière et aux offices divins ; puis elles sont encore considérées comme le simulacre sur la lerrede la voix de Dieu, et une sorte de manifestation de sa grandeur. C'est dans ce sens qu'on chante pendant la cérémonie de leur bénédiction ces magnifiques paroles de David : « La voix duSeigneur se faiten tendre surles eaux, fait sortir des nues le feu et les éclairs, ébranle le» déserts et brise les cèdres du Liban. »
La réunion de plusieurs cloches de diverses grandeurs; gouvernées par un clavier, forme ce qu'on appelle un carilion. C'est dans la Flandre que ce gigantesque instrument a été inventé , qu'il s'est étendu et perfectionné. Cette invention remonte assez haut, puisqu'une maison située à Gand en 1398 était déjà nommée le Carillon. Presque tous les bourgg de Belgique et de Hollande possèdent des carillons quel'on joue au moyen d'un clavier sur lequel on frappe avec les poings ; d'autres sont soumis à l'action d'un cylindre. On rencontre, dans ces pays, des hommes d'une habileté extraordinaire, qui parviennent à exécuter des airs du mouvement le plus rapide. Les plus célèbres carillons étaient ceux de Delft et d'Anvers.
Plusieurs peuples de l'Asie ont aussi des carillons; Dampier assure en avoir trouvé un dans les lies Philippines ; on y complaît seizeeloches ; enfin
DESTELLES.
les Chinois suspendent aux diverg étages de leurs tours un grand nombre de clochettes que le -vent agite et fait sonner. C'est à co dernier genre de carillon que se rattache une harmonie étrange; de mémesurles montagnes eldans les pâturages delà Suisse, on rencontre une quantité innombrable de bestiaux qui ne sont gardés par aucun pâtre, et errent dans la vaste enceinte où ils sont placés. Ces bestiaux portent tous de petites clochettes de diverses grandeurs, qui produisent des sons varié9 a l'infini. Tous les calculs de la science seraient impuissants pour imiter ce prodigieux carillon. Le hasard forme ainsi des combinai sons harmoniques, des mélodies bizarres, indéfinissables et pleines de charme. L'écho répète ces accords extraordinaires qui forment , avec le murmure des ruisseaux , le mugissement des torrents el le sifflement du vent, la seule mais admirable musique qu'on entende dans ces lieux sauvages et pittoresques.