FOURRURES
excitent la convoitise du chasseur. C'est celle immense étendue de pays qu'exploite la compagnie de l'Hudaon.
C'est une industrie bien aventureuse que celle des fourrures. Pour orner la longue robe de quelque mandarin chinois, pour flatter les caprices d'une petite maîtresse qui , en roulant son boa autour de son cou, ne se doute guère des périls affreux qu'on a dû surmonter pour conquérir ce futile objet de toilette, il faut que des hommes intrépides s'enfoncent dans des forêts impénétrables, vivent des années entières au milieu des glaces pendant l'hiver, des insectes malfaisants pendant l'été, tantôt dirigeant de nombreux canols dans l'intérieur du pays, établissant des lentes sur les bords d'un lac ou d'une rivière, sans cesse en quête du gibier qui doit soutenir leur existence; enfin passant les temps les plus durs de l'année dans les forts, où, lorsque la chasse a été mauvaise, ils sont réduits à mourir en quelque sorle de faim.
LacompagniederHudsonfutinvestie,enl670, du privilège exclusif de commerce avecles Indiens du nord et de l'ouest de la baie. Mais le Canada fut, pendant prèsd'un siècle encore, colonie française; les Canadiens français continuèrent donc le commerce des fourrures avec les indigènes. Les coureurs de bois ( c'est ainsi qu'on les appelait) , race entreprenante, infatigable, s'aventuraient sans crainte dans les bois, au milieu des peuplades indiennes, se pliant peu à peu aux mœurs grossières
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de leurs compagnons, s 'habituant, à leur langage; quelques-uns s'unissaient avec les naturels par h* liens du mariage, nu se faisaient adopter par des familles indiennes; dételle sorte qu'à la lin les rives lointaines du lac Sopérieui et du lac des Bois leur furent aussi connues que les environsde Montréal. A cette époque , d'abondantes moissons de fourrures les dédommageaient de leurs fatigues, quoiqu'en général ce fussent des marchands de Montréal , gens vivant tranquillement chez eux , qui fissent les bénéfices les plus considérables et les plus sûrs; en effet, les coureurs, en acquérant les qualités distinclives des Indiens, contractaient aussi leurs défauts; ils se laissaient surtout aller à une imprévoyance extrême. Un hiver suffisait pour dissiper ies bénéfices de deux ou trois campagnes laborieuses , et quand la saison de la chasse arrivait, il fallait reprendre la roule des grands bois.
La vie vagabonde des coureurs était peu propre à perfectionner leurs qualités morales et celles de leurs compagnons, les Indiens. Impatients de convertir les naturels à la foi chrétienne, les missionnaires lazaristes suivirent la trace des coureurs de bois dans les steppes immenses où ils erraient; quelques-uns s'établirent jusqu'à six cents lieues des colonies anglaises. Ces apôtres intrépides s'habituèrent à la vie sauvage, se firent les compagnons des hommes dont ils avaient résolu la conversion. Leur présence au milieu des chasseurs avait l'heureuse influence d'intimider les vices de
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ces hommes à demi barbares La conséquence inévitable de la conduite paternelle des missionnaires et des relations continuelles des voyageurs avec les Indiens, fut que la domination française acquit sur les indigènes une force que l'Angleterre a détruite à peine depuis qu'elle possède le Canada.
Avant l'expulsion des Français de ce pays, les chasseurs poussaient leurs excursions jusqu'aux bords du Saskatchewan; deux d'entre eux avaient lente môme de franchir les Montagnes-Rocheuses pouraltcindrelesrivesde l'océan Pacifique. Quant à la région septentrionale , elle ne fui pas entièrement explorée ; elle étail considérée comme formant le territoire de la compagnie de l'Hudson. Après la conquête du Canada par l'Angleterre, le commerce des fourrures prit un nouvel essor; mais d'abord les excursions des chasseurs anglais se renfermèrent dans les limites du lac Supérieur; un d'eux cependant s'avança avec quatre petites embarcations jusqu'au Forl-Bourbon , ancien poste français siluè sur le Saskatchewan. Le succès de eetle tentalive amena plus tard la réunion de tous les marchands de fourrures. Cette association prit, en 1783, le nom de Compagnie du Nord-Ouest.
Cette compagnie établit une communication entre Montréal et ses stations lointaines par la construction duFort-William.Ce lieu de rendez-vous, ouvert aux chasseurs, devint bientôt un vaste établissement. Le régime du fort était celui d'une caserne; les chefsd'expéditionsfaisaientlesfonclion»
d'officiers; les commis, de sous-officiers; les Français etleslndienscomposaienlle corps de troupes.
La roule par l'Ottawa était !a plus suivie jusqu'en 1821, c'csl-a-dire avant que le Fort- William eût perdu, par ta réunion des compagnies du Nord -Ouest et de l'Hudson, son titre et ses privilèges de capitale du désert.
Dans les premiers jours de moi, époque où le Saint-Laurent est ordinairement débarrassé de ses glaçons, on réunissait les canots par escadrille, dans la baie de la Chine, à l'extrémité de l'île de Montréal.
Les marchandises destinées aux échanges une fois empilées dans les barques avec le biscuit, la viande de porc et les pois secs, les voyageurs se tenaient prêts à partir. A un signal convenu, tous les canots quittaient la rive à force de rames , au bruit des refrains français entonnés par la voix rude des mariniers. La troupe se dirigeait d'abord vers la rivengrd du Saint-Laurent, à l'endroit où l'Ottawa, après avoir traversé le lac des Deux- Montagnes , vient mêler ses eaux È celles du grand fleuve. Ce lac des Deux-Montagnes a vingt milles de long sur trois de large ; à son extrémité, il se resserre et redevient l'Ottawa; quinze lieues plus loin, on trouve une série de rapides d'une grande violence. Là commençaient les terribles obstacles eonlre lesquels les voyageurs avaient à lutter dans leur pénible excursion. Pendant seize à dix • huit jours , ils faisaient environ 280 milles,
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tantôt remorquant les embarcations, les marchandises sur le dos, tantôt portant bateaux et provisions comme des bêtes de somme.
L'endroit où aboutissait ia première de ces opé râlions s'appelait les décharges; celui où les barques et le chargement étaient tirés du fleuve pour Cire transportés à force de bras, se nommailportage. Ils quittaient ensuite l'Ottawa pour suivre uneautre rivière, qui, après un second porfaj/e, les jelaitduns le lacNippissing; de là un cours d'eau entrecoupé de nombreux rapides ies menait dans la partie supérieure du lac Huron; enfin ils entraient dans le lac Supérieur, dont ils longeaient larive jusqu'à ce qu'ils a [teignisse ni Fort-William, Telle est encore a peu près la marche des convois.
Le moment de l'arrivée de cette expédition esl combiné de manière à coïncider avec le retour au fort des hiverniers, qui, selon les règlements, onl passé tout l'hiver a la chasse, et viennent se faire relever par une troupe nouvelle. Si les cargaisons de fourrures queceshiverniersapportent de l'intérieur sont abondantes etbelies, la scène des échanges est des plus animées. C'est un spectacle curieux que de voir ces hommes à figures sauvages défaire leurs bailotsde fourrures .étalerfièremenlleur bu- Un, faire le compte de ce qui leur est dû, recevoir leur salaire , contracter un nouvel engagement, el s'entretenir familièrement avec leurs patrons. Après diner, propriétaires et commis , interprètes etguides, se réunissent dansia grande salle, etcélè-
brent par de copieuses libations l'heureux succès de la campagne; quant aux Indiens et aux voyageurs canadiens, c'est dans la cour el en plein air qu'ils prennent leurs ébats. Les spéculateurs vennsde Montréal prétenlune oreille attentive au récit des aventures des chasseurs, et ces récits sont toujours empreints d'un intérêt saisissanlel qui impressionne au plus haut point les auditeurs. UnAnglaisquisetrouvaitàFort-WilIiamenl817, au moment d'il ne de ces joyeuses réunions, assure que la troupe des chasseurs nomades se composait d'Anglais, d'Italiens, d'Irlandais, de Danois, d'Écossais, de Suisses, deFrançais, d'Allemands, d'Américains, d'Africains et de créoles dé sang mêlé. D'après ceci, on peut se faire une idée de la variété de physionomie et de langage qu'offrent ces singulières assemblées.
Les animaux auxquels on faitla guerre la plus acharnée dans le nord de l'Amérique sont les ours de diverses couleurs, plusieurs variétés de renards, les castors, les blaireaux, leB lynx, les muscs, les lapins, les lièvres et les écureils.
Le bison n'eslpas épargné par les chasseurs, qui vendent sa chair et sa peau. La fourrure du renard noir est ia plus estimée ; celle du renord rouge est exportée en Chine, où on l'emploie en garnitures el même en robes qu'on décore de la fourrure noire des pattes de cet animal. On trouve quelquefois des peaux d'ours et de renards blancs des régions arctiques dans les ballots envoyés en Eu- Inumu» «i McoranM. g