LA SOIE
La soie, celte brillante matière produite par un insecte, fui d'abord trouvée dans les forets naturelles de l'ancienne Serica, province de la Chine"; c'est pourquoi elle a été nommée «ericum par les Romains, soie par les Français.
La culture de la soie a commencé en Chine 700 ans avant Abraham et 2,700 ans avant Jésus- Christ. L'empereur Houng-Ti (empereur de la terre), qui régna sur la Chine plus de cent ans, et qui rendit son nom immortel en enseignant aux Chinois à construire des maisons, des vaisseau* , des moulins , des chars el autres ouvrages pour le bien-être de son peuple, a de plus déterminé sa femme Si-Ling-Chi a porter son attention sur le ver à soie , son plus grand désir étant que l'impératrice pût contribuer aussi au bonheur de l'empire. Aidée de ses femmes, l'impératrice Si- Ling-Chi alla prendre des vers à soie sur les arbres et les introduisit dans les appartements impériaux. Ainsi élevés, protégés et abondam-
soie. v 183 ment nourris avec des feuilles de mûrier, ils produisirent une soie bien supérieure à celle qu'on recueillait dans les bois. L'impératrice apprit aussi à ses femmes l'arl de manufacturer la soie ou de la mettre en œuvre.
La soie, sa préparation, sa tissure, continuèrent d'Être la principale occupation des impératrices qui succèdèrenta Si-Ling-Chi, des appartements étaient spécialement consacrés à cet objet dans le palais impérial. L' exemple donné d'un si haut rang ne resta pas infructueux, le travail de la soie devint bientôt l'occupation d'une partie de toutes les classes en Chine, et en peu de temps l'empereur, les princes, les mandarins, les savants, les courtisans, tous les riches se revêtirent de brillantes étoffes de soie, et finalement la soie devint une grande et inépuisable source de richesse pour cet empire.
De la Chine, la soie fut exportée dans l'Inde , en Perse , en Arabie , et même dans toute l'Asie. Les caravanes deSérique achevaient leurs vo yages, des côtes éloignées de la Chine à celles de la Syrie, en 243 jours. Les expéditions d'Alexandre en Perse et dans l'Inde ont amené la première connaissance de la soie en Grèce , 350 ans avant Jésus-Christ, et les cours de la Grèce, au milieu de l'opulence et du luxe , firent des demandes considérables de soie. La Perse fut, pendant longtemps, le marché où s'approvisionnaient les Grecs, et devint très-riche par le commerce de
soie qu'elle lirait de la Chine. Les anciens Phéniciens prirent part aussi. aux trafics de la soie, et l'introduisirent finalement dans l'est de l'Europe. Mais, pendant longtemps encore après, on ne savait pas en Europe ce que c'étaitque la soie: cenï mêmes qui l'apportaient ne la connaissaient pas, ne savaient pas comment elle etail produite, ni où était le pays deSérique, d'où elle provenait.
A Rome, vers l'an 280 de l'ère chrétienne, un vêtement de soie était considéré par l'empereur comme un luxe de trop grande dépense, même pour une impératrice; et celle impératrice était sa femme Severa. La sole se payait alors son poids d'or. Cependant, a cette même époque, beaucoup de Romains, moins scrupuleux que l'empereur, ne trouvaientpasquele prix de la soiefût inabordable.
Il n'y avait pas encore longtemps que le siège de l'empire romain avait été Iransférè à Conslantinople, quand on parvint a reconnaître d'une manière certaine la nature et l'origine de la soie, et quand le mystère de celle longue expédition des Argonautes à la conquête de la Toison d'or fut enfin révélé à l'Europe.
Au vi" siècle, deux moines missionnaires revenant de la Chine se présentèrent à la cour de Juslinien, à Constanllnoplo ; ils avaient apporté avec eux de la graine de mûrier, et apprirent il l'empereur qu'ils avaient découvert la manière d'élever les vers à soie. Quoiqu'il fût défendu en Chine, sous peine de mort, de sorilf des vers k
soie do l'empire, Jnslïnien Dt à ces deux moines des promesses si libérales, elles persuada si bien, qu'ils entreprirent une nouvelle expédition, et revinrent par la Bucharie et la Perse à Constantinople, en 555 , avec des œufs de ce précieux insecte cachés dans le creux de leur bâton de pèlerin. Jusqu'à celte époque, les immenses manufactures d' étoffes de soie des villes phéniciennes Tyr et Béryle avaient reçu leurs provisions de soiegrégedela Chine par la Perse, Alors une nouvelle Ère commença.
En Grèce , la culture du mûrier et les manufactures de soie couvrirent bientôt toul le pays ; les plus nobles familles y contribuèrent elles-mêmes par leur exemple. A la chute de l'empire romain, l'Arabie devint le siège et le centre des sciences , des arts , de la civilisation. Après les conquêtes de Mahomet II , les Sarrasins ou Arabes plantèrent le mûrier et encouragèrent la culture du ver à soie partout où ils avaient établi leur domination, soit dans les lies, soit sur les bords de la Méditerranée. La soie et le mûrier avaient été Introduits en Espagne et en Portugal par ces mômes Arabes, lorsqu'ils eurent conquis ce pays en 711. Ce sont aussi ces conquérants éclairés qui ont fait sortir l'Espagne de l'état barbare dans lequel elle était plongée.
De la Grèce, la culture du ver à soie fut introduite en Sicile et à Naples, en 1146. U elle est restée longtemps mystérieuse, et ce ne fut qu'en
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1546 qu'elle se répandtlen Piémont et dans toute l'Italie. Celte culture est aujourd'hui si étendue en Italie , que les deux tiersde tout ce que son commerce fournit aux autres pays consiste en soie. La première introduction de la culture de la soie en France date de 1494; mais elle ne s'y est élablie avec succès qu'en 1603 par les soins de Henri IV, don! le nom se conserve dans un perpéluel souvenir pour ses nobles et bienfaisantes actions ei pour ses utiles travaux. Olivier deSerres partage avec lui la gloire de la plantation des mûriers en France, plantation à laquelle Sully apportait des obstacles par erreur el parde fausses idées. Colbert, dans le siècle suivant, continua de favoriser efficacement la culture de la soie; et, finalement, la soie el sa manufacture sont devenues l'une des sources les plus productives de l'opulence de la France.
Quoique la France produise beaucoup de soie, elle importe cependant, chaque année, pour 30,000,000 de francs de soie grége, ou un tiers de ce qu'elle met en œuvre dans ses manufactures.
Quant à l'Angleterre , on a trouvé que l'humidité de son climat ou d'autres causes ne permettaient pas d'y élever le ver à soie avec profit; el les essais qu'on y avait entrepris ont été abandonnés. . .
La soudaine et extraordinaire extension des manufactures de soie en France el en Angleterre pendanl les quinze dernières années, est attribuée
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principalement à la machine inventée en France par Jacquard , et l'on reconnaît que l'impulsion éprouvée par le commerce de la soie est l'effet de cette même machine, à laquelle on a donné le nom de métier Jacquard. Ce métier est construit de manière àeséculer un grand nombre d'opérations qui auparavant étaient partagées entre beaucoup de bras ; el il les exécute avec une économie importante dans le temps el dans les dispositions préliminaires ; enfin il est si décidément supérieur a tous les aulfes métiers pour toutes les variétés curieuses de tissus de soie, qu'il est actuellement le seul employé en France et en Angleterre.
Aux États-Unis d'Amérique, pays que la nature a largement favorisé sous tous les rapports, l'introduction de la culture de la soie est couronnée d'un plein succès, et cependant elle n'estdue qu'au seul effort individuel. Un jour, la culture du mûrier, la production de la soie et les manufactures de soie y deviendront une source de richesses pour la nation, et l'encouragement à cette industrie constituera un caractère essentiel du système américain. Actuellement la soie importée pour la consommation dans les États-Unis vient le plus ordinairement de France et d' Italie.
La culturede la soie fut introduite en Amérique A une date déjà assez éloignée. Jacques I er , roi d'Angleterre , il y a plus de 200 ans , envoya en Virginie, non-seulement des mûriers et des vers à soie, mais aussi un livre composé d'instructions
188 sois, sur leur culture, el employa tous les moyens pour en favoriser l'extension, en môme temps qu'il s'efforçait de faire abandonner la culture du tabac. La législature vint en aide aux intentions du roi, et , bientôt l'Angleterre recul des soies recueillies en Virginieet en Géorgie... Franklin venait d'établir une filature de soie a Philadelphie quand la guerre de l'indépendance commença... Pendant pins de 70 ans, on a cultivé la soie dans le Connecliculà peu près selon le système suivi en Chine depuis plus de 4,000 ans, et les habitants y trouvaient un notable profit. Les Américains n'ignorent pas qu'en Chine on donne à manger aux versa soie h toute heure de nuit et de jour. On reconnaît aux Étals-Unis qu'il y a de l'avantage à ne pas laisser élever les mûriers au-dessus de 8 à 10 pieds. Le mûrier multicaule y fut introduit en 1840 ; il y réussit très-bien, et ne souffre pas des hivers. Son introduction a été considérée comme une nouvelle source de prospérité , el a réalisé l'espérance de pouvoir faire deux rècolles de soie dans un an; M. Pascalis l'avait prédit en 1830. La soie des vers qui en sont exclusivement nourris est d'un blanc de neige el d'une force supérieure. Un fabricant, M. Charpentier, a reconnu que la soie américaine avait la fibre plus forte et d'une meilleure qualité que celle du Bengale, de la Chine el de la France. Quant aux plantationsde mûriers, aux magnaneries , aux manufactures où l'on met la soie en œuvre, elles sont nombreuses aux États-Unis.