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LE SUCRE

Le sucre n'aétè connuqueforl tard en Europe.

Les anciens écrivains n'en font aucune mention; il est a peine indiqué par un court passage de Théophrasle, qui a terminé sa carrière trois siècles avant Jésus-Christ. Pline l'Ancien et Dioscoride, qui écrivaient dans le i" siècle de notre ère, le décrivent avec des caractères d'après lesquels il est facile de juger <fue la substance dont ils parlent devait être du sucre candi. Selon Paul d'Égine.lé sucre était encore peu répandu au vn e siècle; il n'était guère en usage que comme médicament ou aliment de luxe sur la table des princes. J)e longues années se sont depuis écoulées avant que l'usage en soit devenu général.

La canne b sucre est originaire de l'Asie orientale; elle croit naturellement dans le sud de la Chine, dansl'arcbipel Indien, et dans les royaumes de Siam et de Cochinchine. C'est de là qu'elle parait avoir passé dans l'Hindoustan; puis, -beaucoup plus tard, en Arabie , et enfin dans les parties de l'Asie et de l'Afrique qui bordent la Méditerranée, en Nubie, en Ethiopie, etc.

Avant ces transmigrations de la plante ellemême, qui ont donné le moven de fabriquer le sucre plus prèsdu consommateur, l'usage s'en in-

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Iroduisait avec une eslréme lenteur chez les Occidentaux. Il fallait que cet article passât de main en main, delà Chine dans les ports de l'Inde, de là , dans le golfe Persique ou dans la mer Rouge , et qu'il achevât, par la voie des caravanes, jusqu'au littoral de la Méditerranée , la roule qu'il avait à parcourir. Les trafiquants de ces temps éloignés avaient à se charger d'articles plus prècieu* , et dont l' encombrement était moins grand; il n'est donc pas étonnant que le sucre soit resté une chose rareel presque de curiosité. Ce sont vraisemblablement les invasions de Sarrasins qui ont développé en Europe le besoin de celte consommation .

''"Dès !e vin° siècle, ces Arabes acclimatèrent dans l'Espagne, qu'ils venaient de conquérir, la canne à sucre, dont la culture et la préparation leur étaient familières. Les royaumes de Valence, de Murcïe et de Grenade furent les premiers dotés de cette importation. Les plantations s'y sonteonservées au point qu'en I6G4 elles avaient toujours de l'importance, et qu'aujourd'hui quelques-unes subsistent encore.

Dans le cours du ix e siècle , les Sarrasins, devenus maîtres des lies de Rhodes, de Chypre, de Crète et de Sicile, y transportèrent la canne à sucre; mais les guerres des croisades causèrent un grand dommage à celte culture , devenue une source de prospérité pour ces pays.

Vers le milieu du xn c siècle, les Vénitiens, alors possesseurs presque exclusifs du commerce

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maritime de l'Europe, trouvaient à s'approvisionner de sucre en Sicile à meilleur marché qu'en Egypte; et le célèbre voyageur contemporain Marco-Polo, en remarquant que la culture de la canne existait ou Bengale, ne donne pas à penser que l'Europe eût besoin de recourir à ce pays lointain.

Les croisades, en mettant les peuples de l'Occident en rapport avec les Orientaui , de même que i'activilé de la navigation des Vénitiens, des Génois, des Pisans, étendirent le goût et le besoin du sucre dans toute l'Europe.

Au commencement du xv* siècle , les Portugais et les Espagnols portèrent des plants de canne aui îles Canaries et Madère. On suppose même que c'est de ce dernier endroit que la canne a passé dans le nouveau monde, bien que plusieurs historiens prétendent qu'elle croissait naturellement en divers lieux d'Amérique.

Le sucre était, comme aujourd'hui, de qualité différente, suivant les pays de culture e 11 'habileté des producteurs. Celui de Madère parait avoir joui d'une certaine supériorité ; celui d'Arabif et d'Egypte était, au contraire, fort défectueux. Vers la fin du xv G siècle, les Vénitiens inventèrent le procédé du raffinage, art qui a été porté de nos jours à un si haut degré de perfection.

La petite lie do Saint-Thomas, sous l'équateur, appartenantausl'orlugais,avaiten 1520 un grand nombre de sucreries. Les auteurs contemporains

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estiment qu'elle produisait plus de deux millionsde kilogrammes. A la même époque, la canne,portée à Haïti par les Espagnols, y avait Tait de grands progrès; favorisée par le climat et le sel, elle donnait trois à quatre fois autant de produits qu'en Espagne, et vingt-huit presses étaient occupées à la fabrication du sucre.

Cette culture , propagée sur divers points du continent américain , acquit de l'importance au Brésil. C'est de là que les Portugais exercèrent le monopole de l'approvisionnement de l'Europe pendant la (in du xvi f siècle et le commencement du xvn e . Lisbonne dut à ce trafic, réuni au commerce de l'Inde , l'époque de sa plus grande splendeur.

Diverses causes contribuèrent à déplacer celte source de richesses. Le Portugal tomba sous iojoug de l'Espagne; les établissements des autres nations européennes dans les Indes occidentales commencèrent à songer au sucre. La culture de la canne s'était, à la vérité, conservée dans les grandes Antilles, mais avec si peu d'importance, qu%, lorsque les Anglais s'emparèrent de la Jamaïque en 1658, ils n'y trouvèrent que trois sucreries. A la Barbade , dès 1646, on commença à exporter du sucre, et les habilants se montrèrent si actifs, que le commerce de cette Ile occupait, trente ans plus tard, quatre cents navires. Ils avaient tiré du Brésil leurs premiers plants de cannes.

SIICKE.

Sous l'empire des lois qui garantissaient à chaque métropole le commerce exclusif de ses colonies, la production du sucre s'est donc développée avec la richesse des consommateurs. Après avoir satisfait d'abord les besoins des producteurs euimémes, il a fallu approvisionner l'Europe. Les colonies, suivant la fortune de leur mère patrie, ont tour à tour été appelées à prendre une part plus ou moins grande à ce développement d'industrie. On trouve de loin en loin quelques traces de l'histoire du sucre à relie époque

La production de Madère et de Saint-Thomas a remplacé et fait languir celle de la Sicile, de l'Egypte et de l'Arabie. Plus tard la culture de la Terre-Ferme et du Mexique a amené la réduction de celle de l'Andalousie. Le Brésil enfin, sous la domination portugaise , esldevenu le centre principal de la production, et jusque vers le milieu du xvii" siècle il a été en possession d'approvisionner, par la voie de Lisbonne, presque tous les marchés de l'Europe. Ce n'est que vers 1720 et 1730 que les aulres nations ont pu se pourvoir ailleurs. Le Brésil , au milieu de ses diverses forlunes , est resté un des points les plus importants de la production actuelle.

Il ne sera pas sans intérêt de signaler le mouvement comparatif de la produclion du sucre chez les diverses nations a certaines époques du siècle B dernier. Les colonies anglaises importaient, dès 1731 , dans la Grande-Bretagne, sept à huit cent

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SUCKE.

mille quinUmi de sucre; vers 1780, ce produit se trouvait presque doublé.

En 1736, le Brésilen exportail encore quarante millions de kilogrammes ; les colonies hollandaises de l'Amérique du Sud, vingt à vingt-cinq millions.

Dons les possessions françaises, Saint-Domingue, la seule lie où la culture se soit développée, fournissait, dès 1726, vingt millions de kilogrammes de sucre; en 1767, soiianle-deui millions; en 1779, soixante-quinze, et près de quatre-vingt-deux en 1790.

Vers 1775 , la Martinique , la Guadeloupe et Cayenne exportaient ensemble vingt-deux millions de kilogrammes de sucre.

Enfin, de nos jours, la production du sucre de canne peut être évaluée, dans son mouvement pour l'Europe, la Méditerranée et l'Amérique septentrionale, au chiffre énorme de six cent vingt millions de kilogrammes en tolalilé ; et, en dehors de celle production prodigieuse , il faut compter encore la production immense et rivale du sucre de betteraves, naguère si florissante.

On pourrait conclure naturellement, de tout ce qui précède, que le sucre est un des produits dont la consommation est la plus répondue sur le globe; mais on aurait tort; cette production si utile, si salutaire, seraitquadruplée, qu'elle satisferait à peine aux besoins qu'éprou ve l'humanité de toutes ses propriétés bienfaisantes. Nous allons les rappeler ici sommairement.

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Les hommes ont pour le sucre un goût prononcé, que les animaux partagent ; les chiens , les clievauï , les bœufs , les oiseaux , les insectes, les reptiles et même ies poissons, sont avides d'aliments sucrés. Le sucre est en effet un des principaux éléments de presque toutes les substances végétales.

Une petite quantité de sucre aide a soutenir la fatigue, mieux que toute autre nourriture. En parcourant les déserts brûlants de l'Arabie ou de l'Afrique, le voyageur qui s'assied haletant et couvert de sueur , trouve un plaisir inexprimable n manger deux ou trois petites boules de sucre mélangées avec de la farine, que n'oublie jamais de porter l'indigène dans ses voyages aventureux. Les chasseurs anglais ont adopté cette espèce d'aliment dans leurs excursions lointaines.

Pendant la durée de la moisson des cannes dans les Antilles, les nègres, quoiqu'a celle époque leur travail devlennetrès-fatigant. sont cependant plus gras , mieux portants , plus gais que tout le reste de l'année ; pourtant ils négligent leur manioc elnese nourrissent plusque déjeunes pousses de canne qu'ils mangent en travaillant. Les chevaux et les mulets qu'on nourrit pendant ce temps des résidus de la fabrication , reprennent toute leur force et leur embonpoint.

Dans la Cochinchine , ce ne sont pas seulement les éléphants, les chevaux, les buffles qu'on engraisse à l'aide de la canne, On alloue à tous les

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