‹ Iodoformisme: Accidents consécutifs à l'emploi de l'iodoformeChapitre 16 sur 43 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Eruptions iodoformiques générales d'emblée.

Nous avons vu deux formes cliniques des exanthèmes iodoformiques : l'éruption localisée au point d'application, et celle se généralisant à la suite de manifestations locales. Examinons maintenant une troisième forme d'éruption, dans laquelle il n’y a pas de phénomènes du côté de la surface d'absorption, mais des phénomènes généraux.

Il faut, comme nous l'avons vu, pour les autres modes de ces exanthèmes, un terrain préparé spécialement soit par l’idiosyncrasie, soit par la dépression : convalescence des maladies graves, chocs moraux; il faut aussi une porte d'entrée au médicament dans la circulation. Quant à la dose externe elle offre peu d'intérêt, on a vu des éruptions produites par 2 à 3 grammes d’iodoforme, et d’autres par 80 et 100 grammes. ne

La même remarque S’applique à la production

ent 0 | des accidents généraux. Brun, sur un relevé de 21 cas de phénomènes toxiques a trouvé : 2 fois une dose inférieure à 10 grammes; 4 fois une dose de 10 à 20 grammes; 8 fois une dose de 20 à 50 grammes : 7 fois une dose supérieure à 50 grammes. ee)

La dose de 10 grammes que Kônig recommande de ne pas dépasser, paraît le plus souvent inoffensive.

La forme de ce produit est aussi négligeable, Neisser n’y attache aucune importance, mais Gutebrock prétend que la poudre fine serait plus facilement absorbée que les cristaux, du reste peu usités, et aussi que l'iodoforme appliquée sur la gaze, laquelle renferme environ son poids de substance active. Berger la considère comme moins dangereuse au point de vue de l'intoxication que la poudre, mais aussi elle donnerait plus facilement naissance à l'irritation locale.

Mais la porte d'entrée offre dans le cas présent une attention spéciale. Cette voie peut être stomacale, pulmonaire, ou cutanée. De plus l'observation XXIV est un exemple d’éruption à la suite d'injection de glycérine iodoformée dans la rate. Néanmoins les injections d’éther iodoformé dans les abcès froids sont rarement suivies d'accidents. Verneuil n'en a observé qu'un cas, on avait injecté dans une grande poche 100 grammes d'éther contenant 20 grammes d’iodoforme.

A l'intérieur, et à dose un peu forte, l'iodoforme produit vite, comme nous le verrons, des accidents intenses d'intoxication. Mais en fait d'éruptions, Neisser

— $6 — prétend n'en avoir jamais observé. Chez deux de ses malades on provoquait des éruptions par l'application

externe, et on n'obtenait rien par l'ingestion. L'iodoforme volatilisé, ou voltigeant en petite poussière peut venir impressionner les muqueuses trachéale et pulmonaire. L'observation du docteur Koster- Syke (Obs. XXVI) en est un exemple. fAu chapitre suivant nous verrons par ce mécanisme se produire des troubles digestifs.

C'est surtout à la suite d’application sur la peau dénudée, quand l'iodoforme est mis sur des lobules graisseux, où il se dissout, comme dans les plaies du sein, que l’on observe des éruptions. L'iodoforme se dissout avec une grande facilité dans.la graisse aussi rien d'étonnant à ce que beaucoup d’accidents aient été relevés pour des opérations de cancer du sein, des opérations chez des obèses, ou pour des lésions d'ectopie osseuse avec pansement à la poudre d'iodoforme.

Nous nous sommes déjà demandé si la peau absorbait l'iodoforme, et si dans les cas où la peau saine avait paru absorber. ce n'était pas la muqueuse pulmonaire qui en était cause. Nous nous sommes demandé s l'application d'iodoforme sur une ligne de suture, qui est aujourd'hui le résultat final d'un grand nombre des interventions chirurgicales, sans contact avec les lèvres de la section réunie, pouvait causer des accidents. Nous n'en avons pas trouvé d'exemples. Dans toutes les observations d'éruptions, de même que dans toutes celles de Kœnig citées dans la thèse de Brun au

point de vue des accidents généraux, il y avait eu contact de l'iodoforme avec la plai: elle-même.

Ainsi toute plaie peut déterminer un accident local, mais pour ces éruptions avec phénomènes généraux, et surtout pour les accidents intestinaux pulmonaires ou nerveux, il faut que la plaie réunisse certaines conditions propres à l'absorption.

C'est surtout dans les plaies fraiches, à large surface absorbante, dans les trajets fistuleux où liodoforme séjourna longtemps. dans les clapiers, les ulcères suintant abondamment, les vastes brûlures qu'on observe des accidents. Cependant une hémorrhagie venant de la plaie peut entraîner l'iodoforme et s'opposer à l'absorption. Il est au contraire des plaies et des cavités, qui même malgré leur étendue absorbent très mal, telles que : les cavités d’abcès froids, les surfaces touchées au thermo-cautère ou au chalumeau, les cavités osseuses avec séquestres (tandis qu'un os fraichement sectionné, comme une coupe d’amputation absorbe très bien) les ulcères atones, les plaies tuberculeuses en un mot, à l'égard desquelles l'iodoforme a une action si bienfaisante. On trouvera dans les observations bien des exemples de ce fait, mais ces mêmes “plaies viennent-elles à bourgeonner, les bourgeons charnus bien rosés absorbent l'iodoforme et l’on a alors des accidents (Obs. XIX et XX).

Mos:tig incrimine encore deux causes : la compression exercée par le pansement favorisant lebsorption par la plaie et l'association du pansement de Lister à l'iodoforme. Cette dernière raison n'est pas

fondée ; il est vrai pue d’après Brun, l'acide phénique produirait un certain degré de néphrite. et Mosetig accusait l'acide phénique de hâter le dégagement de l'iode, en même temps que la néphrite déterminait l'accumulation du produit, Martin a cherché chez des chiens à produire cette néphrite phéniquée, il n'a pu y réussir. Du reste la pratique journalière nous donne la preuve de l’innocuité de cette association.

On a vu l’éruption se produire quand la plaie était complètement guérie; comme si l'iodoforme s'était accumulé dans l'organisme, ou qu'une cause quelconque venait mettre obstacle à son élimination, laquelle est lente, comme nous le verrons à la pathogénie.

C'est peut-être par cet arrêt d'élimination que l'on peut expliquer l'influence atmosphérique sur la producdion des éruptions. Il n'est pas rare que ces éruptions se produisent en même temps chez plusieurs malades dans une même salle, à des périodes de violentes chaleurs ou de changement de saison (exemple Obs. XX). Mojsisovitz (Oïsterr. med. Jahrb., 1840. Bd. XXII, s. 1} insiste sur le fait, au sujet de l'iode, que ce médicament est mieux supporté quand il fait beau.

Le temps que mettent les exanthèmes de cet ordre a se produire est très variable. Autant les lésions locales se produisent rapidemdent dans la majorité des cas puisque, dans la statistique de Taylor, on a vu 6 fois l'apparition de l'exanthème ne s'être pas fait attendre au delàde 3 heures ; autant ici l’éruption peut

apparaitre tard. Sur les 24 cas de Taylor, 13 fois il y eut une éruption générale sans lésion locale ; r fois l’éruptionu n'apparut que le r4 jour, 1 fois le 10°, 3 fois le 3°, 2 fois le second, et 2 fois le jour même, au bout de quelques heures.

Cette lenteur a été expliquée par une accumulation dans l'économie.

Le sexe n'a pas d'influence, mais l’âge est important. D'après Taylor, sur 24 malades 3 n'avaient pas atteint la puberté, 11 avaient de 20 à 30 ans, 7 de 30 à 40 et 1 seul avait 61.

Il en ressort que ces éruptions sont beaucoup plus fréquentes chez l'adulte, bien moins fréquentes chez l'eafant, et rares chez le vieillard.

Au contraire, au point de vue des accidents généraux, la statistique de Brun montre que les accidents sont fréquents chez le vieillard et rares chez l'enfait. Il en résulte, et ceci correspond bien aux faits, que:

Chez l'enfant, l'iodoforme donne rarement des accidents, et ce sont surtout des éruptions, accidents légers;

Chez l'adulte, il y a beaucoup d'accidents soit cutanés, soit généraux ;

Chez le vieillard les accidents cutanés sont rares, mais on y voit des accidents généraux revêtant facilement un caractère grave.

Ces éruptions se présentent sous des formes cliniques très variées. Mais un fait constant, c'est l'absence de phénomènes du côté de la plaie, qui bourgeonne, se

ÉRNTe mc cicatrise, comme si la santé générale n'était pas troublée, n'offrant pas non plus de phénomènes d'irritation, et pouvant même être tout à fait guérie.

Elles offrent deux éléments à étudier, l'éruption, et les phénomènes généraux.

L'éruption revêt le type érythémateux, polymorphe, mais avec trois allures plus fréquentes que les autres, ce sont les types : rubéolique, scarlatiniforme et ortié.

L'érythème peut être encore bulleux ou vésiculeux ou multiple chez le même sujet. Il peut aussi n'occuper que des parties limitées du corps.

Dans la statistique de Taylor portant sur 24 cas, on trouve 14 fois de l'érythème.

Beaucoup plus rarement l'éruption est purpurique.

Les auteurs ont fait aussi u1 troisième groupe pour l'eczéma,que nous avons vu précédemment, au chapitre lésions locales. Sur les 24 cas de Taylor, nous avons vu Q cas d’eczéma, mais c'était toujours des lésions locales, qui sont toujours 1c1 hors de cause.

Les phénomènes généraux peuvent ne pas exister ou être à peine accusés, mais en général ils sont bien dessinés, sans cependant revêtir de caractère grave. Il n'y a qu'une observation, celle de Hæpfl (XXVIT) où l'on vit une éruption aboutir à la mort. Il semble que l'exanthème serve de décharge à l'organisme et prévienne la gravité des phénomènes. Dans le travail de Taylor, dont nous présentons presque toutes les observations dans cette thèse, il y a 24 faits qui peuvent se répartir ainsi :

LR rae

«Le

) eczémas locaux, érythèmes précédés de lésions locales,

13 éruptions générales. On trouve 5 de ces éruptions sans fièvre et 8 avec fièvre. Et si l’on prend le total de ces observations, 16 fois il y eut de la fièvre en même temps que les symptômes cutanés, et 8 fois, il y eut seulement éruption. Ces combinaisons possibles d'une éruption multiple avec des phénomènes généraux variés, donnent Heu à des formes nombreuses, comme l'a dit Behrend: « 1° Un médicament donné dans des conditions apparetnment semblables, peut produire des éruptions tout à fait différentes. 2° Autant qu’on peut le déterminer, 1l ÿ a une quantité constante dans la formation de ces éruptions, c'est-à-dire que l'emploi répété du même médicament chez le même individu produit constamment la même éruption. Néanmoins, on voit des sujets s’habituer à l'iodoforme, présenter une éruption, et pouvoir être repansés de nouveau avec ce produit dès la fin de l'éruption sans accident nouveau. (Obs. XX).

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