‹ Iodoformisme: Accidents consécutifs à l'emploi de l'iodoformeChapitre 28 sur 43 · OBSERVATION XLI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLI

Il s’agit d’un enfant de 12 ans qui fut atteint, le 25 août 18g1, d'une vaste brûlure occupant le côté droit du corps. La brûlure, en grande partie au 3e degré, occupait tout le côté droit du thorax, la face externe de la cuisse droite, et la face postéro-

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externe du membre supérieur droit; il existait en outre deux brûlures à la cuisse gauche. Dès le début, l'enfant est pansé à l’iodoforme, et une suppuration a bondante s’établit avec des températures ocillant de 37 à 30° par jour.

© Vers Pâques 1892, c'est-à-dire sept à huit mois après son accident, survinrent les phénomènes suivants; l’état général empire notablement, il se produit de la diarrhée, de la céphalalgie; des vomissements surviennent ; la fièvre, qui avait disparu, reprend; le malade offre une pâleur extrême.

En même temps sa vision baisse rapidement et en quelques jours lamaurose est absolue (auparavant l’acuité visuelle n'offrait rien d'anormal). Le malade était toujours pansé à l’iodoforme.

Ces phénomènes se maintiennent pendant quelque temps tout en s’atténuant dans leur intensité ; toutefois l’état général restait mauvais. On songea alors à supprimer l’iodoforme et à le remplacer par du salol. Très rapidement les vomissements, la céphalalgie disparurent, et avec eux les autres symptômes fâcheux ; l'état général redevint satisfaisant; seule l’amblyopie persista semblable. Vers le 1er mars 1803, je vis pour la première fois le petit malade dans le service de M. de Saint-Germain. À ce moment, seize mois après sa brûlure, onze mois après le début de l’'amblyopie, je constate ceci :

Les pupilles réagissent bien à la lumière; l'œil droit compte les doigts à 10 centimètres, l’œil gauche à 20 centimètres ; aucune couleur n'est perçue. Le champ visuel pour la perception lumineuse ne semble pas diminué. :

A l'ophtalmoscope on constate une atrophie blanche, double, complète, sans le halo grisâtre qui suit ordinairement les névrites, les vaisseaux sont assez peu rétrécis.

AN quelle cause faire remonter ici les accidents ?

L'amblyopie est survenue avec une coïncidence si nette avec les premiers accidents d'intoxication iodoformique (prouvée par leur cessation à la transformation du pansèment et par leur nature même) qu'il est difficile de ne pas songer entre eux à uné relation de cause à effet. |

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ll est cependant à remarquer que les signes, ophtalmoscopiqu:s: ne concordent pas absolument avec l'hypothèse d’une névrite descendante de cause cérébrale et surtout de névrite due à un épanchement inflammatoire des membranes méningées ; l’atrophie des nerfs optiques est en effet pure de tout halo-péripapil-: laire, lequel manque rarement lorsque l’atrophie a été précédée de papillite ou de staungspapille.

Serait-ce une névrite rétro-bulbaire par intoxication iodoformique directe ? Aucun cas de ce genre n’a encore été signalé à notre connaissance.

Faut-il, nous retournant d’un autre côté, attribuer les accidents optiques à l'étendue de la brûlure elle-même, et clascer l’atrophie parmi ces accidents souvent singuliers de répercussion qu’on observe chez les grands brûlés ?

Le diagnostic des accidents est important pour le traitement. Il se basera sur les signes cliniques, les allures des troubles gastriques avec signe de l'argent, des troubles nerveux avec tristesse profonde et attaque du pansement, des modifications de la respiration et de la circulation avec fréquence et petitesse du pouis, et l'examen de l’urine.

Il importe aussi de ne pas mettre sur le compte de l'iodoforme des complications relevant du shock opératoire, ou de la plaie. Si on observe en effet quelque complication locale, il y a chance que les symptômes. généraux en dépendent, puisque dans les manifestations générales de l’odoformisme, la plaie va au contraire très bien,

Brun du reste a fait dans sa thèse ure critique très Judicieuse d'un certain nombre d’acciden's généraux et de cas de mort imputés à l’iodoforme, et qui devaie t

— ra = ue mis sur le compte de l'alcoolisme, d'érysipèle, de Suppuration, o1 de métastases cancéreuses. Cette cri-

tique vient corroborer celle faite par Berger dans le même sens.

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