ACTE V. SCÈNE H
Songez- vous, pour trancher1) d’inutiles discours, Que le bonheur d’Achille est fondé sur vos jours?
Le ciel n’a point aux jours de cette infortunée Attaché le bonheur de votre destinée.
Notre amour nous trompait ; et les arrêts*) du sort Veulent que ce bonheur soit un fruit de ma mort. Songez, seigneur, songez à ces moissons3) de
gloire
Qu’à vos vaillantes mains présente la victoire;
Ce champ si glorieux où vous aspirez tous,
Si mon sang ne l’arrose, est stérile pour vous. Telle est la loi des dieux à mon père dictée:
En vain, sourd à Calchas, il l’avait rejetée;
Par la bouche des Grecs contre moi conjurés Leurs ordres éternels se sont trop déclarés. Partez; a vos honneurs j’apporte trop d’obstacles: Vous-même, dégagez la foi de vos oracles: Signalez ce héros à la Grèce promis;
Tournez votre douleur contre ses ennemis.
Déjà Priam pâlit; déjà Troie, en alarmes, Redoute mon bûcher4), et frémit de vos larmes. Allez; et dans ses murs vides de citoyens,
Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens: Je meurs dans cet espoir satisfaite et tranquille. Si je n’ai pas vécu la compagne d’Achille, J’espère que du moins un heureux avenir A vos faits immortels joindra mon souvenir;
Et qu’un jour mon trépas, source de votre gloire, Ouvrira le récit d’une si belle histoire.
Adieu, prince; vivez, digne race des dieux.
ACHILLE
Non, je ne reçois point vos funestes adieux.
En vain, par ces discours, votre cruelle adresse- ; 1) afifdjneifcen. 2) ©efdilufj. 3) <£rnte. 4) <Scf)ettert)aufen.
Veut servir votre père, et tromper ma tendresse; En vain vous prétendez, obstinée à mourir. Intéresser ma gloire à vous laisser périr:
Ces moissons de lauriers, ces honneurs, ces conquêtes.
Ma main, en vous servant, les trouve toutes prêtes. Et qui de ma faveur se voudrait honorer.
Si mon hymen prochain ne peut vous assurer? Ma gloire, mon amour, vous ordonnent de vivre: Venez, madame; il faut les en croire, et me suiiphigénie. [vre.
Qui, moi? que contre un père osant me révolter. Je mérite la mort que j’irais éviter?
Où serait le respect et ce devoir suprême...
ACHILLE
Vous suivrez un époux avoué par lui-même. C’est un titre qu’en vain il prétend me voler.
Ne fait-il des serments que pour les violer? Vous-même,^ que retient un devoir si sévère, Quand il vous donne à moi n’est-il point votre
père ?
Suivez-vous seulement ses ordres absolus Quand il cesse de l’être et ne vous connaît plus? Enfin, c’est trop tarder, ma princesse; et ma iphigénie. [crainte...
Quoi, seigneur ! vous iriez jusques à la contrainte1) ? D’un coupable transport écoutant la chaleur, Vous pourriez ajouter ce comble2) à mon malheur ? Ma gloire vous serait moins chèçe que ma vie? Ah seigneur! épargnez la triste Iphigénie. Asservie à des lois que j’ai dû respecter,
C’est déjà trop pour moi que de vous écouter: Ne portez pas plus loin votre injuste victoire; Ou; par mes propres mains immolée à ma gloire, 1) ©eroalf. 2) Uefcermafj.