V. 118o. Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie
Pour ne jicls souhaiter, etc.
Ici, l’infinitif souhaiter ne se rapporte, en apparence, à aucun mot exprimé dans la phrase. Je dis «en apparence, » car, en réalité, il se rapporte à moi contenu implicitement dans ma « de moi.» Cf. Boileau [Art poét.) :
Le théâtre, fertile en censeurs pointilleux.
Chez nous, pour se produire, est un champ périlleux.
Pour se produire, « pour que Vauteur (dont il est parlé au vers suivant) se produise. »
V. 1186. Pour ne pas souhaiter qu’elle me fut ravie, ni qu’en me l’arrachant, etc. — Après un que conjonctif que précède un verbe accompagné d’une négation, le membre de phrase qui suit doit toujours commencer par ni. Racine [Phèdre, ii, 5) :
...Ne pense pas qu’au moment qne je t’aime.
Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même.
Ni que du fol amour qui trouble ma raison,
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
M. Littré, à qui nous empruntons cette remarque, ajoute: «Cet usage est souvent violé sans aucune faute. »
Ni qu'en me l’arrachant, un sévère destin,
Si près de ma naissance en eût marqué la fin.
Fille d’Agamemnon, c’est moi qui la première,
Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père; 1190 C’est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux.
Vous ai fait de ce nom remercier les dieux.
Et pour qui, tant de fois prodiguant vos caresses.
Vous n’avez point du sang dédaigné les faiblesses.
Hélas ! avec plaisir je me faisais conter 1195
Tous les noms des pays que vous allez dompter;
Et déjà, d’Ilion présageant la conquête.
D’un triomphe si beau je préparais la fête.
Je ne m’attendais pas que, pour le commencer,
Mon sang fût le premier que vous dussiez verser. 1200 Non que la peur du coup dont je suis menacée Me fasse rappeler votre bonté passée ;
Ne craignez rien. Mon cœur, de votre honneur jaloux,
Ne fera point rougir un père tel que vous ;
Et, si je n’avais eu que ma vie à défendre, 1205
J’aurais su renfermer un souvenir si tendre ;
Mais à mon triste sort, vous le savez, seigneur,
Une mère, un amant attachaient leur bonheur.
V. H94. Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses. Racine n'a pas osé entrer dans des détails aussi familiers que Ta fait Euripide (voir à V Appendice). Louis Racine dit avec raison : « Ce mot faiblesses est conforme à notre manière fausse de parler de choses que nous sentons bien n’être pas des faiblesses. » Plus tard Racine, marié et père de famille, connaîtra ces « faiblesses » et n"en rougira pas.
Rotrou s’est plus rapproché de la familiarité d'Euripide. Voyez V Appendice. Un poète du seizième siècle, Thomas Sibilet, a enchéri sur l'original, et en a altéré le pur naturel par l’abus du détail, suivant le goût de son temps :
Or suy-je la première Qui doucement vous ay nommé mon père;
Et vous m'avez nommée vostre fille,
Première aussi de toute la famille.
Premièrement'aussi au temps passé Le petit corps d’Jphigéne a pressé Votre genouil, et dessus luy assise Mignnrdement, a grande jôye prise.
Eri vous flattant, accollant, mignotant.
De vostre part en prenant d’elle autant etc.
V. 1203. De votre honneur jaloux. — Jaloux., zélé pour ; sens étymologique et le premier de tous, le mot venant du latin zrlosus (Littré). Bossuet {Hist. w?2zü.,iii, 6): Combien les Romains furent ja/oî/a? de la liberté.
V. 1204. Ne fera point rougir un père tel que vous. « On a blâmé Racine d’avoir fait résoudre Iphigénie à la mort ; on a prétendu qu’une jeune fille, aimée d’un héros qu’elle aime, ne se détermine pas si aisément à quitter la vie ; mais aussi n’y est-elle ré olue que quand elle voit Achille et Agamemnon aux prises ensemble, et qu’elle est persuadée que l’intérêt de sa patrie exige d'elle ce sacrifice. Cette soumission aux volontés de son père, cette générosité augmente encore l’intérêt qu’on prend à cette princesse.» (L. de B.).