‹ IphigénieChapitre 102 sur 188 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Un roi digne de vous a cru voir la journ Qui devait éclairer notre illustre hyménée.

Déjà, sûr de mon cœur à sa flamme promis.

Il s’estimait heureux ; vous me l’aviez permis ;

Il sait votre dessein, jugez de ses alarmes.

Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes. Pardonnez aux elTorts que je viens de tenter 1215

Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

AGAMEMNON

Ma fille, il est trop vrai. J’ignore pour quel crime La colère des dieux demande une victime ;

Mais ils vous ont nommée : un oracle cruel

Veut qu’ici votre sang coule sur un autel. 1220

Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières.

Mon amour n’avait pas attendu vos prières.

Je ne vous dirai point combien j’ai résisté; ^

Groyez-en cet amour par vous-même attesté.

Cette nuit même encore (on a pu vous le dire), 1225

J’avais révoqué l’ordre où l’on me fit souscrire.

Sur l’intérêt des Grecs vous l’aviez emporté :

Je vous sacrifiais mon rang, ma sûreté.

Areas allait du camp vous défendre l’entrée :

Les dieux n’ont pas voulu qu’il vous ait rencontrée; 1230 Ils ont trompé les soins d’un père infortuné Qui protégeait en vain ce qu’ils ont condamné.

Ne vous assurez point sur ma faible puissance :

Quel frein pourrait d’un peuple arrêter la licence.

V. 1211. A sa flamme, — Voir, par ce mot, le vers 229, et la note.

V. 1216. Voyez à V Appendice les réflexions de Saint-Marc Girardin sur le discours d’Iphigénie.

v. 1221. Meurtrières [Z syllabes). Avant Corneille, ce mot était de deux syllabes. On lit dans Desportes :

Tenant son fer tout nu dans sa dextre meurtrière.

Et dans Théophile :

Le meurtrier que la peur bourrelle incessamment.

Corneille, dans le Cid^ a fait meurtrier de trois syllabes:

Il est juste, grand Roi, qu’un meurtrier périsse.

L’Académie lui en fit un reproche «ce mot de meurtrier^ qu'il répète souvent, le faisant de trois syllabes, n’est que de deux. » Malgré l’Académie, Corneille a fixé sur ce point la véritable quantité. (Voir Quicherat : Traité de Versif. fi\, p. 292.)

v. 1226. T avais révoqué l’ordre oû l’on me fit souscrire. — U ordre ofl, pour l’ordre auquel. Voir la note du vers 958.

V. 1233. iVé vous assurez point sur ma faible puissance. «Ne comptez pas sur ; n’ayez pas confiance en, etc.» Cf. Phèdre (v, 4) ;

Ne'vQus assurez pas sur ce cœur inconstant.

nous livrant à son zèle indiscret, \ 235 ^ènt d’un joug qu’il portait à regret?

il faut céder. Votre heure est arrivée, igez bien dans quel rang vous êtes élevée :

Je vous donne un conseil qu’à peine je reçoi;

Du coup qui vous attend vous mourrez moins que moi. 1 240 Montrez, en expirant, de qui vous êtes née;

Faites rougir ces dieux qui vous ont condamnée.

Allez, et que les Grecs, qui vont vous immoler. Reconnaissent mon sang en le voyant couler.

GLYTEMNESTRE.

Vous ne démentez point une race funeste : 1245

Oui, vous êtes le sang d’Atrée et de Thyeste;

Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfin Que d’en faire à sa mère un horrible festin.

Barbare ! C’est donc là cet heureux sacrifice

Que vos soins préparaient avec tant d’artifice? 1250

Quoi! l’horreur de souscrire à cet ordre inhumain

N’a pas, en le traçant, arrêté votre main !

Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse?

V. 1235. Zèle indiscret. — Indiscret^ qui manque de retenue : La Fontaine (viii, 1) :

J’ai beau te le crier, mon zèle est indiscret.

Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.

V. 1239. Je vous donne un conseil qu’à peine je reçoi. — La suppression de Ts à la première personne de certains verbes est considérée comme une licence poétique. Cependant dans l’ancien français cette 5 fir ale n’existait pas; elle n’apparaît qu’au quatorzième siècle, contrairement à l’étymologie des Latins, où elle ne figure jamais à la première personne, amo, credo, etc.

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