V. 1265. Si du crime d’Hélène on punit sa famille
« Ce vers, dit M. Becq de Fouquières ( Traité de versification), commence une période de six vers dont les rimes assonnent toutes sur Vi : famille, fille, prix, épris, victime, crime. Tous les traités recommandent d’éviter les assonances des rimes dans les vers qui ne riment pas entre eux ; je recommanderai précisément le contraire. Quand une assonance nous paraît correspondre par sa douceur, par sa gravité gutturale, par son éclat, par son intensité, au sentiment que vous cherchez à exprimer, osez en frapper plusieurs fois de suite l’oreille de l’auditeur. Il y a là un procédé naturel et musical dont se servent admirablement les grands poètes. Etudiez Racine à ce point de vue : ses rimes se disposent par périodes assenantes ; elles offrent tantôt quatre vers assonanls sur une même voyelle, tantôt six ou huit vers amenant alternativement deux assonances, parfois jusqu’à douze vers alternant une voyelle brève avec la même voyelle longue. Ce sont là des secrets dont on ne se rend maître qu’en lisant et en relisant sans cesse les belles œuvies. »
V. 1267. D’un tel prix, par un tel prix. Cf. Corneille {Pol., i, 2) :
Ce qu’il ne peut de force, il l'entreprend de ruse.
V. 1268. Moitié. Ce mot a été très souvent employé par Corneille dans ses tragédies. (Voir le Lexique de Corn., par M. Marty-Laveaux, ii, 96.) En voici un exemple :
Reste du grand Pompée, écoutez sa moitié.
^04 IPHTOÉNÎE.
Payer sa folle amour du plus pur de mon sang?
Que dis-je? Cet objet de tant de jalousie,
Cette Hélène, qui trouble et l’Europe et l’Asie,
Vous semble-t-elle un prix digne de vos exploits? 1 275 Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de foisi Avant qu’un nœud fatal l’unît à votre frère,
Thésée avait osé l’enlever à son père;
Vous savez, et Calcbas mille fois vous l’a dit.
Qu’un hymen clandestin mit ce prince en son lit, 1280 Et qu’il en eut pour gage une jeune princesse Que sa mère a cachée au reste de la Grèce.
Mais non, l’amour d’un frère et son honneur blessé Sont les moindres des soins dont vous êtes pressé :
Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre, 1285
L’orgueil de voir vingt rois vous servir et vous craindre. Tous les droits de l’empire en vos mains confiés.
Cruel ! c’est à ces dieux que vous sacrifiez ;
Et, loin de repousser le coup qu’on vous prépare,
Vous voulez vous en faire un mérite barbare. 1290
Trop jaloux d’un pouvoir qu’on peut vous envier,
De votre propre sang vous courez le payer.
Et voulez, par ce prix, épouvanter l’audace De quiconque vous peut disputer votre place.
V. 1272. Sa folle amour. — Amour, au féminin. Voir vers 117, 52S, 538, etc.
V. 1278. Thésée avait ose' l'enlever à son père. Voir la Préface.
V. 1279. Vous savez, et Calchas, etc. « Cet endroit n’a rien de froid, comme le soutient Lamothe. Après s’être d’abord livrée à la colère, elle se rappelle une raison capable d’arrêter son mari, ou du moins de le faire réfléchir ; elle la développe avec tranquillité, et aussitôt après elle reprend sa colère. « (L. Racine.)
V. 1284. Dont vous êtes pressé. — Pressé. Voir vers 479, 941, 1026.