‹ IphigénieChapitre 112 sur 188 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

Ne ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense? 1330

AGAMEMNON

Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins.

Ma fille ignore encor mes ordres souverains;

Et quand il sera temps qu^èllê en soTTinformée,

Vous apprendrez son s^ft, j’en instruirai l’armée.

ACHILLE

Ah ! je sais trop le sort que vous lui réservez. 1335

AGAMEMNON

Pourquoi le demander, puisaue vous Te savez?

ACHILLE

Pourquoi je le demande? O ciell le puis-je croire.

Qu’on ose des fureurs avouer la plus noire !

Vous pensez qu’approuvant vos desseins odieux.

Je vous laisse immoler votre fille à mes yeux? 1340

Que ma foi, mon amour, mon honneur y consente?

AGAMEMNON

Mais vous, qui me parlez d’une voix menaçante. Oubliez-vous ici qui vous interrogez?

ACHILLE

Oubliez-vous qui j’aime, et qui vous outragez?

V. 1334. Vous apprendrez son sort, f en instruirai V armée. « Ce n'était pas une médiocre difüculté de soutenir la dignité d’Agamemnon devant Achille, qui, d’après la fable et notre imagination, est pour nous d’une grandeur presque surnaturelle. Agamemnon ne dit pas un mot qui soit audessous de son rang et de la fierté des Atrides. T en instruirai l’armée est le premier trait de ce mépris froid et calme qu’il devait opposer à la violence d’Achille. Il le confond avec le reste de l’armée. Quel dédain pour Achille! Et ce dédain finira par aller jusqu’au dernier outrage, quand Achille l’aura menacé. » (La Harpe.)

V. 1336. Pourquoi le demander, puisque vous le savez? «Cette réponse, qui fait ordinairement sourire le Spectateur, est bien dans la simplicité des Grecs ; mais notre goût, plus difficile, se trouve blessé de ces naïvetés qui ne conviennent qu’à la comédie. » (L. de B.) La Harpe répond justement à cette note ; « Il y a dans ce vers, familier en lui- même, mais que la situation, ce me semble, relève suffisamment, plus d’aigreur que de naïveté. Ce vers est l’aveu de tout ce qu’il y a de plus horrible, et c’est aussi à ce vers qu’ Achille ne se contient plus. S’il est vrai qu’on y puisse sourire, c’est apparemment la faute de l’acteur. »

V. 1339. Variante: Vous croyez qu’approuvant vos desseins odieux. (Editions de 1675 à 1687.)

V. 1340-41. Je vous laisse, y consente, pour je vous laisserai, y consens tira, est une licence poétique, dit Geoffroy. » Il n’y a là aucune licence : ces subjonctifs sont réguliers et tout à fait conformes au génie de notre langue.

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