SCÈNE IV
CLYTEMNESTRE, ÆGINE, Gardes.
GLYTEMNESTRE.
Ah ! VOUS n’irez pas seule ; et je ne prétends pas.,.
Mais on se jette en foule au-devant de mes pas.
Perfides! contentez votre soif sanguinaire. 1665
ÆGINE.
Où courez-vous, madame? et que voulez-vous faire?
CLYTEMNESTRE
Hélas I je me consume en impuissants efforts.
Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors.
Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie !
ÆGINE.
Ah ! savez-vous le crime, et qui vous a trahie, 1670
n’a point su imaginer Euripide, et qui frappe ceux qui se rappellent que cet Oreste, alors au berceau, fut dans la suite le meurtrier de sa mère. » (L. Racine.)
V. 1661. Vertu J force d’âme. Dans Esther (ii, 9), Racine a employé ce mot dans le sens de force (comme le latin virtus, et l’italien virtù).
V. 1668. Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors. « En prose, dit L. Racine, il faudrait dire rentre dans. » Au dix-septième siècle, nous Taxons déjà vu, on employait souvent à pour dans :
. . . Tout mon espoir
N’est plus qu’au coup mortel que je vais recevoir. (V. 1528.)
V. 1669. Mourrai je tant de fois sans sortir de la vie? « Ce vers paraît partir naturellement de la passion. Cependant si elle disait : Mourrai-je tant de fois sans mourir? on serait choqué d’entendre dans un moment si triste un jeu de mots. Si même le poète lui faisait dire ce qu’il a fait dire à Jocaste dans sa première pièce [Thébaïde iii, 3) :
Me feroot-ils souffrir tant de cruels trépas,
Sans jamais au tombeau précipiter mes pas ?
Ces deux vers feraient ici un très mauvais effet. Clytemnestre paraîtrait chercher l’esprit, et elle ne pai’aît pas le chercher quand elle dit :
Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?
C’est l’expression seule qui fait cette différence. Sans sortir de la vie fait entendre que par mourrai-je elle entend la douleur me conduira-t-elle si souvent aux portes de la mort, etc. Dans les poètes italiens et espagnols, on trouve plusieurs concetti sur cette pensée qui est pourtant si simple, pourvu qu’elle soit exprimée naturellement, que M. de Thou finit les vers que le jour de sa mort il fit sur ses souffrances, en disant : La vie ne vaut pas que pour elle on meure tant de fois.
Nec vita tanti est, tamdiu, ut vivas, mori. (L. de Boise.)
V. 1670. Ah! savez-vous le crime, et qui vous a trahie? Pour cette construction, voir le vers 190 et la note.
i26 IPHIGÉNIE.
Madame? Savez-vous quel serpent inhumain Iphigénie avait retiré dans son sein?
Eriphile, en ces lieux par vous-même conduite,
A seule à tous les Grecs révélé votre fuite.
CLYTEMNESTRE
O monstre, que Mégère en ses flancs a porté ! 1 G7 a
Monstre que dans nos hras les enfers ont jeté!
Quoi ! tu ne mourras point ! Quoi ! pour punir son crime... Mais où va ma douleur chercher une victime !
Quoi ! pour noyer les Grecs et leurs mille vaisseaux,
Mer, tu n’ouvriras pas des abîmes nouveaux? 1680
Quoi ! lorsque, les chassant du port qui les recèle,
L’Aulide aura vomi leur flotte criminelle.
Les vents, les mêmes vents, si longtemps accusés,
Ne te couvriront pas de ses vaisseaux brisés !
Et toi, soleil, et toi, qui, dans cette contrée, 168o