‹ IphigénieChapitre 150 sur 188 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Mais, puisque Troie enfin est le prix de sa mort,

L’armée à haute voix se déclare contre elle, 1765

Et prononce à Galchas sa sentence mortelle.

Déjà pour la saisir Galchas lève le hras :

Arrête, a-t-elle dit, et ne m'approche pas.

Le sang de ces héros dont tu me fais descendre

Sans tes profanes mains saura bien se répandre. 1770

Furieuse, elle vole, et, sur l’autel prochain,

Prend le sacré couteau, le plonge dans son sein.

A peine son sang coule et fait rougir la terre.

Les dieux font sur l’autel entendre le tonnerre.

Les vents agitent l’air d’heureux frémissements, 1775 Et la mer leur répond par ses mugissements;

La rive au loin gémit, blanchissante d’écume ;

La flamme du bûcher d’elle-même s’allume ;

Le ciel brille d’éclairs, s’entr’ouvre, et parmi nous Jette une sainte horreur qui nous rassure tous. 1780

Le soldat étonné dit que dans une nue Jusque sur le bûcher Diane est descendue,

Et croit que, s’élevant au travers de ses feux,

Elle portait au ciel notre encens et nos vœux.

V. 1768. Ne m*approche pas. «Ce verbe, dit Vaugelas, régit élégamment l’accusatif pour les personnes, mais non pas pour les choses. » Toutefois Vaugelas fait observer qa approcher avec le régime à l’accusatif signifie ét7'e en faveur et en considération auprès de. — Ici Racine veut dire tout simplement : N’approche pas de moi.

V. 1771. Sur V autel prochain. — Prochain^ voisin. La Fontaine (v, 20):

A ces mots, l’ours s’en va dans la forêt prochaine.

V. 1772. Prend le sacré couteau. Au dix-septième siècle l’adjeclif sacré se mettait ordinairement avant le substantif. Corneille (PoL, iv, 2) :

De vos sacrés attraits les âmes possédées.

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