‹ IphigénieChapitre 16 sur 188 · AGAMEMNON, ARCAS · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, ARCAS

AGAMEMNON. .J a Km :■> - 1 f'

Oui, c’est Agamemnon, c’est ton roi qui t’éveille : l Viens, reconnais la voix qui frappe ton oreille.

ARCAS

C’est vous-niên^e^eigneiir ! Quel important besoin 3> Vous a fait (iê'^ncer a’aurore de si loin? /-i A peine un faible jour vous éclaire et me guide, 5

Vos yeux seuls et les miens sont ouverts dans l’Aulide. i Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ? ,

Les vents nous auraient-ils exaucés cette nuit ? &

Mais tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune."^ ^

seulement Areas et Eurybate comme faisant partie de la maison d’Agamemnon. (Géruzez.)

V. l. Ouï, c’est Agamemnon, etc. — «J’ai entendu dire à Tabbé de Villiers, qui avait été ami de l’auteur, que Racine avait mis d’abord :

Viens, Areas, prête-moi ton cœur et ton oreille ; mais qu’il aima mieux que ce second vers fût plus simple.» (L. Rac.). Si J. Racine a écrit ce vers, il a bien fait de le changer; mais je doute fort, quoiqu’on dise son ûls, qu’un pareil vers soit jamais tombé de sa plume.

V. 9. ÏUaïs tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune. « RoLrou, dit M. Patin, s’est montré le contemporain de Scudéry plus que de Corneille dans la tirade où il a développé fort ridiculement ce qui a fourni à Racine un si beau vers :

Qui vit jamais les vents à l'empire de l’onde Accorder une paix si calme et si profonde ?

Du moindre mouvement l’eau ne se sent friser,

Zéphyre seulement ne Poserait baiser.

Et les mille vaisseaux qui couvrent cette plaine Ont pour leur plus grand vent celui de notre haleine.

Mais cette paix nous nuit : ce long repos des eaux,

Arrête nos desseins avecque nos vaisseaux.

Ainsi mortels, ainsi dans le cours de notre âge,

Le calme quelquefois est pire que l’orage ,*

Et tel, de qui le ciel entreprend le support.

Se sauve sur un banc, qui périrait au port.

Rotrou u’avait pas encore appris de Corneille à élaguer du drame

AGAMRMNON.

Heureux qui, satisfait de son humhle forlune, tO

Libre du joug superbe où je suis attaché,

Vit dans l’état obscur où les dieux l’ont caché I

ARCAS

Et depuis quand, seigneur, tenez-vous ce langage? Comblé de tant d’honneurs, par quel secret outrage Les dieux, à vos désirs toujours si complaisants, 1 5

Vous font-ils méconnaître et haïr leurs présents?

Roi, père, époux heureux, fils du puissant Atrée, /?

Vous possédez des Grecs la plus riche contrée;

Du sang de Jupiter issu de tous côtés.

L’hymen vous lie encore aux dieux dont vous sortez ; 20

Lejeune Achille enfin, vanté par tant d’oracles,

Achille, à qui le ciel promet tant de miracles.

Recherche votre fille, et d’un hymen si beau Veut dans Troie embrasée allumer le flambeau.

Quelle gloire, seigneur, quels triomphes égalent 25

Le spectacle pompeux que ces bords vous étalent;

d’oiseuses réalités, pour aller droit à ce qui seul est dramatique, à la vérité du sentiment, de la passion. » {Trag. grecs, iv, 1.)

V. 10. Heureux qui satisfait, etc. Cf. Boileau {Ep., iv, 99) :

Ou'tienreux est le mortel, qui du monde ignoré,

Vit content de soi-même en un coin retiré!

Que l’amour de ce rien, qu'on nomme renommée,

N’a jamais enivré d’une vaine fumée,

Qui de sa liberté forme tout son plaisir.

Et ne rend qu'à lui seul couipte de son loisir!

Cf. aussi Ange Politien {Rusticus, 17) :

Félix ille animi, divisque simillimus ipsis,

Quem non mendaci resplendens gloria fiico Sollicitai, non fastosi maia gaudia luxus ;

Sed tacitos sinit ire dies. et paupere cultu Exigit innocuæ tranquilla siJentia vitæ.

Voir également Buchanan. Jephtes (p. 204. Ed. H. Wetstein, 1687) :

O grata sortis infimæ securitas .

Felice natum sidéré ilium existimo,

Procul tumuitu qui remotus exigit Ignotus œvum, tu ta per silentia.

Voir à V Appendice un fragment de la tragédie de Buchanan.

V. 17. Roi, père, époux heureux, etc. o II est peu de lecteurs qui ne sentent la beauté de ces vers. Louis Racine {Rem., ii, 49) a très bien observé qu’en voulant flatter Agamemnon, Areas lui déchire le cœur sans Je savoir.» (L. de B.).

Miracles. Miracle : chose admirable, belle, surprenante, merveille.

Cf. Corneille [Poés. div., 41) :

...Tes premiers miracles

Ont rempli hautement la foi de mes oracles.

Cf. aussi Boileau {Art Poét.j iii) :

Bientôt vous le verrez prodiguant les miracles,

Du destin des Latins prononcer les oracles.

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