V. 1768. Arrête, a-t-elle dit, et ne m’approche pas, etc
Imitation (.VHécube (Talthybius rapporte les paroles de Polyxène, que les Grecs vont immoler sur le tombeau d’Achille) :
T;hv EjJihv TT£paavT£<; ’Apy£ÎOL ttoTvLV,
‘EvtouŒa Ov'qcxw • [X-q Tt<; /poê;
Toup-ou* TrapÉ'^w yàp 8épr\v EuxapScto;.
’EX£üÔ£pav û£ p.’, IX£’j0£pa Oavw,
ITpôt; 6£wv p.£0£VT£(; xx£LvaT’* ev v£xporci yàp AouXt, %£7.)a)Œ0ai paat>;lç oucr’ altj)(uvop-ai. (547-52.)
O Grecs, destructeurs de ma patrie, je meurs volontairement: que personne ne porte les mains sur mon corps, j’offrirai ma tête d’un cœur résolu. Mais, au nom des dieux, en m’immolant, souffrez que je meure les mains libres, en personne libre; car être appelée esclave chez les morts serait une honte pour moi, qui suis reine.
Iphigénie, elle aussi, dit :
...Mb ziq ’ApY£ta)V ép.ou*
Styb TcapÉ^o) yàp SÉpiqv EUxapStwî. (1559-60.)
Que nul des Grecs ne porte les mains sur moi; je présenterai mon sein en silence et d’un cœur résolu.
§ 4. — Analyse de VIphigénie d’Euripide.
Nous empruntons cette analyse à Luneau de Boisgermain, nous bornant à y introduire quelques légères modifications.
« Agamemnon, roi de Mycènes, a promis de sacrifier à Diane Iphigénie sa fille; il a même donné ordre à Clytemnestre de l’envoyer en Âulide, sous le prétexte de la marier à Achille. Le moment de son arrivée réveille dans le cœur d’Agamemnon la tendresse paternelle, il se repent de s’être engagé par un serment téméraire ; et comme il ne peut, sans danger, y manquer ouvertement, il écrit secrètement à Clytemnestre de ne pas la faire partir. Son cœur, partagé entre la superstition et la nature, lui fait déchirer la lettre qui doit renfermer ce nouvel ordre ; il la recommence, et prend enfin la résolution de la faire tenir à Clytemnestre: c’est dans ce moment d’agitation que commence la pièce d’Euripide.
Âgamemnon appelle un vieillard de sa suite, extrêmement dévoué aux intérêts de Clytemnestre. Ce vieillard, surpris de s’entendre appeler avant le jour, cherche à s’instruire du sujet des peines d’Agamemnon. Celui-ci, absorbé par sa douleur, répond à ses questions d’une manière si éloignée, qu’elle ne sert qu’à augmenter la curiosité
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du vieillard; c'est alors qu’Agamemnon déplore le prétendu bonheur de son élévation, qu’une faute commise contre le respect que l’on doit aux dieux, ou l’inconstance des hommes, peut troubler. Le vieillard épuise auprès du roi d’Argos tous le> moyens qu’il croit propres à calmer sa douleur; il oppose son bonheur aux chagrins qui l’agitent; rien ne touche ce roi malheureux : enfin, le vieillard lui rappelle rattachement et la fidélité qu’il lui a toujours marqués. Agamemnon se rend alors à ses sollicitations. Ici commence fexposition de la pièce. Le roi d’Argos remonte jusqu’à la naissance des trois tilles de Léda; il rappelle au vieillard les inquiétudes (|ue donnèrent au vieux Tyndare tous ceux qui prétendaient à la main d'Hélène, le serment qu’il leur lit faire, l’enlèvement de cette princesse par Pâris, les préparatifs que firent les Grecs pour demander vengeance de cet outrage, leur réunion dans l’Aiilide, les alarmes de l’armée au sujet du calme qui les y arrête, l’oracle de Calchas qui condamne Iphigénie à mort; il l’instruit aussi du parti qu’il prit alors de quitter le commandement des Grecs, des ressorts que fit jouer Ménélas, son frère, pour le faire changer de résolution, de l’ordre envoyé à Clytemnestre pour faire partir Iphigénie. Agamemnon passe ensuite au nouveau parti qu’il vient de prendre; il fait lecture au vieillard de la lettre qu’il écrit à Clytemnestre pour contremander le départ de sa fille; il répond aux objections qu’il lui fait sur les dangers du stratagème auquel il a recours; il le congédie enfin, et lui recommande de la manière la plus vive et la plus pressante, de ne rien négliger pour rencontrer le char qui conduit sa fille. Le chœur termine cette première partie de la pièce par une description très détaillée du camp des Grecs, qui semble n’être autre chose qu’une détermination plus marquée du lieu de la scène.
Ménélas est trop bien instruit de la peine qu’a eue Agamemnon à consentir au sacrifice de sa fille, pour ne pas tout craindre de son irrésolution: il rencontre le vieillard, qui tient encore dans sa main la lettre que le roi d’Argos lui a remise ; et comme s’il devinait tout ce qu’elle contient, il la lui arrache. Cet acte de violence donne lieu à une contestation très vive entre le vieillard et Ménélas. Agamemnon sort aux cris de son confident; il reproche à son frère sa curiosité ; Ménélas à son tour lui reproche son indécision, ses hauteurs, son ambition ; il oppose les bassesses qu’il a mises en œuvre pour parvenir à être le chef des Grecs, à la fierté orgueilleuse avec laquelle Agamemnon les conduit; les soins qu’il prend de conserver sa fille, à la joie barbare avec laquelle il a consenti d’abord à la sacrifier pour se maintenir dans son rang. Le roi d’Argos ne répond à ces reproches que d’une manière détournée. A l’instant même on aiiuonce l’arrivée d’Iphigénie et de Clytemnestre; ceci occasionne un moment de surprise d’autant plus frappant, que Clytemnestre n’est point attendue. L’envoyé qui les a précédées, fait au roi d’Argos le récit le plus détaillé de tout le mouvement qu’a occasionné leur arrivée dans l’armée. Agamemnon reste seul avec son frère : il gémit de nouveau sur la tristesse de son sort, qui ne lui permet pas de donner des larmes à son infortune ; il se représente tous les embarras dans lesquels l’arrivée de Clytemnestre va le jeter; il se rappelle les discours que lui tenait Iphigénie, etc. La réunion, dans son camp, de la mère, de la fille et de son fils Oreste, forme, aux yeux de ce père interdit, un tableau si déchirant, qu’il porte l’émotion jusque dans l’âme de Ménélas. Le roi de Sparte, qui avait pressé Agamemnon de consentir au sacrifice d’Iphigénie, change tout à coup de sentiment; il frémit des dangers auxquels il a exposé la tendresse de son frère; il indique
APPENDICE. too
les moyens qu’il imagine de sauver sa nièce; Agamemnon lui fait envisager les obstacles qu’il y rencontre : enfin, désespérant de pouvoir les surmonter, il engage Ménélas à s’efforcer de cacher ce mystère à Clytemnestre, afin de n’awir point à combattre les cris de sa douleur au moment du sacrifice de sa fille.
Tandis que le chœur est occupé à moraliser sur les dangers de l’amour et les avantages de la chasteté, le char qui porte Clytemnestre et Iphigénie parait dans le lointain. L’intérêt que prennent les femmes de Chalcis, dont le chœur est composé, à la famille d’Agamemnon, éclate alors par des cris de joie et d’allégresse, et par des réflexions sur les plaisirs attachés à la grandeur. Le char s’avance sur la scène : les discours que Clytemnestre tient au chœur, les soins qu’elle prend en descendant de son char avec sa fille, ce qu’elle se dit à elle-même, ce qu’elle adresse au petit Oreste que le mouvement de la voiture a endormi, otfrent des détails très attendrissants. C’est en présence du spectateur que se fait la première entrevue d’Agamemnon et de sa famille; la joie de Clytemnestre, qui croit venir en Aulide pour marier sa fille avec Achille, l’allégresse d’Iphigénie en revoyant son père, la manière dont elle le félicite sur l’idée qu’il a eue de la faire venir auprès de lui, l’accueil sombre et triste qu’elle reçoit d’Agamemnon, sont peints avec les couleurs les plus vraies. Agamemnon cependant est dans le plus violent embarras : sa tristesse jette l’inquiétude dans le cœur d’Iphigénie, qui fait alors à son père les questions les plus propres à augmenter son trouble. Pour faire cesser une situation aussi déchirante, Agamemnon ordonne à sa fille d’entrer avec ses femmes dans l’appartement qui lui est destiné : l’agitation de ce prince s’accroît bientôt par l’empressement que témoigne Clytemnestre de connaître le nom du mari de sa tille, le lieu de sa naissance, les noms de ceux auxquels il doit le jour. C’est au moment que cette princesse s’applaudit en secret de la gloire qu’un si bel hymen doit faire rejaillir sur elle, qu’Agamemnon lui déclare que son intention n'est point qu’elle assiste à cette fête : Clytemnestre discute avec lui les raisons qu’elle croit avoir de s’y trouver. Enfin, Agamemnon, désespérant de la persuader, emploie son autorité pour la faire consentir à ses arrangements : la manière dont elle refuse de se rendre aux volontés de son époux est si vive et si forte, qu’Agamemnon se trouve, par ce refus, dans la situation la plus embarrassante. Il gémit alors sur son état, qui le réduit à employer une ruse inutile auprès des personnes qu’il aime le plus. Dans cet embarras, il prend le parti d’aller consulter Calchas: le chœur qui reste sur la scène, se flatte déjà de voir bientôt les Troyens effrayés des préparatifs qu’on fait contre eux, et la ôère Hélène, réduite à pleurer, dans la Grèce, sa perfidie et ses noirceurs.
C’est alors qu’Achille arrive sur la scène pour demander compte à Agamemnon des raisons qui suspendent encore le départ des Grecs pour Troie. Clytemnestre, emportée par la joie de voir ce héros, vient à sa rencontre : Achille lui témoigne sa surprise sur une démarche aussi contraire aux bienséances en usage parmi les Grecs. Clytemnestre, interdite, lui apprend qu’elle est femme d’Agamemnon, et qu’elle arrive dans le camp avec Iphigénie que son époux lui a promise en mariage; qu’elle a cru pouvoir, en l’abordant, lui donner ce premier gage de sa tendresse. Achille, qui n’a point été prévenu sur cet hymen, répond à Clytemnestre d’une manière si propre à augmenter son étonnement, qu’elle commence à soupçonner du mystère dans la conduite d’Agamemnon. Us cherchent tous deux h
s’éclaircir sur rillusion qu’on leur a faite. Au moment où ils sont prêts à se séparer, le vieillard qu’Agamemnon avait envoyé au-devant de Clyternnestre, vient la trouver; il arrête Achille; il lui apprend qu’Agamemnon se dispose à tremper ses mains dans le sang de sa jille, et que, pour l’atlirer en Aulide, il s’est servi du prétexte de la marier au lils de Pélée. Achille, indigné qu’on ait voulu le rendre rinstrument d’un stratagème aussi bas, entre en fureur: Clyternnestre profite de cet instant pour implorer son appui; il l’assure qu’il ne I soutfrira point que son époux ait abusé de son nom pour couvrir sa i perfidie : Clyternnestre lui proteste à son tour qu’elle n’a été trompée que par l’espérance de lui donner sa fille en mariage; elle veut la ' lui présenter. Achille s’oppose à cette inutile démarche, qui com- I promettrait l’honneur de cette princesse, et qui n’augmenterait pas l’ardeur qu’il a de la servir. Il conseille à la reine d’employer d’abord auprès de son époux les moyens qu’il croit les plus propres à le faire changer de sentiment; il l’assure enfin que, si Agamemnon se refuse à ses sollicitations, il est déterminé à tenter tout pour conserver à une mère si tendre une fille si chérie.
Agamemnon rencontre alors Clytemnestre, il l’invite à envoyer à l'autel Iphigénie, en lui déclarant qu’on n’attend plus qu’elle pour le sacrifice. Clytemnestre témoigne sa surprise à son époux sur le sangfroid barbare avec lequel il vient presser le départ d'Iphigénie pour cette cérémonie; elle appelle sa fille, qu’elle a instruite du traitement que lui prépare son père. Iphigénie arrive avec son frère Oreste, les yeux noyés de larmes. Clytemnestre révèle à son époux le secret de ses intrigues, et, profitant de cet instant pour lui reprocher tous les crimes dont il s’est rendu coupable, elle termine ce récit en lui faisant envisager l’extravagance de sa conduite, l’objet insensé de ses résolutions, et le danger qu’il y a pour lui à donner à ses enfants un pareil exemple. Iphigénie, témoin des efforts de sa mère, tâche à son tour d’ébranler la fermeté d’Agamemnon ; elle épuise auprès de lui tout ce que le sentiment inspire de plus tendre et de plus touchant; elle oppose à son indifférence les caresses qu’elle a reçues de lui, les vœux différents qu’il formait pour elle, les tendres soins dont elle se proposait de les payer un jour; elle prie son père de tourner ses regards sur son frère Oreste; elle inlei prête en sa faveur le silence et les pleurs de cet enfant. Agamemnon, ému, attendri, combat la tendresse de la mère, les raisons de sa fille, et les larmes d’Oreste, par la nécessité d’obéir à l’oracle : cependant il les ass sre que ce n’est point aux intérêts de Ménélas qu’il fait ce sacrifice, qu’il n’a pris ce parti que pour montrer à tous les barbares que le rapt est de tous les crimes celui que les Grecs laissent le moins impuni. Après cette explication, Agamemnon se dérobe à une scène aussi douloureuse. Clytemnestre tombe évanouie entre les mains de ses femmes. Iphigénie, qui n’a plus d’autre parti à prendre que celui d’obéir aux ordres de son père, se jette dans le sein de sa mère; elle déplore l’événement qui doit être la cause de sa mort. Achille alors revient sur la scène. Clytemnestre, rassurée par l’arrivée de ce héros, croit n’avoir plus rien à craindre pour sa fille; et malgré la sévérité des mœurs grecques; elle la force à rester auprès de lui. Achille lui apprend que toute l’armée est en mouvement; qu’elle demande avec fureur le sacrifice d'Iphigénie ; qu’en voulant s’opposer à cette barbarie, il a pensé être la victime de ses représentations, qu’ülysse est choisi par les Grecs pour la conduire à l’autel, mais qu’il s’opposera avec tous ses soldats à la hardiesse de celte entreprise. Dans
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ce moment Iphigénie se résout à mourir; elle déclare à sa mère que, puisque le maintien des bonnes mœurs et la liberté des Grecs dépendent de sa mort, elle s’y résout d’autant plus volontiers, qu’elle craindrait encore par sa résistance, d’exposer Achille à devenir la victime de sa générosité. Plus Iphigénie parait résolue à quitter la vie, plus Achille s’efforce de lui persuader de ne pas renoncera ses douceurs; il a beau lui protester qu’il mourra désespéré s’il ne réussit point à la sauver, elle persiste dans sa résolution. Elle prie sa mère de pardonner à son époux la nécessité où elle est de se dévouer pour le salut des Grecs; elle l’embrasse pour la dernière fois, en lui remettant sous les yeux, pour la consoler, la gloire dont une si belle mort doit la combler. Clytemnestre évanouie est emportée dans son appartement. Iphigénie, occupée du sacrifice qu’elle va faire d’ellemême, invite le chœur à chanter les louanges de Diane, et bientôt après elle s’avance vers l’autel. Calchas frappe la victime, Diane lui substitue une biche, et la fille d’Agamemnon disparaît pour toujours aux yeux de toute l’armée. Clytemnestre, revenue à elle-même, sort tremblante et consternée : on lui apprend le sacrifice de sa fille, la fermeté héroïque qu’elle a montrée dans cet instant, le prodige qui a terminé ce spectacle : sa douleur lui permet à peine de croire ce détail merveilleux. Enfin Agamemnon vient lui confirmer ce récit, et se consoler avec elle de la perte d’Iphigénie par l’assurance de son apothéose.
§ 5. — Jephtc, de Buchanan (fragment).
’Voici un fragment de cette tragédie latine. C’est une partie de la scène entre Jephté, Storge, femme de Jephté, et Iphis, fille de Jephté et de Storge. Comparer avec la grande scène de Racine (acte IV, sc. iv) entre Agamemnon; Clytemnestre et Iphigénie. La situation est la même.
STORGE.
O rupe dura durior, vel robore Prognate crudo, cotibiis vel asperis Inter ferarum lustra, nec generis tenons Nostri nec ulla sanguinis vestigia !
Num fiente nata, lacrimante conjuge,
Mœstis propinquis, liberorum carnifex Ullum doloris indicem gemitum dédit?
Quin ad paternos, nata, procidis pedes?
Oratione si quid aut lacrimis potes,
Cor flecte durum, frange mentem ferream.