‹ IphigénieChapitre 19 sur 188 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Fatigua vainement une mer immobile.

Ce miracle inouï me fit tourner les yeux Vers la Divinité qu’on adore en ces lieux :

Suivi de Ménélas, de Nestor et d’Ulysse,

J’offris sur ses autels un secret sacrifice. ‘^'5’

Quelle fut sa réponse ! et quel devins-je. Areas, 55

Quand J’entendis ces mots prononcés par Galclias :

Vous armez contre Troie une puissance vaine,

Si, dans un sacrifice auguste et solennel.

Une fille du sang d'Hélène,

De Diane, en ces lieux, n'ensanglante r autel» 60

Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie,

Sacrifiez Iphigénie , 6 3

de Racine, p. xli). « Inutile, pourquoi cette épithète ? C’est justement quand la mer est immobile que la rame est utile ? Est-il rien de plus mesquin, d’ailleurs, que l’image de cette mer fatiguée? ^ — Sans doute, la rame est utile, lorsque la mer est immobile; mais ne voit-on pas qu’il s’agit ici d’un a prodige étonnant, » d’un « miracle inouï? » Si la rame avait fait avancer les vaisseaux, il n’y aurait plus eu de prodige. — Fatiguer est emprunté à Virgile, c’est donc à Virgile que le second reproclie devrait s’adresser. [En., VIII, 94) :

oui reoiigio noctemque dieinque fatigant.

Une mer immobile. Imit. de Virgile [En. vu, 28) :

... et in lento luctantur marmore toiisæ.

Pour mieux saisir la poésie de ces deux vers, il suffit de mettre en regard les vers si plats de Leclerc (i, 1) :

Les Grecs, [)rêts à partir, brûlaient d’impatience D’aller faire sur Troie éclater leur vengeance,

Lorsqu'un calme soudain, répandu sur les eaux,

Dans ce triste rivage arrêta nos vaisseaux :

Par mille et mille vœux, contre cette infortune,

On brigua la faveur d’Æole et de Neptune.

V. 54. J’offris sur ses autels, etc. L’édition de 1697 donne ces au lieu de ses. Les éditions précédentes donnant ses, il faut donc rejeter ces qui doit être, non pas une correction de l’auteur, mais une faute d’impression.

V. 55, Et quel devins-je. Areas ? Quel, latinisme : qualis, « dans quel état.» (Virgile, En., ii, 274) :

Hei mihi, qualis erat! quantum mutatus ab illo Hectore... etc.

Luneau de Boisgermain pense « qu’il est beaucoup plus doux pour l’oreille de dire :

Et que devins-je. Areas ?

C’est possible ; mais la première loi. pour un éditeur, c’est de ne pas défigurer à sa fantaisie le texte de l’auteur qu’il a entrepris de publier.

Cf. Mithridate (i, 1) :

Quel devins-je au récit du crime de ma mère ?

V.59. Une file du sang d’Hélène, etc. « L’oracle n’est pas trompeur, il n’est qu’équivoque. Eriphile est ûlle d’Hélène, et a été nommée Iphigénie eu naissant. » (L. Racine.)

Dans Euripide l’oracle est très clair ; c’est Iphigénie, fille d’Agapiemnon, ,(^ui dojt être immolée à Diane, déesse tutélaire de ces lieux,

|ÇàA.'^a; ^ ’ ô âiïoçi^ xe/çifjp,î'vo;

’AvsïXev *I©iY^;etav, V;v éViîtip’ Iyî»

’Açx£(Ai5t ôja-ai, xo^ oixo0o"/i lïé^ov.

(Euripide, Iph. in Aifl-t 89?)

Voir aussi Iph. en faur., v. 15-24.

IPHIGÉNIR.

Votre fille!

ARCAS

AGAMEMNON

Surpris, comme tu peux penser, é S Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer : Je demeurai sans voix, et n’en repris l’usage Que par mille sanglots qui se firent passage.

Je condamnai les dieux, et, sans plus rien ouïr,

Fis vœu, sur leurs autels, de leur désobéir. '^O (£/ Que n’en croyais-je alors ma tendresse alarmée I Je voulais sur-le-champ congédier l’armée.

Ulysse, en apparence, approuvant mes discours,

De ce premier torrent laissa passer le cours.

Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie, 7 5"

Il me représenta l’honneur et la patrie.

Tout ce peuple, ces rois, à mes ordres soumis,

Et l’empire d’Asie à la Grèce promis ;

De quel front, immolant tout l’Etat à ma fille.

Roi sans gloire, j’irais vieillir dans ma famille.

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