‹ IphigénieChapitre 27 sur 188 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Î1 faut du sang peut-être, et du plus précieux,

Achille seul, Achille à son amour s’applique?

Voudrait-il insulter à la crainte publique, i90

Et que le chef des Grecs, irritant les destins.

Préparât d’un hymen la pompe et les festins?

Ah ! seigneur, est-ce ainsi que votre âme attendrie Plaint le malheur des Grecs et chérit la patrie?

ACHILLE

Dans les champs phrygiens les effets feront foi 195

Qui la chérit le plus ou d’Ulysse ou de moi ;

Jusque-là je vous laisse étaler votre zèle :

Vous pouvez à loisir faire des vœux pour elle.

Remplissez les autels d’offrandes et de sang.

Des victimes vous-même interrogez le flanc, 200

Du silence des vents demandez-leur la cause;

Mais moi, qui de ce soin sur Galchas me repose.

Souffrez, seigneur, souffrez que je coure hâter Un hymen dont les dieux ne sauraient s’irriter.

Transporté d’une ardeur qui ne peut être oisive, 205 Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive ;

J’aurais trop de regret si quelque autre guerrier Au rivage troyen descendait le premier.

AGAMEMNON

O ciel I pourquoi faut-il que ta secrète envie

Clitandre. » (L. Racine.) — D’après le P. Bouhours {Rem. nouv.), Balzac a emplnyé ce mot dans le sens propre : « Vinclémence de l’air, l'inclémence du temps. »

Gf. Voltaire [Œdipe, ii, 5) :

Je vais, je vais moi-même, accusant leur silence,

Par mes vœux redoublés fléchir leur inclémence.

V. 190. Voudrait-il insulter... et que le chef des Grecs... préparât, etc. Ces changements de tournure sont très fréquents dans les auteurs du dixseptième siècle. — Voir les nombreux exemples donnés dans le Lexique de M“*° de Sévigné, XIII, LXIV. [Grands Ecrivains français.) En voici deux : « Ne craignez-vous point ses emportements [d.Q mo. fille), et que, pressée par vos mauvais traitements, elle ne me vienne trouver? » — « Je suis bien aise quon le souhaite et rf’en jouir. »

Gf. Gorneille [Perth., iii, 5) :

Vous le savez, Madame, et que les grandes âmes Ne s’abaissent jamais aux faiblesses des femmes.

V. 195. Les effets feront foi qui la chérit, etc. G’est la tournure latine facere fîdem. « Fac fidem tenihil nisi populi utilitatem et fructum quærere.» (Cicéron, Agr., Il, viii, 22.) Facere fidem, faire foi, prouver.

V. 197. Jusque-là je vous laisse étaler votre zèle. G’est bien l’Achille de la tradition : acer (Horace, Art poétique, 121).

V. 209. O ciel! pourquoi faut-il que ta secrète envie, etc. — Némésis mesurait aux mortels le bonheur et le malheur et faisait éprouver des pertes et des souffrances à ceux que la Fortune avait trop favorisés de ses dons. Gonsulter sur cet intéressant sujet la thèse de M. Tournier (18631 : Némésis ou la jalousie des dieux.

Ferme à de tels héros le chemin de l’Asie?

N’aurai-je vu briller cette noble chaleur Que pour m’en retourner avec plus de douleur?

ULYSSE

Dieux ! qu’est-ce que j’entends?

ACHILLE

Seigneur, qu’osez-vous dire ’

AGAMExMNON.

Qu’il faut, princes, qu’il faut que chacun se retire;

Que, d’un crédule espoir trop longtemps abusés, 21 G Nous attendons les vents qui nous sont refusés.

Le ciel protège Troie et par trop de présages.

Son courroux nous défend d’en chercher les passages.

ACHILLE

Quels présages affreux nous marquent son courroux?

Vous-même consultez ce qu’il prédit de vous. 220

Que sert de se flatter? On sait qu’à votre tête Les dieux ont d’Ilion attaché la conquête ;

Mais on sait que, pour prix d’un triomphe si beau,

Ils ont aux champs troyens marqué votre tombeau;

Que votre vie, ailleurs et longue et fortunée, 22d

Devant Troie en sa fleur doit être moissonnée.

Ainsi, pour vous venger, tant de rois assemblés D’un opprobre éternel retourneront comblés ;

Et Paris, couronnant son insolente flamme,

V. 218. D’en chercher les passages. Les passages de Troie, c’est-à-dire les chemins qui y conduisent.

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