ACTE II, SCÈNE I. 6i
DORIS
Et que pourrait contre elle une impuissante haine?
Ne valait-il pas mieux, renfermée à Mycène, 5i0
Eviter les tourments que vous venez chercher,
Et combattre des feux contraints de se cacher ?
ÉRIPHILE
Je le voulais, Boris. Mais quelque triste image Que sa gloire à mes yeux montrât sur ce rivage,
Au sort qui me traînait il fallut consentir : 515
Une secrète voix m’ordonna de partir.
Me dit qu’olfrant ici ma présence importune.
Peut-être j’y pourrais porter mon infortune,
Que peut-être, approchant ces amants trop heureux. Quelqu’un de m.es malheurs se répandrait sur eux. 520 Voilà ce qui m’amène, et non Pimpatience D’apprendre à qui je dois une triste naissance.
Ou plutôt leur hymen me servira de loi :
S’il s’achève, il suffit, tout est fini pour moi ;
Je périrai, Boris, et, par une mort prompte, 525
Dans la nuit du tombeau j’enfermerai ma honte.
Sans chercher des parents si longtemps ignorés.
Et que ma folle amour a trop déshonorés.
BORIS
Que je vous plains, madame ! et que la tyrannie...
V. 512. Feux a passion», très usité au dix-septième siècle. Corneille [Cinna, i, 3) :
Souviens-toi du beau feu dont nous sommes épris.
Cf. Racine [Britan.^ iii, 2) ;
Ainsi leurs feux sont redoublés.
V. 514. Sa gloire^ c’est-à-dire la aituation glorieuse que lui faisaient ses victoires et son mariage prochain avec la fille d’Agamemnon. Voir la note du vers 442.
V. hio. Ausort qui me traînait. «Traînait» est le mot propre. C’est malgré elle que le sort traîne Eriphile à Aulis, où elle doit périr. Cf. Sénèque: « Ducunt volentem fata, nolenieni trahimt.»
v. 519-20. Que peut-être approchant...^ quelqu un de mes malheurs, etc. Approchant se rapporte à moi implicitement contenu dans mes (de moi). Voir la note du vers 453.
v. 520. Quelqu'un de mes malheurs se répandrait sur eux; et plus haut : Peut-être j'y ftourrais porter mon infortune. « Idée et tournure antique. Racine est plein de ces traits qui ajoutent à l’illusion dramatique par la vérité locale des idées et du langage, k (La Harpe.)
V. 522. Une triste naissance. Dans le sens latin de tristis^ synonyme êfinfaustiis.
Cf. Horace [Sat., I, ix, 29) :
... namque instat fatum mihi triste..,
V. 528. Ma folle amour. Voir au vers 117 : « Une amour mutuelle » et 538 : « Que cette amour m’est c/tère/ » Voir au vers 546 amour du masculin.
V. 529. On lit dans l’édition originale, et jusqu’en 1687 inclusivement : Que je vous plains, Madame, et que pour votre vie,...
ÉnrpHiLK.
Tu vois Agamemnon avec Iphigénie. 630