V. 567. N’ éclaircirez-vous point ce front chargé d'ennuis
Cf. Esther (iii, 1) :
Eclaircissez ce front où la tristesse est peinte.
Cf. M“® deSévigné: «11 y avait des heures où mon chagrin était noir, quoique ma raison tâchât toujours de Véclaircir.
Voir, pour la force du mot ennui, au dix-septième siècle, la note du vers 84.
Seigneur, poursuivez.
AGAMEMNON
Je ne puis,
Périsse le Troyen auteur de nos alarmes !
AGAMEMNON
Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes. 570
Les dieux daignent surtout prendre soin de vos jours !
AGAMEMNON
Les dieux depuis un temps me sont cruels et sourds.
Galchas, dit-on, prépare un pompeux sacrifice?
AGAMEMNON
Püissé-je auparavant fléchir leur injustice I
L’ofFrira-t-on bientôt ?
AGAMEMNON
Plus tôt que je ne veux.
Me sera-t-il permis de me joindre à vos vœux ? Verra-t-on à l’autel votre heureuse famille ?
AGAMEMNON
Hélas I
Adieu.
Vous vous taisez !
AGAMEMNON
Vous y serez, ma fille.
V. 572. Les dieux depuu un temps me sont cruels et sourds, — Depuis un temps : depuis un certain espace de temps.
Cf. Molière [Dép. am., i, 1) :
Valère, enfin, pour être un amant rebuté.
Montre depuis un temps trop de tranquillité.
Sourds. Cf. Ovide [Pont. Il, viii, 18) :
Per nunquam surdos in tua vota Deos.
578. Vous y serez, ma fille. » Dans Euripide, Ag'amemnon, après avoir fait des réflexions assez longues, après avoir serré sa fille entre ses bras, la renvoie. Ici, c’est lui qui s’enfuit après avoir lâché ces terribles mots : Vous y serez, ma fUe. La nature n’est-elle pas mieux peinte ? » (L. Racine.)
» On prétend, dit Voltaire (Z)icL pfnL, Art dramatique) que ca mot déchirant : « Vous y serez, ma fille» est dans Euripide ; on le répète sans cesse; non, il n’y est pas. » Vortaire va trop loin, Euripide a dit : Eivti ffü* XEçviSwv Yàp ÈffXT.cEt « Tu le sauras, car tu te tiendras près des vases où
l’on met l’eau lustrale. »
Mais, comme le fait remarquer avec beaucoup de justesse M. P. Mesnard, Racine a donné à ce mot a plus de relief et d’effet. »