SCÈNE III
De cet accueil que dois-je soupçonner?
D’une secrète horreur je me sens frissonner : 580
Je crains, malgré moi-même, un malheur que j’ignore. Justes dieux î vous savez pour qui je vous implore.
ÉRIPHILE
Quoi ! parmi tous les soins qui doivent l’accabler,
Quelque froideur suffit pour vous faire trembler!
Hélas ! à quels soupirs suis-je donc condamnée,
Moi qui, de mes parents toujours abandonnée.
Etrangère partout, n’ai pas, même en naissant,^
Peut-être reçu d’eux un regard caressant !
Du moins, si vos respects sont rejetés d’un père.
Vous en pouvez gémir dans le sein d’une m.ère ;
Et, de quelque disgrâce enfin que vous pleuriez.
Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés !
Je ne m’en défends point : mes pleurs, belle Eriphile,
Ne tiendront pas longtemps contre les soins d’Achille ;
Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir.
Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir.
Mais de lui-même ici que faut-il que je pense ?
V. 582. Justes Dieux, vous savez pour qui je vous implore. « Elle va bientôt le nommer. Il lui est permis de nommer celui qu’elle aime, celui qu'elle vient chercher de si loin, parce que (v. 595)
Son père et son devoir
Lui donnent sur son âme un trop juste pouvoir. » (L. Racine.)