‹ IphigénieChapitre 73 sur 188 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

ÉHIPHILE.

Oui, seigneur, des douleurs soulagez la plus vive.

La guerre dans Lesbos me fit votre captive ;

Mais c’est pousser trop loin ses droits injurieux

Qu’y joindre le tourment que je souffre en ces lieux. 880

ACHILLE

Vous, madame !

ÉRIPHILE

Oui, seigneur ; et, sans compter le reste, Pouvez- vous m’imposer une loi plus funeste Que de rendre mes yeux les tristes spectateurs De la félicité de mes persécuteurs ?

J’entends de toutes parts menacer ma patrie; 885

Je vois marcher contre elle une armée en furie;

Je vois déjà l’hymen, pour mieux me déchirer.

Mettre en vos mains le feu qui la doit dévorer.

Souffrez que, loin du camp et loin de votre vue,

Toujours infortunée et toujours inconnue, 890

J’aille cacher un sort si digne de pitié.

Et dont mes pleurs encor vous taisent la moitié.

V. 879. Ses droits injurieux. Voir, pour cette épithète, le vers 663.

V. 880. L’abbé d’Olivet regrette que Racine ait été contraint, par la mesure, de supprimer avant joindre la préposition de « qui non seulement n'y serait pas de trop, mais encore y serait nécessaire. » C’est trop de purisme.

Cf. Boileau (é>aL, x, 629-30), parlant de la dévote bilieuse ;

Dans sa charité fausse, où l’amour-propre abonde.

Croit que c’est aimer Dieu que haïr tout le monde.

Cf. Voltaire {Brutus, iv, 8) :

Allons, c’est les trahir que tarder un moment.

V. 881. Sans compter le reste. Eriphile n’ose avouer son amour pour Achille, et cependant elle voudrait le lui laisser deviner. Voir encore les vers 891 et 892. Luneau de Bois-ermain et M. Géruzez ne voient là qu’un hémistiche amené par la rime. Nous ne sommes pas de cet avis.

V. 885. J’entends de toutes parts menacer ma patrie. C’est à Troie, où elle était attendue (voir vers 441), qu’Eriphile devait reprendre « et son nom et son rang. » Elle peut donc appeler Troie sa patrie.

V. 888. Le f<eu qui la doit dévorer, a Le flambeau de l’hymen dans la main d’Achille est le flambeau qui va embraser Troie. » (L. Racine.)

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