‹ IphigénieChapitre 81 sur 188 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

Ah ! demeurez, seigneur, et daignez m'écouter.

ACHILLE

Quoi, madame ! un barharé^^àera m’insulter î

Il voit que de sa sœur je cours venger l’outrage; 965

Il sait que, le premier, lui donnant mon suffrage,

Je le fis nommer chef de vingt rois ses rivaux ;

Et, pour fruit de mes soins, pour fruit de mes travaux,

Pour tout le prix enfin d’une illustre victoire,

Qui le doit enrichir, venger, combler de gloire; 970

Content et glorieux du nom de votre époux.

Je ne lui demandais que l’honneur d’ètre à vous.

Cependant aujourd’hui, sanguinaire, parjure.

C’est peu de violer l’amitié, la nature.

C’est peu que de vouloir, sous un couteau mortel, 975 Me montrer votre cœur fumant sur un autel,*^

D’un appareil d’hymen couvrant ce sacrifice, .

Il veut que ce soit moi qui vous mène au supplice,

Que ma crédule main conduise le couteau.

Qu’au lieu de votre époux je sois votre bourreau l 980 Et quel était pour vous ce sanglant hyménée, ^ ^ iry Si je fusse arrivé plus tard d’une journée ?

V. 965. Il voit que de sa sœur je cours venger Voutrage. nUoutrage de, ^ pour Voutrage fait à [sa sœur]. - Sa sœur pour sa belle-sœur, puisqu'Hélène est la sœur de Glytemnestre.

V. 973. Cependant aujourd’ hui^ sanguinaire, parjure, etc. Il y a tant de vivacité dans ce passage, qu’on s’aperçoit à peine que ces deux épithètes {sanguinaire^ parjure) ne peuvent se rapporter qu’au pronom il, qui ne se trouve que cinq vers plus bas. Dans l’édition princeps (1675), il n’y a pas de virgule après sanguinaire. Est-ce une faute d’impression, ou bien Racine aurait-il employé parjure substantivement, comme dans Andromaque (iv, 5) :

Donne-moi tous les noms destinés SMyi parjures.

V. 974-975. Remarquer peu de... et d est peu que de. — De même dans Corneille (mais avec des substantifs.)

C'était peu des rigueurs de ma captivité...

Pour en venir à bout, c'est trop peu que de vous.

V. 977. D'un appareil d’hymen. Voir, pour le mot appareil, le vers 9Ü6.

V. 979 Que ma crédule main. Nous sommes habitués, en lisant Racine, à l’heureux choix des épithètes; mais celle-ci incrédule main» mérite d'arrêter tout particulièrement l'attention. — Voir aussi, au vers 985: «Et d'un fer imprévu. »

v. 981. Et quel était pour vous ce sanglant hyménée. « Quel était n pour «quel eût été)), l'imparfait de l'indicatif pour le conditionnel passé.

Cf. Boileau :

Pyrrhus vivait heureux, s’il eût pu l’écouter.

Cf. Voltaire :

Si j’avais dit un mot, on vous donnait la mort.

V. 982. Plus tard d’une journée, une journée plus tard. — Cf. Corneille ( Tite et Bér.) :

Je suis venue ici trop tôt de quatre jours.

Quoi donc? à leur fureur livrée en ce moment,

Vous iriez à l’autel me chercher vainement;

Et d’un fer imprévu vous tomberiez frappée, 986

En accusant mon nom qui vous aurait trompée f Il faut de ce péril, de cette trahison,

Aux yeux de tous les Grecs lui demander raison.

A l’honneur d’un époux vous-même intéressée,

Madame, vous devez approuver ma pensée. 990

Il faut que le cruel qui m’a pu mépriser Apprenne de quel nom il osait abuser.

Hélas ! si vous m’aimez, si, pour grâce dernière,

Vous daignez d’une amante écouter la prière.

C’est maintenant, seigneur, qu’il faut me le prouver. 995 Car enfin, ce cruel que vous allez braver.

Cet ennemi barbare, injuste, sanguinaire.

Songez, quoi qu’il ait fait, songez qu’il est mon père.

ACHILLE

Lui, votre père! Après son horrible dessein.

Je ne le connais plus que pour votre assassin. 1000

C’est mon père, seigneur, je vous le dis encore,

Mais un père que j’aime, un père que j’adore.

Qui me chérit lui-même, et dont, jusqu’à ce jour.

Je n’ai jamais reçu que des marques d’amour.

Mon cœur, dans ce respect élevé dès l’enfance, 1005

Ne peut que s’affliger de tout ce qui l’offense.

Et loin d’oser ici, par un prompt changement,

Approuver la fureur de votre emportement.

Loin que par mes discours je l’attise moi-même.

Croyez qu’il faut aimer autant que je vous aime, 1010 Pour avoir pu souffrir tous les noms odieux Dont votre amour le vient d’outrager à mes yeux.

Et pourquoi voulez-vous qu’inhumain et barbare Il ne gémisse pas du coup qu’on me prépare?

Quel père de son sang se plaît à se priver? 1015^"^

Pourquoi me perdrait-il s’il pouvait me sauver ?

J’ai vu, n’en doutez point, ses larmes se répandre.

V. 1009. Loin que par mes discours, je l’attise moi-même. Attiser est le mot propre. « Fureur {furor), en effet, a pour racine TtOp.

V. 1016. Poiü'quoi me perdrait-il, s’il pouvait me sauver?^ — Perdre et sauver, mêmes mots que dans le vers qui nous a été conservé de la Mëdée d’Ovide : iSeraare potui, perrfere an possim, rogas?

V. 1017. J’ai vu, n'en doutez point, ses larmes se répandre. Légère exa-

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