‹ IphigénieChapitre 9 sur 188 · Voir à V Appendice. (Note F · texte numérisé non relu

Voir à V Appendice. (Note F

3. Stésichorus. Stésichore, poète lyrique grec (632-552 av. J. -G.), né à Himère, en Sicile, ou Métaurus, dans l’Italie méridionale. Son véritable nom était Tisias; il fut appelé Stésichore ^régulateur du chœur), parce qu’il inventa la poésie chorique, c’est-à-dire la strophe, Vantistrophe et ïépode. nommées par les anciens « les trois choses de Stésichore. »

4. Corinth,, p. 125 (Note de Racine). « Racine renvoie à l’édition in-folio de 1613, imprimée à Hanau, avec la traduction latine de Romolo Amaseo, en regard du texte. Voici le passage du chapitre XXII des Corinthiaques de Pausanias, tel qu’il a été traduit par Clavier. « Les Dioscures prirent Aphidne et ramenèrent Hélène à Lacédémone. Elle était enceinte, à ce que disent les Argiens ; et ayant fait ses coiy^hes à Argos... elle confia la fille qu’eile avait mise au jour à Glytemnestre, qui était déjà mariée à Agamemnon, et elle épousa dans la suite Ménélas. Les poètes Euphorion de Chalcis et Alexandre de Fleuron, d’accord en ce point avec les Argiens, disent, comme Stésichore d’Himère l’avait écrit avant eux, qu’Iphigénie était fille de Thésée. » (Noté de M. P. Mesnard.)

Par ce passage de Pausanias, nous voyons bien 1° qu’Hélène avait eu, avant son mariage avec Ménélas, une fille de Thésée, fille nommée Iphigénie ; 2° que cette fille fut confiée par elle à sa sœur Glytemnestre. — Mais Pausanias ne nous dit pas si Agamemnon et Glytemnestre eurent une fille nommée, elle aussi, Iphigénie. Toutefois nous savons par Homère {Iliade, ix, 145) qu’Agamemnon avait quatre enfants, un fils, Oreste, et trois filles, Chrysothémis, Laodice et Iphianassa (ou Iphigénie.) — Donc Racine avait parfaitement le droit, appuyé sur les légendes, de supposer, au moment du départ de la flotte grecque pour Troie, deux Iphigénies, la première, fille de Thésée et d’Hélène, la seconde, fille d’Agamemnon et de Glytemnestre.

5. Créance. « Croyance et créance se prononcent tous deux à la Cour d’une même façon, à cause que la diphthongue oi et oy se prononce en er, en beaucoup de mots, dont celle-ci est du nombre. Ce sont néanmoins deux choses différentes; cb.v créance, avec e, comme quand on dit une lettre de créance, et avoir de la créance en quelqu'un ou parmy les peuples, est tout autre chose que croyance, avec oy, comme quand on dit ce nest pas ma croyance, pour dire je ne crois pas, ou ajouter croyance à quelquun^ pour dire ajouter foy. » (Vaugelas, Rem., sur la Langue française., p. 432. Ed. de 1664.) Vaugelas dit encore (ce qui est assez curieux à noter) : « II faut toujours prononcer créance {croyance et créance) pour prononcer délicatement et à la mode de la Cour. Je crois... qu’à la fin on n’escrira plus que créance, c’est desja l’opinion de plusieurs à laquelle je souscris. »

Homère enfin, le père des poètes, a si peu prétendu qu’Iphigénie, fille d’Agamemnon, eût été sacrifiée en Aulide, ou transportée dans la Scythie, que dans le neuvième livre de riliade, c’esi -à-dire près de dix ans depuis l’arrivée des Grecs devant Troie, Agamemnon fait ofl'rir en mariage à Achille sa fille Iphigénie, qu’il a, dit-il, laissée à Mycène, dans sa maison

J’ai rapporté tous ces avis si différents, et surtout le passage de Pausanias, parce que c’est à cet auteur que je dois l’heureux personnage d’Eriphile^, sans lequel je n’aurais jamais osé entreprendre cette tragédie®. Quelle apparence que j’eusse souillé la scène par le meurtre horrible d’une personne aussi vertueuse et aussi aimable qu’il fallait représenter Iphigénie? Et quelle apparence encore de dénouer ma tragédie par le secours d’une déesse et d’une machine, et par une métamorphose qui pouvait bien trouver quelque créance du temps d’Euripide, mais qui serait trop absurde et trop incroyable parmi nous ?

Je puis dire donc que j’ai été très heureux de trouver dans les anciens cette autre Iphigénie, que j’ai pu représenter telle qu’il m’a plu, et qui, tombant dans le malheur où cette amante jalouse voulait précipiter sa rivale, mérite en quelque façon d’être punie, sans être pourtant tout à fait indigne de compassion * . Ainsi le dénoùment de la pièce est tiré du fond

1. « J’ai dans ma maison bien construite trois filles, Ghrysothémis, Laodice et Iphianassa. Sans faire aucun présent de mariage, il (Achille) conduira celle qu’il aura préférée dans les demeures de Pélée. » (Hom.,//., IX, 145 et suiv.)

2. « Ce que Racine doit à Pausanias, c’est le personnage d’une fille de Thésée et d’Hélène. Quant au nom d’Eriphile (mieux Eriphyle) choisi par Racine, il ne l’a pas forgé; c’est un nom ancien qui se trouve dans Homère et dans Pindare, et que les poètes donnent à la fille d’Amphiaraùs. » (Note de M. P. Mesnard.)

3. Je n'aurais jamais osé.,. — Quels scrupules I De même, dans la préface de Phèdre, à propos du personnage d' Aride : « Cette Aricie n’est point un personnage de mon invention. Virgile dit qu’Hippolyte l’épousa..., etc. Je rapporte ces autorités, parce que je me suis très scrupuleusement attaché à suivre la fable. » Voir encore la préface de Mithridate à propos du dessein qu’il lui fait prendre de passer en Italie. « Comme ce dessein m’a fourni une des scènes qui ont le plus réussi dans ma tragédie, je crois que le plaisir du lecteur pourra redoubler, quand il verra que presque tous les hisriens ont dit ce que je fais dire ici à Mithridate. » Puis Racine nomme ses autorités ; Florus, Plutarque, Dion Cassius et Appien. — Si dans Britaiinicus il invente le personnage de Junie, il s’appuie sur Tacite pour nous montrer que cette jeune fille a réellement existé, qu’elle était la sœur deSilanus, et que par conséquent il avait le droit d’en faire 1’ « amante de Britannicus. » — On ne peut trop admirer cette conscience littéraire.

4. Racine songe évidemment ici aux préceptes que donne Aristote dans sa Poétique (ch. xin) :

« Puisque la tragédie par excellence doit être implexe et non simple, et imiter le terrible et le pitoyable, qui sont l’objet propre de ce genre d’imitation, il est clair d’aboid qu’il ne faut pas y faire passer les honnêtes gens du bonheur au malheur, ce qui n’est terrib e ni touchant; ni les méchants du malheur au bonheur, rien ne pouvant être moins tragique, ni moins convenable, car on n’exciterait ainsi ni sentiment d’humanité, ni pitié, ni

PREFACE DE RACINE. ÿJ

même de la pièce ; et il ne faut que l’avoir vu représenter pour comprendre quel plaisir j’ai fait au spectateur, et en sauvant à la tin une princesse vertueuse pour qui il s’est si fort intéressé dans le cours de la tragédie, et en la sauvant par une autre voie que par un miracle, qu’il n’aurait pu soulfrir, parce qu’il ne le saurait jamais croire ^ .

Le voyage d’Achille à Lesbos, dont ce héros se rend maître et d’où il enlève Eripliile, avant que de venir en Aulide, n’est pas non plus sans fondemeni,. Euplioriou de Ghalcide^, poète très connu parmi les anciens, et dont Virgile® et Quintilien^ font une mention honorable, parlait de ce voyage de Lesbos®. Il disait dans un de ses poèmes, au rapport de Parthénius®,

terreur. 11 ne faut pas non plus qu’un homme très méchant tombe du bonheur dans le malheur; une telle composition exciterait quelque sentiment d’humanité, mais non pas la pitié ni la terreur : car l’une est produite par le malheur de l’innocent, l'autre par celui de notre semblable; la pitié naît du malheur non mérité, la terreur du malheur d’un homme qui nous ressemble; aussi de tels événements ne produiraient-ils ni l’une ni l’autre. 11 reste à prendre le milieu, c’est à-dire que le personnage, choisi parmi les heureux et les illustres, ne soit ni trop vertueux ni trop juste, et qu’il devienne malheureux, non à cause d’un crime et d’une méchanceté noire, mais à cause de quelque faute, comme ÜEclipe, Thyeste, et les autres grands personnages de familles semblables. 11 faut donc... que le changement ait lieu non du malheur au bonheur, mais bien du bonheur au malheur, et cela non par l’effet d’une nature perverse, m.ais par quelque grande faute d’un personnage ou tel que nous avons dit, ou plutôt meilleur que méchant. » (Trad. de M. Egger.)

1. Quodcuüque ostendis mihi sic, incredulus odi. (Horace, A. poc7., 188.)

2. De Chalcidej pour de ChaleiSy comme Aulide pour Aulis, Voir la note 5 de la page 23.

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