‹ IphigénieChapitre 90 sur 188 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Et la rendre plus belle aux yeux de son amant.

Hé quoi! ne vois-tu pas tout ce qu’on fait pour elle?

On supprime des dieux la sentence mortelle ; 1110

Et, quoique le bûcher soit déjà préparé,

Le nom de la victime est encore ignoré :

Tout le camp n’en sait rien. Boris, à ce silence,

Ne reconnais-tu pas un père qui balance?

Et que fera-t-il donc? Quel courage endurci 1115

Soutiendrait les assauts qu’on lui prépare ici ?

Une mère en fureur, les larmes d’une fille.

Les cris, le désespoir de toute une famille.

Le sang, à ces objets facile à s’ébranler,

Achille menaçant, tout prêt à l’accabler? 1 1 20

Non, te dis-je, les dieux l’ont en vain condamnée :

Je suis et je serai la seule infortunée.

Ah! si je m’en croyais...

DORIS

Quoi! que méditez-vous?

ÉRIPHILE

Je ne sais qui m’arrête et retient mon courroux.

Que, par un prompt avis de tout ce qui se passe, 1 125 Je ne coure des dieux divulguer la menace.

Et publier partout les complots criminels

Cf. Bajazet (iii, 3) :

Je ne prends point plaisir à croître ma misère.

Et Esther pu, 3) :

Que ce nouvel honneur va croître son audace.

Cf. Corneille [Cid., ii, 9) :

M’ordonner du repos, c’est croître mes malheurs.

V. 1115. Quel courage endurci. — Courage, cœur. Voir, pour ce mot, la note du vers 638.

Page 1